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Economie

Paris courtise la finance islamique

©

Texte par Mehdi CHEBIL

Dernière modification : 02/12/2013

Pour enrayer la crise du crédit, la ministre française de l'Économie, Christine Lagarde, veut attirer les investissements des pays musulmans et rafler à Londres le titre de capitale européenne de la finance islamique.

Il devrait bientôt être plus facile pour les entreprises françaises d’avoir recours à des investisseurs islamiques. Alors que le pays fait face à une crise du crédit, le gouvernement français a annoncé, mercredi, qu’il allait introduire dans les deux prochaines semaines de nouvelles règles fiscales pour attirer les capitaux gérés selon la charia.
 
Une autre réforme fiscale, actuellement étudiée par le Conseil constitutionnel, vise d’une part à autoriser l’émission de "sutuk" (obligations islamiques) en France, d’autre part à permettre l’ouverture de banques de détail islamiques pour les musulmans français en 2010.
 
La crise financière et les appels du G20 à lutter contre les transactions boursières opaques poussent les autorités françaises à chercher de nouvelles formes de crédit et à présenter aux investisseurs une alternative éthique aux outils financiers traditionnels.
 
Estimée à 700 milliards de dollars, la finance islamique, qui interdit les intérêts, pourrait répondre à ces besoins. D'autant plus qu'elle possède un point commun avec la finance traditionnelle française, selon Paris: elles ont la même aversion pour la prise de risques excessifs. "Les principes pour lesquels nous luttons sont au cœur de la finance islamique", a déclaré la ministre française de l'Economie, Christine Lagarde, lors d’une conférence sur la finance islamique organisée à Paris cette semaine.
 
L’interdiction des intérêts

 
La charia, la loi islamique, interdit le "riba" - le paiement d’intérêts. Une banque islamique achète le bien à la place du client au lieu de lui prêter de l’argent. La banque et son client sont alors sur un pied d’égalité, ils partagent les pertes et les profits, sans intérêts. L’emprunteur rembourse le crédit et verse un certain montant pour pouvoir utiliser le bien jusqu’à ce que le prêt total soit remboursé à la banque. La banque demande toutefois à l’emprunteur une caution sérieuse pour se protéger contre le défaut de paiement.
 
L’accent mis par la finance islamique sur le partenariat et sa préférence pour les actifs tangibles font que le système financier est ainsi davantage lié à l’économie "réelle", a estimé Christine Lagarde.
 
Les fonds respectant la charia sont également en principe plus transparents : ils doivent tracer leurs investissements pour éviter le financement d’activités considérées comme immorales, par exemple les jeux d’argent ou l’industrie de l’alcool.
 
Paris vs Londres
 
En facilitant les investissements "charia-compatibles", le gouvernement français espère que Paris pourra devenir la première place de la finance islamique de la zone euro. "Paris doit se mettre au niveau de concurrents comme Londres, Hong Kong et Singapour", explique Rushdi Siddiqui, analyste financier et directeur général du pôle finance islamique chez Thomson Reuters.
 
La France espère aussi que la résistance de son système bancaire pendant la crise financière et ses liens de longue date avec le monde arabe lui permettront d’attirer les fonds islamiques. Les entreprises françaises qui travaillent dans les pays du Golfe comme l’Arabie saoudite, le Bahreïn ou les Émirats arabes unis, ont déjà discrètement recours à la finance islamique depuis des années. "Nous utilisions déjà la finance islamique, mais c’est désormais devenu un élément-clé", explique Karel Breda, responsable des acquisitions, de l’investissement et du conseil financier pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord chez GDF Suez. "Nous avons environ 1,1 milliard de dollars de financement islamique dans notre portefeuille."
 
Selon les analystes, seule une petite part des fonds "charia-compatibles" investis dans les entreprises françaises arrivent jusqu’à l’Hexagone et c’est discrètement que la plupart des accords sont passés, par des entreprises toujours à la recherche de nouvelles sources de financement.

 

Capacités d’investissement
 
Les banques islamiques ne sont toutefois pas à l’abri des difficultés économiques mondiales. Certains spécialistes estiment que leur capacité d’investissement est surestimée. La crise de l’immobilier, notamment à Dubaï, a provoqué un effondrement brutal de leur rentabilité et pourrait réduire les investissements islamiques sur les marchés étrangers comme la France.
 
"Les banques islamiques aimeraient investir à l’étranger mais elles sont déjà très occupées par les projets d’infrastructure menés dans leurs propres pays", prévient Karel Breda.
 

Première publication : 09/10/2009

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