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Culture

Le Pakistan sans cliché de Massimo Berruti

©

Texte par Sarah LEDUC , , envoyée spéciale à Perpignan

Dernière modification : 08/09/2009

À 30 ans à peine, Massimo Berruti vient d’obtenir le Prix du jeune reporter de Visa pour l’Image pour son travail sur le Pakistan. Un ensemble de clichés qui invitent à regarder le pays sous un angle nouveau.

Il n’est pas très à l’aise sous le feu des projecteurs. Près de 3 000 paires d’yeux sont braquées sur lui, mais

son regard semble perdu. Il tire sur les manches de la veste qu’il a enfilée pour l’occasion. Pourtant, Massimo Berruti ne cache pas sa joie de recevoir le prix du Jeune Reporter de la Ville de Perpignan 2009.

 

"Exposé" pour la première fois à Visa pour l’Image, ce photographe italien présente "Pakistan : Vérité ou contre-verité ?", un travail sur l’échec de la guerre contre le terrorisme menée par les forces armées.

 

Ce prix, "c’est une explosion intérieure, une confirmation de (son) travail", confie-t-il à France 24. Pourtant, il n’en est pas à son premier coup d’essai. À 29 ans, ce membre de l’agence VU a photographié l’Afghanistan pour le Joop Swart Masterclass organisé par le World Press Photo. En 2006, il avait participé à l’ouvrage collectif "Made in Italy".

 

Pour Jean-François Leroy, directeur du festival Visa pour l’Image, c’est "l’archétype" du photographe qu’il faut défendre. Dans le contexte de crise du photojournalisme, Berruti n’a eu d’autre choix que de partir à ses frais au Pakistan pour revenir avec un "reportage éblouissant" (Leroy). Et surtout décalé.

 

Regard sur une société en mutation

 

Massimo Berruti a concentré son objectif sur la transition démocratique au Pakistan, choisissant l’angle original des réformes judiciaires.


"Je voulais montrer les gens impliqués dans le processus démocratique.
Les Pakistanais ont peu de droits et il savent qu’ils doivent se battre pour les conserver. Ils se sont battus tous ensemble pour réinstaurer le juge Chaudhry en 2008. C’est une leçon de démocratie pour le monde", explique-t-il.

 

Le juge Iftikhar Muhammad Chaudhry avait été suspendu pour "inconduite et abus d’autorité", le 9 mars 2007, par le régime de Pervez Musharraf. Son renvoi avait provoqué un vaste mouvement de protestation démocratique à l’encontre du régime militaire qui a perduré jusqu’à la fin du régime de Musharraf. Un élan de défense des droits et de la liberté s’est emparé du peuple pakistanais - à l’instar du mouvement des magistrats, qui a obtenu du nouvellement élu président Zardari la réhabilitation de Chaudhry à la tête de la Cour suprême du pays.

 

En février 2008, le jeune photographe attrape le mouvement en marche. Il traîne son objectif dans les réunions de magistrats, se faufile dans les locaux de l’Association du barreau, participe aux meetings politiques, tire le portrait de partisans de la Ligue musulmane du Pakistan.

 

Au-delà des clichés

Massimo Berruti tente de capturer une société en pleine mutation. Dans le chaos de la rue, il montre une population qui refuse de céder à la peur sans pour autant parvenir à se défaire de l’empr
ise talibane.

 

Il se défend pour autant de tomber dans la diabolisation des milices talibanes. S’il admet que la menace terroriste est réelle, les opérations militaires menées, depuis 2004, contre les Taliban par l’armée pakistanaise, et soutenues par la communauté internationale, n’engendrent selon lui qu’une aggravation du conflit.



"Il est difficile de comprendre ce qui sous-tend la menace terroriste. Elle existe, mais la façon de la combattre ne fait qu’empirer les choses. Les Pachtounes ne peuvent pas supporter qu’on les tue sans raison. Il y a eu toute une technologie mobilisée pour combattre les Taliban, mais au final, les drones tuent au hasard", continue Berruti.

 

Il rejette les clichés et dénonce les raccourcis rapides qu’il lit dans la presse. Une exigence qu’il s’applique avant tout à lui même, choisissant de travailler en noir et blanc afin de ne pas se laisser "distraire" par la couleur et la recherche d’harmonie. "Avec le noir et blanc, je vais à l’essence des choses", explique-t-il. Une invitation à regarder le Pakistan sous un éclairage ni blanc ni noir, mais tout en nuance.

 

Première publication : 06/09/2009

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