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Au Caire, la peur du chiisme

Vidéo par Ygal SAADOUN

Texte par Ygal SAADOUN

Dernière modification : 18/09/2009

Le chiisme est décrit quotidiennement dans les journaux égyptiens comme une "tumeur qui menace le seul Islam véritable, le sunnisme". Reportage sur une communauté stigmatisée et accusée de lien avec l'Iran chiite.

Pour les autorités égyptiennes, Mohamad El Derrini est un traître en puissance. Il est accusé de propager le chiisme, branche minoritaire de l'Islam,  par le biais d'un centre de défense de la communauté chiite égyptienne  qu'il dirige. Soupçonné d'être financé par l'étranger, il a été fermé récemment.


"Je défie quiconque de prouver que ces accusations sont fondées. Ces accusations font partie des pratiques habituelles des forces de sécurité. Ils accusent tout le monde d'être financé par l'étranger. Les gens croient plus facilement ce genre d'histoire", se défend Mohamad El Derrini.

 
Il ne donne pas beaucoup de crédit non plus aux arrestations récentes de cellules terroristes aux liens presumés avec l'Iran chiite. De la propagande selon lui de nature à entretenir une psychose.

 

Dans le pays d'Al Azhar, plus haute institution de l'islam sunnite, sunnites et chiites prient ensemble parfois sans le savoir. Le culte chiite n'est pas reconnu et ne peut avoir de lieu de prière distinct. L'État égyptien estime le nombre de fidèles a quelques centaines , les activistes chiites parlent eux de centaines de milliers, vivant en cachette pour éviter les brimades des forces de police.

 
Les rédacteurs du site Internet d'information El Masryoune, que l'on dit proche des services de renseignement égyptiens, sont convaincus de la gravité de la menace. La simple présence de chiites en Egypte est pour eux une entreprise de déstabilisation menée par l'Iran.

 
C'est une infiltration sécuritaire iranienne. Cette menace ne s'évalue pas en fonction du nombre mais en fonction de leurs moyens financiers, de leur capacité à se procurer des armes. Bien organisées, cent personnes peuvent être plus fortes qu'un million.



Dans le bureau de Said Mouftah, on est habitué a entendre cet argument. Avocat au Caire, il defend la communauté chiite dans ses démêlés de plus en plus fréquents avec les autorités : "Nous en sommes arrivés à une situation où des officiers de la sécurité d'état font pression sur les imams pour qu'ils luttent contre le chiisme. Le pouvoir politique joue un rôle qui n'est pas le sien. Le rôle de la sécurité d'état est de protéger la population de menaces sécuritaires en fonction de preuves factuelles, mais maintenant cela devient une police de la pensée."

 
 

Première publication : 18/09/2009

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