Ouvrir

À suivre

Rendez-vous

Rejouer


LES DERNIÈRES ÉMISSIONS

UN ŒIL SUR LES MÉDIAS

Christophe de Margerie, entre hommages et polémiques

En savoir plus

JOURNAL DE L’AFRIQUE

Ebola : le Nigeria n'est plus touché par l'épidémie

En savoir plus

FOCUS

Londres, capitale des ultra-riches

En savoir plus

LE DUEL DE L’ÉCONOMIE

France - Allemagne : vers un accord sur l'investissement

En savoir plus

LE JOURNAL DE L'ÉCONOMIE

Le groupe Total frappé au coeur par le décès de son PDG

En savoir plus

SUR LE NET

États-Unis : des costumes "Ebola" pour Halloween critiqués en ligne

En savoir plus

REVUE DE PRESSE

"Ce que veut la Turquie"

En savoir plus

REVUE DE PRESSE

"Les yeux doux d'Angela Merkel"

En savoir plus

L'ENTRETIEN

Ebola : Jim Yong Kim, président de la Banque mondiale, appelle à la mobilisation

En savoir plus

Culture

L'Iran fait sa révolution, au-delà des clichés

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 30/09/2009

Deux photographes iraniens, Reza (à g.) et Bahman Jalali (à dr.), sont réunis à Paris le temps d'une exposition au Quai Branly. L'occasion pour eux de revenir sur la révolution qu'a connu la photographie lors des émeutes de juin en Iran.

Ils sont tous deux Iraniens et photographes. L'un vit à Téhéran, l'autre a fui la répression iranienne en 1981 et s'est réfugié à Paris.

Le premier, Bahman Jalali, réputé pour ses clichés de la révolution iranienne (1978-1979) et ceux de la guerre Iran-Irak (1980-1988), travaille aujourd'hui sur des photomontages inspirés de l’époque Qajar (1781-1925). Le second a, de tout temps, signé ses clichés de son simple prénom, Reza. Depuis qu'il a fui la répression iranienne il y a près de trente ans, ce photographe de renom sillonne le monde, du Maghreb à l’Asie, de l’Afrique aux Balkans, avec son appareil photo pour "raconter l'humanité".


Aujourd'hui, Bahman Jalali et Reza sont tous deux à Paris, le temps d'une exposition au musée du quai Branly, la deuxième édition de Photoquai. Cette année, le musée a choisi de mettre la photographie iranienne à l'honneur avec une exposition consacrée aux 165 ans de la photographie iranienne. Bahman Jalali en est le co-commissaire.

À cette occasion, les deux photographes reviennent, chacun avec leur regard, sur la vague de manifestations qui a touché l'Iran au début de l'été, et qui a transformé le travail des photographes sur le terrain.


FRANCE 24 : Etiez-vous en Iran pour couvrir la vague de protestations de juin dernier, après les élections présidentielles ? Dans quelles conditions les photographes ont-ils travaillé ?


Bahman Jalali : J'étais en Iran mais je n'ai pas travaillé comme photographe pendant cette période. Selon moi, il s’est passé un évènement très important : les jeunes ont utilisé les nouvelles technologies pour communiquer, et notamment pour envoyer des photos par téléphone ou en les mettant en ligne sur Internet. N'importe quel jeune Iranien muni d’un téléphone portable est donc devenu photographe. Certains ont même remplacé les photographes professionnels, travaillant beaucoup plus qu'eux. C'est un phénomène qui avait déjà fait école en Chine, en Birmanie ou en Palestine mais il a été amplifié lors des manifestations en Iran.


F24 :
Connaissez-vous beaucoup de photographes qui ont été arrêtés ?


Reza :
Avoir un appareil photo à la main dans la rue en Iran fait de vous un criminel. Bien sûr, des photographes ont été arrêtés. L'un d'entre eux, qui a été incarcéré au début de cette nouvelle révolution iranienne, a expliqué avoir non seulement été battu, mais aussi violé. Le vrai problème en ce moment dans le pays, ce n’est pas la torture, mais le viol systématique de tous les prisonniers, hommes et femmes. Voici le vrai visage du régime.


F24 :
Comment a évolué la photographie en Iran ces trente dernières années ?


Bahman Jalali :
La photographie iranienne a évolué au gré des évènements politiques dans le pays. Pendant la révolution de 1978-1979, le reste du monde s’est intéressé à l’Iran. Les photojournalistes ou photographes documentaires iraniens ont alors été publiés dans des médias internationaux, ce qui a été un grand pas pour eux. Après, il y a eu la guerre [Iran-Irak, ndlr] pendant huit ans, les photographes ont été inspirés par le cœur de la guerre, mais aussi par le quotidien des Iraniens. Après, il y a eu une période de calme, pendant laquelle la photographie artistique s’est développée, notamment à cause de la censure. La photo artistique apparaissait plus présentable aux yeux des autorités.


FR24 :
Quel impact a eu la photographie sur la société iranienne ?

Reza : L’image a toujours été importante dans l’histoire du pays, donc la photographie aussi. Elle a joué un rôle très important lors de la révolution iranienne il y a trente ans, mais aussi lors des manifestations de juin dernier avec le visage de Neda [Neda Soltan, une jeune femme tuée lors de la manifestation du samedi 20 juin, ndlr]. Son portrait est devenu le symbole de la répression dans le pays.


FR 24 :
Comment travailler dans un pays où la censure est très présente ?


Bahman Jalali :
Dans la société dans laquelle je vis, la photographie est un acte dangereux parce qu'une photo peut montrer des choses que le système ne veut pas que les autres voient. Je pense qu'il y a deux parties dans le travail du photographe, quand vous prenez la photo et quand vous la diffusez. Le photographe doit être aussi performant dans les deux domaines.

J'ai moi-même été censuré. Mon livre qui traitait de la révolution a été édité à deux reprises, mais par la suite, je n’ai plus reçu d’autorisation pour le publier. Cela a également été le cas avec mon deuxième livre sur la guerre [Iran-Irak, ndlr]. J’ai alors fait d’autres travaux à côté qui avaient moins de rapport avec la politique, notamment sur l’architecture iranienne ou encore la vie en Iran. Depuis, je n’ai plus eu aucun problème.

Première publication : 30/09/2009

COMMENTAIRE(S)