03 novembre 2009 - 14H24  
- Pakistan - Taliban

Rencontre avec un combattant d'Al-Qaïda
Correspondante de FRANCE 24 au Pakistan, Anne-Isabelle Tollet s'est rendue dans les zones tribales situées à la frontière pakistano-afghane, où elle a rencontré un homme qui dit appartenir à la nébuleuse d'Oussama Ben Laden. Un reportage exclusif.

Anne-Isabelle TOLLET (vidéo)
 

Il a fallu un mois de tractations quotidiennes pour obtenir cette interview, jusqu'à  ce que ma demande finisse par arriver aux oreilles d’une source basée dans la zone tribale de Khyber (nord-ouest du pays). Cet intermédiaire connaissait des militants d’Al-Qaïda basés dans la région. Il leur a transmis ma demande, tout en évitant soigneusement de leur dire que cette interview allait être menée par une femme…

Nous partons pour les zones tribales le 1er novembre. Nous sommes quatre dans la voiture : trois hommes, et moi-même, vêtue d'une burqa que j'ai enfilée à Peshawar, pour ne pas attirer l’attention. Ici, les étrangers ne sont pas les bienvenus... À Khyber, nous pénétrons dans une zone de non-droit aux mains des insurgés. La veille, dans ce secteur, un homme a été kidnappé puis assassiné. Ce jour-là, une école pour fille explosera peu après notre passage. La tension est palpable dans la voiture, les hommes sont tendus, armés d’un kalachnikov.

Au milieu des montagnes, la route s'arrête. Il faut continuer à pied

Nous ne connaissons pas exactement le lieu du rendez-vous, les indications nous sont données au fur à mesure, par téléphone. Seuls au milieu des montagnes, à quelques kilomètres de la frontière afghane, nous finissons par nous arrêter. La route s'achève ici. Nous nous rapprochons… Il faut continuer à pied. L’un des hommes part devant en éclaireur, pour annoncer avant que je n’apparaisse que "le" journaliste est, en fait, “une” journaliste.

De l’autre coté de la crête, deux hommes armés au visage masqué par un chèch nous attendent… L’un, en bleu, va assurer la sécurité rapprochée de son chef sur les hauteurs, tandis que l'autre nous a à l’œil. Dans ces contrées, personne ne fait confiance aux étrangers.

Je demande à notre invité de se présenter : "Mon nom est Abdullah Ouzbec. Je reviens d’Afghanistan et je travaille pour Al-Qaïda", déclare-t-il.

Abdullah Ouzbec est un militant connu par les journalistes pakistanais comme membre du groupe "Najam Ud Din Hayuf-Group of Uzbecs". Son chef, Najam Ud Din, a été tué par un tir de drone américain au Waziristan en 2008. Les services de renseignements américains le considéraient comme un terroriste d’Al-Qaïda .

Au cours de l’entretien, Abdullah Ouzbec affirme que "Ben Laden est toujours vivant", explique qu’il retournera en Afghanistan à la fin de l’hiver pour reprendre le jihad. D’ici là, il compte prêter main forte aux Taliban du Sud-Waziristan pourchassés par l’armée pakistanaise.

Après l'entretien, chacun repart de son coté. Pour nous, le temps presse : les combattants qui nous accompagnent me disent que nous sommes repérés. Nous quittons ces montagnes, direction Peshawar. Au pas de course...

 

Commentaires (19)

Quelle audace !

J'ai une grande admiration pour Anne-Isabelle TOLLET, audacieuse Journaliste qui ose s'aventurer dans une zone contrôlée par les combattants d'Al-Qaîda.Il faut bien des Journalistes comme vous pour nous tenir informer la vie " de l'autre côté de la montagne Pakistano-Afghane ".
Merci infiniment , Madame !

rencontre avec benladen

tout est faux ceci est égale C.I.A.

rencontre avec benladen

tout est faux ceci est égale C.I.A.

Bravo

Merci au contraire aux journalistes de ne pas pas idéaliser le monde dans lequel on vit. Une information objective implique que toutes les parties doivent être entendues, y compris les meurtriers.

Calembredaine Pak

Et vous appelez ca une interview ? de semblables, je vous en sors une dans une heure, de Ben Laden et je vous en donne l´exclusivité contre 50 000 € Mercide répondre dans l´heure pour que je vous la fabrique, et qu´elle puisse etre diffusée au 20 h de TF1.

que la presse cesse de donner

que la presse cesse de donner la parole à des meurtriers.

Al-QAIDA

le journalisme c'est un bon art mais c'est risquant.

Reportage de Tollet

Appelons plutôt cela "connivence avec l'ennemi" !
Les familles de militaires tués en Afghanistan vont sûrement apprécier !

Les hommes qui combattent les

Les hommes qui combattent les Taliban en portant les armes de leurs nations ne sont, dans leur grande majorité, pas opposés à ce genre de reportage. Les hommes qui se battent et risquent leurs vies agissent le plus souvent sans haine, sans fanatisme et animés de la simple conviction que leur combat est juste. A leur façon, les journalistes de France 24 de même. Ils ont une mission, un code moral et professionnel. Le Taleb se bat pour ce qu'il croit être juste. Le soldat Breton aussi. Et le journaliste, s'il prend des risques, le fait pour obéir à une conviction profonde : "informer le public, c'est lui donner les armes pour décider si le combat dans lesquels s'engagent leurs leaders est juste." L'information, la plus objective possible, est un ingrédient essentiel à l'exercice de la démocratie. Chaque année, chaque semaine, des journalistes sont blessés ou tués. Leur engagement donne au monde un éclairage supplémentaire pour dissocier ce qui est juste de ce qui ne l'est moins. Il n'est de héros que morts. Les autres ne sont que des professionnels convaincus. Ceux qui jugent ne sont souvent que des travailleurs consommateurs nourris et protégés par l'engagement de ceux qu'ils condamnent.

al qaida

il est rare d'entendre ces gens là s'exprimer, et même si ce discours est indéfendable bravo à la journaliste et à France 24. Ce n'est pas de la propagande, c'est leur discours ! Ca nous permet comprendre leur logique. Entendre Himmler ou officiers SS interviewés par des journalistes auraient sans doute pu éviter toutes les horreurs de la guerre que beaucoup on feint d'ignorer. C'est un bon décryptage, encore bravo pour ce reportage.

réaction

Je tiens à féliciter la journaliste de son courage que meme un homme n'aurait pas eu.Je souhaite que nous soyons informés sur le contenu de l'entretien qu'elle a eu avec ce militant d'al-qaida. Toutes mes admirations madame la journaliste.

Rencontre avec un combattant

Un commentaire sur ce sujet n'a que peu d'importance. Il y a maintenant des sujets où les commentaires sont censurés et c'est dommage. Trop de pressions extérieurs probablement.

Rencontre avc Al qaida

c'est époustoufflant de voir ces hommes défendrent des crimes indéfendables. Merci à la journaliste et à France 24 de nous montrer ce qu'on ne voit pas aileurs !

?

Quelle courageuse!

Rencontre avec un combattant d'Al-Qaïda

Qu'est-on censé conclure ? Qu'Al-Qaïda joue un rôle effectif dans le pays où il "justifie" la présence des Occidentaux, et que l'épouvantail Ben Laden est toujours en service ?
Toute cette mise en scène n'est pas très convaincante !

Bravo !

Bravo madame/mademoiselle Anne-Isabelle Tollet! Oui, les zones tribales situées à la frontière pakistano-afghane, ont devenus le centre d'activités de militants Pakistanais, Afghans, Ouzbecs, Chechen, Punjabis et Arabes. Ils ont déstruit la paix de Peshawar, en particulier, et du monde en général. ils ont pris la vie de milliers de personnes innocentes. Ils veulent imposer leur propre version de l'islam pour convertir le monde dans un état islamique. (Rooh ul Amin, Peshawar)

waw

C'est du journalisme ou du sensationnalisme?

ce reportage ne me parait pas sérieux...

Stop !

Que cela plaise ou non, la France est en guerre en Afghanistan, contre des hommes et leurs idées. Plus d'une trentaine de soldats sont déjà morts là-bas, tués par ces gens auxquels la parole est ici donnée. Trente morts, c'est peu par rapport aux boucheries de la Première Guerre Mondiale, par exemple. Mais chacune de ces morts est vécue comme un drame par l'opinion française ; chacune de ces morts, individuellement, choque. Les Français par conséquent sont de plus en plus sceptiques : le moral est atteint, ce qui est exactement le but recherché par Al-Qaida et les Talibans. Ils savent que leur victoire ne peut être militaire, mais seulement politique. Et pour influer sur la politique d'une démocratie, il faut convaincre son opinion publique, puisque ce sont les citoyens qui expriment leurs opinions par le vote. Le bataille des esprits se joue donc en ce moment même et vos propres cerveaux en sont le champ de bataille. Donner la parole à l'ennemi, c'est faire son jeu, c'est lui servir sur un plateau les moyens de remporter la victoire. C'est, tout simplement, de l'irresponsabilité à des fins de sensationnalisme déplacé. Un conflit ne saurait être couvert, de toute façon, comme une bataille électorale, régi par le principe de la parité du droit de parole. Du reste, au cours du dernier conflit mondial, a-t-on vu le Times interroger Himmler ou recueillir les impressions d'un SS sur sa situation et son combat ?

bravo

bravo au courage et au professionnalisme de votre reporter!

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