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FRANCE

Le procès impliquant des neveux du président tunisien reporté

©

Texte par Lorena GALLIOT

Dernière modification : 27/10/2009

Le procès pour le vol de trois yachts dans lequel deux neveux du président Zine el-Abidine Ben Ali sont soupçonnés d'être impliqués a été renvoyé au 30 septembre. Tout porte à croire cependant qu'ils ne seront pas jugés en France...

Le procès  de Moez et Imed Trabelsi deux neveux du président Tunisien Zine el-Abidine Ben Ali, suspectés d'être les principaux commanditaires du vol de trois yachts français, en 2005, sur la côte d’Azur et en Corse a été renvoyé au 30 septembre.

Mais même à cette date, les deux frères pourraient être absents du box des accusés. En vertu d’une convention signée entre la France et la Tunisie en 1972, tous deux pourraient être jugés dans leur pays... 

 
Le 8 août dernier, Paul Michel, le procureur général de Bastia, a en effet indiqué avoir transmis le dossier des frères Trabelsi - ainsi que celui d'un troisième prévenu tunisien, Naoufel el-Afid - à la Tunisie. "Les deux frères étant domiciliés [là-bas] et les faits qui leurs sont reprochés ayant été commis hors du territoire national [ils sont poursuivis pour complicité. Les deux hommes sont accusés d'avoir réceptionnés les navires dans le port tunisien de Sidi Bou Saïd, ndlr], une dénonciation officielle des faits a été transmise. Il a paru plus simple au parquet de demander une disjonction des faits" a expliqué le magistrat à l’AFP.

Deux procès, deux justices ?

Cette séparation des procédures fait bondir les défenseurs des autres prévenus. "Curieusement, la justice française s'apprête à juger des lampistes tout en se désintéressant des principaux auteurs des faits, parce que Paris craint de froisser Tunis", s’insurge dans Le Figaro du 20 août Me Jean-Michel Mariaggi, qui défend un prévenu français.
 
Selon le vice-procureur d’Ajaccio, Valérie Tavernier, jointe par FRANCE 24, ce type de disjonction n’a pourtant rien d’extraordinaire. "Une dénonciation des faits par voie diplomatique est normale pour les ressortissants des pays qui ont des conventions judiciaires avec la France", explique-t-elle, tout en soulignant que "dénonciation ne signifie pas renonciation des poursuites".
 
"On laisse le temps à la Tunisie de décider si ses ressortissants seront jugés ou non par la justice tunisienne, explique encore la magistrate. S’ils ne le sont pas, la France pourra alors le faire", ajoute-t-elle. Au début du mois d'août, le procureur Paul Michel avait indiqué à l’AFP que les deux hommes devraient être jugés en Tunisie dans un "délai raisonnable", mais aucune date butoir n’est spécifiée par la convention.
 
Témoignages accablants contre les frères Trabelsi
 
L'affaire remonte au 6 mai 2006 lorsque Bruno Roger, ancien président de la banque Lazard et ami de Jacques Chirac, porte plainte pour le vol de son yacht, le "Beru Ma", à Bonifacio. L’enquête privée conduite par l’assureur du navire le localise rapidement dans le port de Sidi Bou Saïd, en Tunisie, et identifie Imed Trabelsi comme l'un de ses acquéreurs potentiels.
 
Instruite par le juge Jean-Bastien Risson, l’enquête publique parvient progressivement à la conclusion qu'elle a affaire à un réseau de voleurs qu'elle soupçonne d'avoir également dérobé le "Blue Dolphin IV", à Cannes, et le "Sando", au Lavandou. Une dizaine de personnes sont alors interpellées, et la plupart désigne Imed et Moez Trabelsi comme les commanditaires des vols.
Dans son édition du 19 août, le Canard Enchaîné publie un passage révélateur de la déposition du gérant d’une société impliquée dans le trafic. "Le bateau ["Beru Ma"] a plu à Imed Trabelsi, qui m’a dit qu’il allait le garder et qu’il fallait aller faire les papiers à la douane, raconte-il. Au début, le douanier a dit à Imed Trabelsi que ce n’était pas possible. Mais Imed a dit au douanier : ‘Comment ça, ce n’est pas possible ? Tu sais à qui tu parles ?' Imed Trabelsi a fait pression et, au final, le douanier a accepté de faire les papiers contre le paiement de la taxe de luxe et une somme d’argent qu’il versait au noir au douanier."
 
D’autres témoignages font craindre que la justice tunisienne ne se montre trop complaisante avec ces hautes personnalités. Le même gérant de société affirme ainsi avoir vu Moez Trabelsi frapper - sans être inquiété - un policier tunisien au moyen d'un radar mobile avec lequel il avait été chronométré quelques instants à 200 km/heure...

Première publication : 21/08/2009

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