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EUROPE

Guerre des arguments avant le vote sur le traité de Lisbonne

Texte par Euny HONG

Dernière modification : 01/10/2009

Après avoir rejeté le traité de Lisbonne en juin 2008, les Irlandais sont invités à se prononcer une nouvelle fois sur le texte le 2 octobre. À quelques jours du scrutin, deux électeurs du "Tigre celtique" nous livrent leur point de vue.

C’est un dilemme auquel les Irlandais ont déjà été confrontés : ratifier ou ne pas ratifier le traité de Lisbonne ? En juin 2008, lors d’un premier référendum, 53,4 % des votants avaient rejeté le texte. Quinze mois plus tard, les électeurs du "Tigre celtique" sont de nouveaux invités à se rendre aux urnes, le 2 octobre prochain.

 

Le texte proposé aux Irlandais en juin 2008 propose certes de nouvelles garanties destinées à apaiser les craintes, mais les "nonistes" ont la désagréable impression de devoir répondre une seconde fois à la même question. Et la plupart des gouvernements européens jettent un regard inquiet vers ce nouveau référendum irlandais, redoutant plus que tout un nouveau rejet, synonyme de nouvelle crise dans la construction de l’Union à 27.

 

Le controversé traité de Lisbonne doit, pour entrer en vigueur, être ratifié par chacun des 27 membres. Ce qui explique pourquoi Bruxelles s’est attaché à faire davantage de concessions à l’Irlande depuis le rejet de juin 2008.

 

Les partenaires européens de Dublin ont ainsi lâché du lest sur l’interdiction de l’avortement, la neutralité militaire, le faible taux d’imposition, tout en garantissant que l’Irlande continuera à disposer d’un commissaire européen propre.

 

Pour préciser les enjeux du référendum irlandais de vendredi, FRANCE 24 a interrogé deux électeurs irlandais, l’un favorable à la ratification du traité et l’autre "noniste".

 

"Rien n’a changé"

 

Kevin Foley, expert-comptable installé au Luxembourg depuis deux mois, explique qu’il n’est pas particulièrement surpris par les aménagements apportés au traité pour satisfaire les électeurs irlandais. "Rien n’a changé dit-il. Le traité n’a subi aucune modification en profondeur. Si c’était le cas, le reste des pays de l’Union l’aurait ratifié aussi." Ces aménagements, selon Kevin, sont purement cosmétiques et hors de propos. Les véritables problèmes, poursuit-il, résident dans l’essence de ce traité et non dans les amendements que Bruxelles a accepté de négocier.

 

Pour Kevin, le traité de Lisbonne compromet la souveraineté nationale – de tous les pays européens, pas seulement de l’Irlande. "Il offre trop de pouvoirs au Parlement européen", un problème "qui affectera les autres pays de l’UE de la même manière que l’Irlande."

 

Qu’on ne s’y trompe pas, Kevin Foley est un fervent partisan de l’intégration irlandaise dans l’Europe des 27. Mais, d’après lui, le texte de Lisbonne comporte de sérieux défauts, notamment celui de perdre de vue les racines économiques de l’Europe. "Nous ne sommes pas censés nous transformer en Etats unis d’Europe, explique Kevin. Les bureaucrates de Bruxelles, qui d’ailleurs ne sont même pas élus, disposeraient de trop de pouvoirs."

 

Pour de nombreux experts, la crise financière devrait peser dans la balance et avantager le "oui" lors du référendum. Mais Kevin balaye l’argument, car selon lui "l’UE utilise la faiblesse de l’économie irlandaise comme excuse. Ils nous disent : ‘vous avez voté non, voilà pourquoi votre économie se casse la figure’."

 

Pour le "noniste" Foley, le référendum pose aussi le problème du gouvernement irlandais, “qui est faible et ne se dressera pas contre l’UE”. Pessimiste, il confie que "malheureusement, il y aura sûrement plus de partisans du ‘’oui’’ car le lavage de cerveau [sur la crise économique] a bien fonctionné."

 

"Rien ne devrait plus barrer la route au ‘oui’"

 

Conor Healy, directeur général de la Chambre de commerce de Cork (sud de l’Irlande), se situe plutôt, lui, dans le camp des pro-traité. "Je n’ai pas entendu un seul argument logique ou cohérent de la part des partisans du ‘non’. Toutes les questions soulevées lors du premier référendum ont trouvé des réponses."

 

L’une d’elles concernait la désignation des commissaires européens. Le traité de Lisbonne rejeté par l’Irlande en juin 2008 prévoyait une rotation des membres de la Commission, plafonnés à 18 dans une Union à 27. "Ce qui signifie que l’Irlande aurait été privée de commissaire pendant cinq années, poursuit Declan. Mais puisque ce principe de la rotation a été amendé, rien ne devrait plus barrer la route au ‘oui’."

 

La Chambre de commerce de Cork, destinée à soutenir les entreprises locales, a officiellement pris position pour la ratification du traité. Une position plutôt courageuse sur un sujet aussi controversé, estime Declan. "L’Irlande est une petite économie, très dépendante des marchés internationaux et des exportations vers l’UE. Nous dépendons aussi des investissements réalisés chez nous." Et l’une des raisons pour lesquelles des investisseurs comme les Etats-Unis se tournent vers l’Irlande, selon Declan, c’est son appartenance à l’Union européenne.

 

La formidable croissance irlandaise ces dernières années a donné au pays le surnom de "Tigre celtique". Un succès largement dû aux partenaires européens, fait remarquer Declan. "Nous en avons énormément bénéficié pendant les 30 dernières années. Voilà pourquoi nous devons être de plus en plus impliqués." "Le ‘Tigre celtique’, c’était bon dans les 10 ou 12 dernières années. Tout le monde sait que les 12 derniers mois ont été désastreux pour nous. Nous devons relancer la machine."

 

Première publication : 30/09/2009

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