23 Octobre 2009 - 17H10  
- Asean - Droits de l'Homme

Le sommet de l'Asean s'ouvre avec la création d'une commission des droits de l'Homme
Réputée pour sa faiblesse politique depuis sa création en 1967, l'Association des pays du sud-est asiatique (Asean) a mis en place, ce vendredi, une Commission des droits de l'Homme. Qui d'ores et déjà ne convainc pas ses détracteurs.
Par Dépêche (texte)
 

AFP - L'Asie du sud-est, réunie en sommet en Thaïlande, a mis en place vendredi une Commission des droits de l'Homme qualifiée d'"historique", sans convaincre ses détracteurs qui condamnent l'absence de volonté réelle du bloc régional de peser sur ce dossier.

Les chefs d'Etat et de gouvernement des dix membres de l'Association des pays du sud-est asiatique (Asean) doivent s'entretenir tout le week-end de questions économiques à Hua Hin, dans le sud du pays.

Mais ils ont voulu marquer le premier jour du sommet par le lancement d'une Commission inter-gouvernementale des droits de l'Homme (AICHR), censée répondre aux critiques sur la faiblesse politique récurrente du bloc fondé en 1967.

L'Asean compte parmi ses membres un régime de quasi parti unique (Singapour), une monarchie absolue (Brunei), deux Etats communistes (Laos, Vietnam) et une dictature militaire (Birmanie), qui tous rechignent à admonester leurs voisins s'ils sont en difficulté.

Respectueuse d'un sacro-saint principe de non-ingérence dans les affaires intérieures, elle est régulièrement critiquée pour son incapacité à provoquer des réformes de la part des militaires au pouvoir à Rangoun.

Vendredi, le Premier ministre thaïlandais Abhisit Vejjajiva a défendu la commission. "Il est de notre responsabilité à tous de faire avancer l'AICHR, de la rendre crédible et efficace", a-t-il ajouté.

Mais il en faudra plus pour faire taire les opposants, qui dénoncent les prisonniers politiques détenus dans les geôles de nombreux pays membres, et la liberté de la presse bâillonnée dans à peu près chacun d'entre eux.

Cette semaine, la représentante de la Commission pour les droits de l'Homme des Nations unies en Asie du sud-est avait demandé bien plus que des déclarations d'intention.

L'AICHR, avait estimé Homayoun Alizadeh, "devra travailler dur pour s'ériger en mécanisme régional crédible et aider à réduire l'écart entre la rhétorique sur les droits de l'Homme et la réalité sur le terrain".

De facto, le premier couac est intervenu dès avant la création officielle de la commission, avec la mise à l'écart de cinq des dix représentants de la société civile qui devaient s'entretenir avec les dirigeants de l'Asean. Les délégués birman, cambodgien, laotien, philippin et singapourien ont été priés de rester dehors.

La commission essuyait immédiatement ses premières critiques, notamment pour son absence de pouvoir coercitif sur les Etats-membres.

"On est loin des mécanismes qui reflèteraient la crédibilité des pays de la région lorsqu'ils soutiennent les droits de l'Homme", a estimé Bridget Welsh, expert de l'Asie du sud-est à l'Université de gestion de Singapour.

Depuis son accession à l'Asean en 1997, c'est la Birmanie qui illustre le plus clairement les difficultés politiques de l'Asean.

La dictature militaire a plusieurs fois embarrassé la région, qui ne fonctionne qu'à l'unanimité. Comme en 2007, lorsque la junte l'avait forcé à annuler une intervention de l'envoyé spécial de l'ONU Ibrahim Gambari sur la situation politique dans le pays.

Sur ce sujet et sur les autres, l'Asean doit encore convaincre de l'intérêt de son nouvel organe. "C'est quelque chose sur lequel on peut construire, plutôt que de ne rien faire", a justifié Rosario Manalo, représentant des Philippines au sein de la commission.

"Certains pays ont essayé de tuer l'idée en 2006", a-t-il rappelé. "C'est vraiment passé par le chas d'une aiguille".
 

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