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Afrique

Accord en vue entre l'affréteur et les victimes des déchets toxiques

©

Texte par Dépêche

Dernière modification : 17/09/2009

La compagnie Trafigura, l'affréteur du cargo Probo Koala qui avait déversé il y a trois ans des résidus toxiques dans des décharges à ciel ouvert d'Abidjan, est proche d'un accord à l'amiable avec les 31 000 victimes.

AFP - Trois ans après le drame, un rapport de l'ONU a établi jeudi un lien "solide" entre déchets toxiques et décès survenus à Abidjan, au grand dam de la multinationale Trafigura, affréteur du cargo qui les avaient transportés et qui vise un accord à l'amiable avec des victimes.
   
Le déversement des résidus toxiques du cargo Probo Koala en août 2006 à Abidjan avait causé la mort de 17 personnes selon la justice ivoirienne -15 selon le rapport- et des milliers d'intoxications.
   
"Il existe une base solide pour conclure que les morts et maladies étaient directement et indirectement liées au déversement", a expliqué à Genève le rapporteur spécial de l'ONU sur ce dossier, Okechukwu Ibeanu.
   
Trafigura, négociant multinational de produits pétroliers dont le siège opérationnel est à Londres, a réfuté avec véhémence ces conclusions.
   
La compagnie, qui a toujours contesté que les déchets aient pu causer des morts et des blessures, a fustigé un "manque fondamental d'équilibre et de rigueur analytique".
   
M. Ibeanu a admis ne pas disposer de "preuves scientifiques" sur les effets des 500 tonnes de résidus. Mais, selon lui, "ce n'est pas une coïncidence si des milliers de personnes ont été malades".
   
Deux médias britanniques, la BBC et le Guardian, ont également mis la pression sur Trafigura. Ils ont publié jeudi des courriels internes à la compagnie laissant entendre que certains de ses responsables avaient conscience de la dangerosité des déchets.
   
Trafigura a dénoncé le recours "sélectif" à des courriels interprétés "hors contexte".
   
Ces développements surviennent au lendemain de l'annonce par la multinationale qu'un "compromis" est en vue avec des victimes.
   
Plus de 30.000 victimes ivoiriennes, représentées par un cabinet britannique d'avocats, avaient entamé des poursuites. Un procès devait avoir lieu en octobre devant la Haute Cour de Londres, qui aurait constitué la plus importante action contre une société jamais menée devant la justice britannique.
   
Des associations de victimes ont fait part de leur satisfaction, sans vouloir communiquer pour l'heure leur position définitive sur ce projet d'accord.
   
L'"aveu de culpabilité" de Trafigura apporte "un réconfort moral", a affirmé Denis Yao Pipira, président de la Fédération nationale des victimes des déchets toxiques (Fenavidetci).
   
La compagnie a proposé "750.000 FCFA" (environ 1.150 euros) par victime, a précisé le président de la coordination nationale, Claude Gohourou. Selon la dirigeante d'une autre association, Rachel Gogoua, les victimes avaient réclamé 2 millions de FCFA par personne (3.000 euros).
   
En février 2007, Trafigura avait conclu un accord à l'amiable avec l'Etat ivoirien, qui arrêtait toute poursuite en contrepartie du versement d'une indemnisation globale de plus de 100 milliards de FCFA (152 millions d'euros).
   
Un quart de cette somme seulement avait été consacrée aux victimes, le reste revenant à l'Etat et aux collectivités locales.
   
Cet accord avait permis la libération de deux hauts cadres de Trafigura incarcérés dans la capitale économique ivoirienne.
   
En octobre 2008, deux responsables locaux impliqués dans l'affrétement du Probo Koala ont été condamnés à 20 et 5 ans de prison à Abidjan.
   
Un autre procès devrait se tenir à l'été 2010 aux Pays-Bas pour les faits commis dans ce pays, où le cargo avait fait escale avant de partir pour l'Afrique.
   
L'organisation écologiste Greenpeace a saisi mercredi la justice néerlandaise en vue de poursuites sur les faits commis en Côte d'Ivoire.

Première publication : 17/09/2009

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