Dernière modification : 10/09/2009 

- Hugo Chavez - Venezuela


De Venise à Téhéran, Hugo Chavez fait son show
Le président vénézuélien, leader autoproclamé de la gauche latino-américaine, boucle une tournée internationale qui l'a notamment conduit en Libye, en Iran et en Russie. Retour sur ce que certains appellent sa "tournée de l'axe du mal".
Par François-Xavier FRELAND (texte)
Les invités de ce Focus sont Pascal Douhaut, spécialiste de l'Amérique latine, et François-Xavier Freland, notre correspondant à Caracas.

Dimanche 30 août, palais présidentiel de Miraflorès. Hugo Chavez rentre tout juste du sommet de l'Unasur, à Bariloche, en Argentine, où il a plaidé sa cause auprès de ses homologues latino-américains pour dénoncer l'l'ouverture de nouvelles bases militaires américaines en Colombie.

 

Le président du Venezuela n'est pas dans un bon jour. Il a réuni la presse internationale pour répéter, une nouvelle fois, tout le mal qu'il pense de l'hégémonie américaine dans la région. "Yankees, go home !", s'énerve t-il soudainement en s'excusant presque de tant de passion. Hugo Chavez qui s'en prend à l'Amérique, ce n'est pas nouveau. Sauf qu'aujourd'hui, Barak Obama a remplacé George W. Bush à la Maison Blanche, et que les relations diplomatiques entre les deux pays ont repris.

 

Oui, mais voilà : Chavez est sur le pied de guerre depuis qu'il sait que des troupes américaines vont se rendre en Colombie pour lutter contre le narcotrafic. Le leader socialiste de l'Amérique latine se sent menacé depuis le renversement de son allié Manuel Zelaya au Honduras, qu'il avait reçu chez lui à Caracas lors d'un sommet de l'alternative bolivarienne des pays de l'Amérique latine.

 

Réformes socialistes réalisées au forceps

"À travers le plan Colombie, les États-Unis ont utilisé pendant 10 ans l'argument de la lutte contre le narcotrafic pour justifier leur présence militaire en Amérique latine et, d'une certaine manière, en garder le contrôle militaire", explique Eva Gollinger, une avocate américaine proche de Hugo Chavez, auteur de plusieurs ouvrages critiques sur l'impérialisme américain.

Face à la "menace yankee", Hugo Chavez se cherche, à l'extérieur, des soutiens contestés : Iran, Chine ou Russie. À l'intérieur, ses réformes socialistes - réalisées au forceps, pour la plupart - provoquent une levée de boucliers. Nationalisations en chaîne, nouvelle loi sur l'éducation plus égalitaire et laïque, reprise en main des médias, fermeture d'une trentaines de radio et de télévisions, menaces répétées contre la chaîne Globovision suscitent l'indignation.

 

"Le président adore toutes les guerres, dénonce Alberto Ravel, directeur de Globovision. Il parle de guerre contre les médias, d'un vent de guerre ou de guerre avec la Colombie. Mais la guerre qu'il devrait mener, c'est celle contre la délinquance, contre la corruption, contre la faim, contre l'inflation et contre les difficultés de la vie." Chaque week-end ou presque, les anti-chavistes, qui ne supportent plus le "dictateur", descendent dans les rues de Caracas.

 

Cette foule est loin de n'être composée que de privilégiés. Récemment, Hugo Chavez a subi quelques revers électoraux dans des zones populaires où la colère gronde aussi, à cause de l'insécurité, de la vie chère ou de la corruption. "Nous ne voulons plus de Chavez, nous voulons le jeter hors de ce pays, parce qu'il nous traite comme des esclaves", explique Jesus Vasquez, jeune militant anti-chaviste, originaire d'un quartier populaire de Barlovento, sur la côte vénézuelienne.

 

Président omniprésent

La vague rouge de soutien à Chavez continue pourtant, elle aussi, de déferler régulièrement dans les rues de Caracas. Le charisme du leader incontesté fonctionne toujours. Symboliquement, la dernière manifestation de soutien au président Hugo Chavez est partie des quartiers populaires de l'ouest de la capitale, alors que celle de l'opposition était arrivée de l'est, où se trouvent les quartiers privilégiés.

 

Ce discours de lutte des classes peut dégénérer chaque week-end en affrontement. "Nous voulons une révolution pacifique, explique Jorge Casanova, militant chaviste. Nous ne voulons pas la guerre. Nous sommes des socialistes et nous voulons la paix dans le monde."

Président omniprésent plus que jamais aux manettes de sa révolution socialiste bolivarienne, artisan d'un coup de barre à l'extrême gauche, Hugo Chavez reste populaire dans l'opinion vénézuélienne. Selon un récent sondage de Datanalisis, un institut privé réputé pour son objectivité, 57 % des Vénézuéliens approuvent encore sa politique. "Cela ne veut pas dire que les gens sont d'accord avec la politique de Chavez, précise Luis Vicente Leon, politologue et directeur de Datanalisis. Ils sont certes d'accord avec certains points de la politique de Chavez, mais pas avec l'expropriation, le communisme, l'expropriation des terres, l'abolition de la propriété privée, et la fermeture des radios et des télévisions libres."

Pour résister à l'usure, Chavez compte sur lui-même. Star parmi les stars. Benicio del Toro, l'acteur qui a incarné le Che de Steven Soderbergh, est récemment venu lui rendre visite à Caracas, après Sean Penn ou encore le réalisateur Oliver Stone. Hugo Chavez est un animal politique qui, depuis 10 ans, se construit une figure historique.

 

Selon Alberto Barrera Tyszka, journaliste et historien, auteur de "Hugo Chavez sans uniforme", le président vénézuélien est en quête du mythe révolutionnaire. "Il aurait bien voulu être Che Guevara, ou même Fidel Castro, explique-t-il, mais il n'est que le président élu d'un pays plein de pétrole. Il n'a pas descendu la Sierra Maestra de Cuba l'arme à la main. S'il à l'or noir, il lui manque l'histoire !"

 

 

Commentaires (2)

VOUS DITES...

"...S'il à l'or noir, il lui manque l'histoire !" LHISTOIRE LE RATRAPPERA COMME CELUI QUI A CONDUIT LE VENEZUELA DANS LA DÉCHÉANCE...POLITIQUE, ÉCONOMIQUE ET SOCIALE. PAUVRE VENEZUELA, IL MERITAIT MIEUX QUE LUI.

La lumière irrite l'obscure

hommes de droites, aucune mot n'est assez bas pour vous.Vous n'exprimez que votre pitoyable conscience.

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