Dernière modification : 16/09/2009 

- Éducation - Morgan Tsvangirai - Robert Mugabe - Zimbabwe


L'éducation, victime collatérale des luttes de pouvoir
Si les ennemis d'hier, Morgan Tsvangirai et Robert Mugabe, dirigent côte à côte aujourd'hui le Zimbabwe, l'éducation, fierté auparavant du pays, a beaucoup pâti des luttes de pouvoir.
Par Caroline DUMAY (texte)
Karel de Gucht, commissaire européen en charge du Développement et de l'Aide humanitaire, et Caroline Dumay, la correspondante de FRANCE 24 en Afrique du Sud, détaillent la situation au Zimbabwe depuis le partage du pouvoir entre Morgan Tsvangirai et Robert Mugabe, il y a un an.

Lovemore Chinoputsa  a beaucoup de chance. Il  dispose des légumes du jardin de sa mère et vit dans l’appartement de son frère  où il y a eau courante et électricité.  Mais ce que ses camarades lui envient le plus, c’est qu’il habite tout près de l’université. Pratique, car le campus où il vivait a fermé. Il était  trop insalubre.

Lovemore est actuellement en troisième année de droit. Il a été suspendu pendant 18 mois par les autorités universitaires pour avoir organisé des manifestations contre le président Robert Mugabe. Les assouplissements politiques au Zimbabwe  lui ont permis de reprendre ses études,  même si, selon lui, l’institution est toujours dominée par la politique.

 

Corruption et inefficacité

 

"Cette institution est comme les autres. Depuis la mise en place du gouvernement d’union, elle n’a a pas fait beaucoup d’effort pour changer la façon dont elle procède. En  fait, les responsables n’ont même pas changé. Ce sont des nominations politiques. Et il y a toujours des allégations sérieuses de corruption et d’inefficacité au sein de l’administration", explique le représentant du syndicat étudiant ZINASU (Zimbabwe national student union).

L’université d’Harare avait fermé ses portes juste avant les élections, en mars 2008, craignant que les étudiants, favorables à l’opposition, ne sèment le désordre. Elle vient juste de rouvrir. Mais les étudiants, qui ont perdu une année de scolarité,  ont du mal à rattraper le temps perdu. Et ils sont deux fois moins nombreux qu’ils n’étaient. Plus personne ici ne peut  payer les frais universitaires. "On vient de milieux où nos parents sont fonctionnaires. Ils gagnent en moyenne 100 dollars par mois. Et l’université nous demande un taux exorbitant de 400 a 600 dollars ! C’est stupide et vexant !", s’exclame Mishek  Gondo.

Ceux qui arrivent à poursuivre leurs études attendent parfois des heures leurs professeurs. Mal payés, ils travaillent à côté. Offusqués d’enseigner dans de telles conditions, ils organisent régulièrement des grèves. Beaucoup finissent par émigrer. Sur 750 enseignants, il en reste à peine 200 dans ce qui constituait jadis l’une des institutions les plus renommées du continent. John Makumbe est l’un d’entre eux. Fidèle au poste depuis le début des troubles, il craint qu’une génération de Zimbabwéens soit perdue à jamais.

 

90 millions d'euros alloués par l'UE

 

"Je prie  tous ceux qui sont partis de revenir. Quand ? Aujourd’hui et maintenant ! Le gouvernement d’union nationale a ses défauts, mais il est composé d’êtres humains après tout ! Il a ses problèmes, il est un peu boîteux mais il essaie, il se bat ! Je sais qu’un jour au Zimbabwe, les choses iront mieux ", assure le professeur de sciences politiques.

 

L’Union européenne vient d’annoncer une aide 90 millions d’euros pour l’année 2009 consacrée au secteur de  l’éducation. Une initiative qui pourrait bien aider l’université à tourner la page.  La communauté internationale maintient les sanctions imposées il y a sept ans au régime de Robert Mugabe, il s’agit désormais de faire la part des choses, car le pays a sérieusement  besoin d’argent  pour remonter la pente.
 

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