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Asie - pacifique

Aung San Suu Kyi condamnée à 18 mois de résidence surveillée

©

Vidéo par Margaux CHOURAQUI

Texte par FRANCE 24 avec dépêches

Dernière modification : 11/08/2009

L'opposante était jugée pour avoir enfreint son assignation à résidence. Cette nouvelle peine devrait l'empêcher de se présenter aux élections de 2010. Son co-accusé, l'Américain John Yettaw, écope de sept ans de prison et travaux forcés.

Aung San Suu Kyi est fixée sur son sort. L’opposante birmane, accusée par la junte d’avoir enfreint les règles de son assignation à résidence, sera privée de liberté 18 mois de plus. Elle purgera sa peine à son domicile de Rangoun, qu'elle a regagné peu après la sentence. Aung San Suu Kyi, 64 ans, a déjà passé 14 des 20 dernières années en résidence surveillée. 

 

La lauréate du prix Nobel de la paix 1991 a été condamnée à trois ans de prison, mais le ministre des Affaires intérieures, le général Maung Oo, a déclaré que Than Shwe, le numéro un de la junte birmane, a signé un ordre spécial commuant la peine de l'opposante à une assignation en résidence surveillée et réduit de moitié la durée de la peine.

 

Le tribunal a sanctionné plus lourdement l’Américain au centre de l’affaire, John Yettaw. Ce vétéran du Vietnam et mormon, dont les crises d’épilepsie sont à l’origine du report du verdict vers fin juillet, écope de sept ans de prison et travaux forcés. John Yettaw, 54 ans, a été condamné à trois ans pour avoir enfreint des lois sécuritaires, trois ans pour violations des lois sur l'immigration et à un an pour avoir nagé illégalement dans un lac municipal de Rangoun.

 

L'UE annonce de nouvelles mesures de rétorsion 

 

L’Américain avait rejoint à la nage la résidence d’Aung San Suu Kyi et y avait passé deux nuits sans son accord. Pour justifier ses actes, il s’était dit investi d’une mission divine et affirmé qu’il avait eu une "vision" que l’opposante birmane allait être "assassinée" par des "terroristes".

 
Pour Aung San Suu Kyi, qui encourait cinq ans de prison, le tribunal a infligé une peine moins lourde que prévue. À la veille du verdict, son avocat collectait encore des livres et des médicaments en disant "s’attendre au pire".
 

Selon un diplomate occidental cité par l'AFP, les généraux, qui n’ont pas repoussé le verdict une nouvelle fois, avaient en effet "une fenêtre de tir entre le 10 et le 20 août. Après cela, les gouvernements reprennent des activités normales et il y a l’assemblée générale de l’ONU" qui aurait pu se transformer en forum de condamnation de la junte - au pouvoir depuis 1962.

 

Avec cette décision de justice, le pouvoir birman ne satisfait pas aux demandes de la communauté internationale, qui demandait que l'opposante soit  purement et simplement libérée. Hors des frontières birmanes, les réactions n’ont pas tardé. L'Union européenne a annoncé de nouvelles mesures de rétorsion "ciblées". Dans un communiqué de l’Élysée, le président français Nicolas Sarkozy condamne un "verdict brutal et injuste" et appelle l’UE a adopté de "nouvelles sanctions dirigées contre le régime birman, qui doivent viser tout particulièrement les ressources dont il profite directement dans le domaine de l’exploitation du bois et des rubis".

Pour la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton, Suu Kyi "n'aurait pas dû être jugée ni condamnée". Le Premier ministre britannique, Gordon Brown, se dit, lui, "attristé et en colère". De son côté,
la Malaisie appelle à une réunion d'urgence de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean).

 

 

 

Élections parlementaires en 2010

 

Les défenseurs des droits de l'Homme qui observent la situation birmane dénoncent une attitude trop tiède de la communauté internationale envers le régime birman. "Les généraux ne devraient pas être considérés comme des chefs d'État mais comme des criminels de guerre", estime Emmanuel Athanassiou, responsable du bureau Asie de la Fédération internationale des droits de l'Homme. Reed Brody, conseiller juridique de Human Rights Watch, met en cause les voisins de la Birmanie  : "Des pays comme la Chine doivent être fermes et décider de sanctions. À ce moment-là, on pourra avoir des résultats."

 

Les généraux atteignent néanmoins un autre de leurs objectifs : écarter l’opposante du paysage politique. Aung San Suu Kyi, à qui il ne restait que trois semaines d’assignation à résidence à purger avant d’être traînée en justice, comptait en effet prendre part aux prochaines élections parlementaires, fixées en 2010.

 
 

 

Première publication : 11/08/2009

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