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Un reportage tourné par nos correspondants sur un sujet qui fait l’actualité dans leur pays, suivi du décryptage de notre invité. Du lundi au vendredi, à 14h15.

Dernière modification : 13/11/2009

L'affaire Kurras replonge Berlin dans son passé

Quatre jours après le 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin, l'affaire Karl-Heinz Kurras, ancien policier de l'Ouest soupçonné d'avoir été une taupe de l'Est, vient rappeler à l'Allemagne qu'elle n'en a pas encore fini avec son histoire.

Les invités de ce Focus sont Michel Meyer, auteur de "Histoire secrète de la chute du Mur de Berlin" (éd. Odile Jacob) et Anne Mailliet, correspondante de FRANCE 24 à Berlin, en Allemagne.
 

2 juin 1967. Le shah d'Iran est en visite officielle à Berlin-Ouest. Dans la rue, une manifestation contre le régime iranien tourne mal. Un policier en civil, Karl-Heinz Kurras tire sur un étudiant et le tue d'une balle dans la tête.

Un événement qui agit comme un déclencheur et radicalise l'extrême gauche. Entre les autorités et les étudiants, la guerre est désormais déclarée. Les troubles de 1968 et la création de la Fraction armée rouge ne sont plus très loins.

Karl-Heinz Kurras qui est inculpé d'homicide involontaire, plaide la légitime défense. Il est relaxé et reste dans les rangs de la police jusqu'à sa retraite en 1986. Des décennies plus tard, c'est la sensation. On apprend que Karl-Heinz Kurras, le policier ouest-allemand modèle, était en réalité un espion de la Stasi. Actif pour le compte des services de l'Est depuis 1955 et membre du Parti communiste est-allemand depuis 1964. Une information révélée en mai dernier par des historiens de l'autorité chargée de gérer les dossiers de la police politique. Dans le dédale des archives de la Stasi, les historiens sont tombés sur 17 dossiers, 6 000 pages qui retracent la vraie vie de Kurras et son double-jeu.

Selon Cornelia Jabs, historienne aux archives de la Stasi, "Kurras travaillait dans la section de la police chargée de la protection de l'Etat. Il était au courant des enquêtes menées contre les policiers soupçonnés d'espionnage pour l'Est et fournissait ces informations à la Stasi." Pendant des années, Kurras écrit des rapports sur ses collègues et fait passer des documents secrets à l'Est.

Peu de temps après ces révélations, la police perquisitionne son appartement et y découvre un revolver. Ce féru d'armes à feu comparaît aujourd'hui devant un tribunal de Berlin pour infraction à la législation du port d'armes et une enquête a été ouverte pour trahison du secret d'Etat.

Pour autant, personne ne peut dire avec certitude si Karl-Heinz Kurras a tué Benno Ohnesorg sur ordre de la Stasi, car une partie de son dossier a été détruite. Mais Uwe Soukup, auteur d'un ouvrage de référence sur la mort de Benno Ohnesorg ne croit pas que Kurras a agi en accord avec la Stasi. Selon lui, les services secrets est-allemands n'aurait pas sacrifier un agent de ce calibre en l'envoyant tuer un étudiant.

Carl-Wolfgang Holzapfel, qui défend les victimes de la Stasi, a quand à lui porté plainte contre Kurras pour le meurtre de Benno Ohnesorg et espère qu'une enquête sera ouverte pour faire toute la lumière sur cette épisode tragique de l'Allemagne d'après-guerre. "Il est tout à fait possible que cet homme, qui a été capable de trahir ses amis, ses collègues et les intérêts de son pays pour la Stasi, un homme qui n'était pas seulement membre du parti, mais un communiste convaincu, se soit dit ce jour-là qu'il rendait service à la RDA", explique-t-il à FRANCE 24.
   

Par Anne MAILLIET

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