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Amériques

Quand mourir de faim devient un crime

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 10/09/2009

"On crève de faim", a lâché un chômeur cubain dans une vidéo diffusée sur YouTube. Devenu célèbre malgré lui, il a écopé de deux ans d'emprisonnement. Au grand dam des défenseurs des droits de l'Homme qui réclament sa libération.

Juan Carlos González Marcos est devenu le symbole de la répression cubaine. Et de la crise alimentaire qui secoue le pays. Inconnu il y a encore quelques semaines, ce chômeur de 48 ans, surnommé Panfilo, s’est fait connaître par une vidéo vue plus de 400 000 fois sur YouTube.

 

 

Lors d'une reportage sur le Hip Hop, Panfilo s'est immiscé dans le champ de la caméra pour dénoncer le manque de nourriture sur l’île. "On a besoin de bouffe […] On crève de faim", martèle-t-il, passablement éméché.

 

Dans ce témoignage, Panfilo raconte le difficile quotidien des Cubains et accuse, au passage, le régime en place de ne pas être capable de nourrir son peuple.

 

Ce message à charge n’a pas échappé au gouvernement cubain, et les sanctions n’ont pas tardé à tomber. Panfilo est détenu dans la prison de haute sécurité de Valle Grande à La Havane, la capitale cubaine. Le 12 août, après deux jours de procès, il a été condamné à deux ans de prison. Son crime : être un "danger pour la société".

 

Depuis, la Commission cubaine des droits de l’Homme et de la réconciliation nationale a lancé une campagne de sensibilisation en vue d’obtenir la libération de Panfilo. Le message de cette organisation indépendante basée à Cuba : "Dire qu'on a faim ne constitue pas un crime". En quelques semaines, la campagne Jama y libertad (Bouffe et liberté) a pris une véritable ampleur dans le monde entier.

 

Frappée par un embargo depuis 1962 et trois violents ouragans successifs en 2008, Cuba doit faire face à sa plus grave crise économique depuis la chute du régime soviétique en 1991.

 

Alors que l’île est dotée d’un des sols les plus fertiles de la région, ses habitants doivent se serrer la ceinture. La Havane peine à importer à hauteur de ses besoins en raison d'un manque de liquidités. Conséquence : les rayons des magasins, déjà peu fournis, sont de moins en moins approvisionnés.

  

Depuis juin, les Cubains sont également soumis à des mesures d’économie drastiques. Le carburant et l'électricité sont rationnés dans les entreprises d'Etat. Les climatiseurs sont coupés, des entreprises suspendent leurs activités, des fonctionnaires réduisent leur temps de travail… Et les bœufs remplacent les tracteurs dans les champs agricoles.

 

L’absence de matières première ne sont pas sans effet sur le quotidien des Cubains, qui doivent apprendre à faire face aux pénuries de yaourts et de papier toilettes.

 

Pour remédier à cette dépendance alimentaire, le chef de l’État, Raul Castro, mise sur l'augmentation de la production agricole, à savoir la répartition des terres en friche aux petits producteurs. Pour l'heure, seuls 39 % de terres en friche appartenant à l’Etat (1,5 million d’hectares) ont été octroyés.

Première publication : 31/08/2009

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