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Reportages

La liberté d'expression sous la menace du pouvoir

©

Vidéo par FRANCE 24

Texte par François-Xavier FRELAND , , correspondant à Caracas

Dernière modification : 05/08/2009

Face au discours de plus en plus dur du président Hugo Chavez, de nombreux Vénézuéliens décident de quitter le pays. Ils ne supportent plus ce qu'ils appellent la "cubanisation du pays" et le contrôle de l'opinion.

C'est les vacances d'été à la faculté Simon Bolivar de Caracas mais pas pour le professeur Hernan Castillo, professeur de sciences politiques. Isolé dans son bureau, il répond à son courrier, passe des coups de fils. Il prépare la sortie prochaine d'un livre sur les supposés liens d'Hugo Chavez avec la guérilla des Farc. "Une petite bombe", comme il dit, qui pourrait lui coûter quelques ennuis.

 

Le sujet est tabou, le Venezuela vient de rompre ses relations avec la Colombie après avoir été accusé d'aider militairement les Farc. "Je n'ai jamais reçu de menaces directes, enfin jusqu'à maintenant, explique le professeur Hernan Castillo. Cependant, le discours de violence et d'agressivité, de persécution, de haine du président a créé un climat qui fait que la société vénézuélienne vit dans la paranoïa. On se sent vraiment terrorisés et persécutés. Et donc on craint toujours que nos conversations téléphoniques soient sur écoute, que nos téléphones portables, nos ordinateurs soient sous contrôle."

 

"On nous pousse à partir"

 
Cela fait presque 20 ans que le professeur Hernan Castillo enseigne les sciences politiques à la très prestigieuse université Simon Bolivar. Il a participé et écrit près d'une dizaine de livres sur des questions de défense et de sécurité. Il s'est construit une solide réputation, à l'image de cette faculté, fleuron universitaire du Venezuela. Un établissement public mais autonome qui lui garantissait jusque-là une certaine indépendance. Mais récemment, l'Etat a décidé de couper une partie des crédits attribués à cette université, trop élitiste à son goût, au profit d'autres plus populaires. L'avenir de la "USB", comme on l'appelle, est remise en question. Les professeurs craignent que le niveau baisse faute d'avoir les moyens suffisants pour maintenir un enseignement exemplaire.
 
Certains, comme le professeur Hernan Castillo, pensent que cette mesure décourageante pour le corps enseignant de l'établissement est avant tout politique. "Nos salaires diminuent, on ne reconnaît pas notre travail, on nous pousse à partir, on ne veut plus qu'on s'exprime." C'est d'ici aussi, que sont parties les dernières grandes manifestations anti-Chavez. Certains étudiants, marqués idéologiquement, voient leur avenir professionnel s'obscurcir. Les rumeurs évoquent des listes noires à l'embauche. Et beaucoup d'entre eux, comme le professeur Hernan Castillo, songent aussi à l'exil, quand certains aînés sont déjà partis.
 
Autocensure et peur
 
"Le malaise, c'est sûr qu'il existe", confirme, Alejandro Golar, étudiant et représentant syndical à l'USB. "Il y a tout un pan de la population qui n'est pas écouté, poursuit-il, et en face, vous en avez un autre, très radicalisé au niveau politique, qui appuie le gouvernement et qui nie tout simplement l'existence de l'autre, ou bien qui l'appelle l'oligarchie. Alors que vous avez aussi des gens qui proviennent des classes populaires et qui ne sont pas d'accord tout simplement avec la politique du gouvernement. Ce n'est pas un problème de liberté d'expression. Il y a encore une presse libre ici mais c'est plutôt un problème de négation de l'autre et d'autocensure à cause de la peur de dire vraiment ce qu'on pense."
 
Du balcon de sa maison, situé juste à côté dans un lotissement sécurisé, le professeur Hernan Castillo voit l'université. Sa vie est bien ici, dans ce petit périmètre calme et tropical, entre pelouse verte et palmiers, loin de l'agitation urbaine de Caracas. Et pourtant, il songe sérieusement à déménager avant la fin de l'année pour Porto Rico. La valise est prête devant le lit. Sa femme Pilar, psychologue, s'est préparée au pire.
 
Au Venezuela, ils sont de plus en plus nombreux, comme Hernan Castillo, à vouloir quitter un pays qu'ils ne reconnaissent plus. Cette terre d'immigration et d'ouverture est devenue pour eux un long tunnel, un pays hostile et froid, refermé sur lui-même.
 

 

Première publication : 05/08/2009

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