Dernière modification : 20/11/2009 

- Irak - Iran - Photographie - Tunisie


Ces femmes qui défendent le huitième art dans le monde arabe

Ces femmes qui défendent le huitième art dans le monde arabe

Gohar Dashti, Raja Aissa, Sama Alshaibi, Lalla Essaydi (photo)... Iraniennes, Tunisiennes, Marocaines ou Irakiennes, ces jeunes femmes portent haut la photographie d'art. Rencontres, à l'occasion du salon Paris Photo, qui a lieu du 19 au 22 novembre.

Par Priscille LAFITTE (texte)
 

Elles photographient l'Iran, la Tunisie, l'Afghanistan, le Maroc, l'Irak, les Territoires palestiniens, souvent contraintes d' esquisser, plutôt que d'aborder frontalement les sujets politiques et sociaux qui les tracassent. Elles parlent beaucoup des femmes, de leurs luttes, de leurs contraintes sociales et religieuses. Gohar Dashti, Katayoun Karami, Raja Aissa, Sama Alshaibi exposent leur travail au salon Paris Photo, qui se déroule dans la capitale française du 19 au 22 novembre. L'occasion de rencontrer ces femmes qui, à défaut d'être entendues, montrent, mettent en scène et dénoncent, imprimant leur marque dans l'imagerie du monde arabe.

 

Katayoun Karami
Katayoun Karami
Vue générale de la série "The Other Side" à Paris Photo (DR)
The Other Side (DR)
Katayoun Karami (DR)

    Katayoun Karami. Cette Iranienne de 42 ans vit et expose à Téhéran. Son travail tombe régulièrement sous le coup de la censure : certains de ses clichés montrant des femmes nues ne peuvent pas être exposés ou même imprimés dans un livre. La série qu'elle propose à Paris Photo montre la double face des femmes iraniennes. "Dans l’islam, dès l’âge de 9 ans, les fillettes doivent porter le voile. Trente et un ans plus tard, lorsque j’ai atteint la quarantaine, j’ai remarqué avec tristesse que mes cheveux étaient devenus gris, sans jamais avoir pu les mettre au soleil. Cette série témoigne de la dualité des femmes iraniennes : par devant, un visage - le mien - flouté au travers d’un voile noir. De l’autre côté, ce qui est oublié, caché : une chevelure devenue inutile, gâchée. J'ai employé un procédé photographique qui vieillit le cliché", écrit-elle dans un texte qui accompagne sa série "The other side".

     

    Gohar Dashti
    Gohar Dashti
    "Today's Life and War" (copyright Silk Road Photo, Téhéran)
    "Today's Life and War", suite (copyright Silk Road Photo, Téhéran)
    "Today's Life and War", vue d'ensemble (DR)
    Gohar Dashti (DR)

      Elle aussi iranienne, Gohar Dashti, 29 ans, montre les stigmates laissés sur la population par la guerre Iran-Irak (1980-1988). La photographe convoque un couple dans une banlieue de Téhéran, qui se transforme en un théâtre de scènes faussement naïves. "Tout est soigneusement organisé : je vais d’abord sur place, je prends des photos, je fais des esquisses de ce que je veux, et j’emmène ensuite mes deux amis sur les lieux. Je leur dis précisément ce que je souhaite", explique la jeune femme. Il en résulte des images du quotidien - étendre le linge, regarder la télévision, se mettre à table - figées dans un décor militaire auquel les protagonistes semblent rester indifférents.

      "Ma génération a grandi avec la guerre comme arrière-plan. Dans les médias, nous entendons constamment parler de rumeurs de guerre." Dans le regard de ce couple capté par Gohar Dashti, on peut lire la détermination et la volonté de survie d'une génération qui s'oppose massivement au pouvoir en place à Téhéran.

       

       

      Sama Alshaibi
      Sama Alshaibi
      "Sissy my Enemy", 2009 (copyright Selma Feriani Gallery, Londres)
      "The Pessimist", tryptique en vue d'ensemble (DR)
      "Birthright", détail (DR)
      Sama Alshaibi (DR)

        Sama Alshaibi

        est irakienne par son père et palestinienne par sa mère. En se mettant elle-même en scène dans ses photographies, en puisant dans son imaginaire et ses souvenirs d’enfant, elle cherche à communiquer un message politique et social sur la situation au Moyen-Orient.
        Dans la série "The Pessimist" qu’elle présente à Paris Photo (ci-contre), il s’agit de jeux d’enfants "qui n’ont l’air de rien, qui semblent innocents. Mais ils parlent d’oppression et du rapport dominant-dominé. Nous nous plaignons facilement d’être victimes de ceux qui nous gouvernent mais, souvent, nous nous imposons à nous-mêmes nos propres barrières. Tout comme dans le jeu où il faut anticiper la tapette de son camarade et retirer sa main au plus vite, nous préférons souvent nous désengager de situations délicates plutôt que d’aller en prison ou être poursuivi en justice."
        Sama Alshaibi est une artiste pétrie des souffrances et des contradictions des peuples palestinien et irakien. "Nous avons appris à ne pas trop faire de vagues. Enfant, on nous apprend ce qui est bien, on nous inculque les limites à ne pas dépasser. Cela peut paraître bénin, innocent. On nous apprend, en fait, qu’il n’y a pas grand-chose qui puisse changer. Le désert en arrière-plan est, pour moi, symbolique d’un paysage qui est constamment balayé par le vent, mais où rien ne pousse, où rien ne change vraiment."

         

        Raja Aissa
        Raja Aissa
        "I & e.y.e. 1", 2008 (copyright Selma Feriani Gallery, Londres)
        Raja Aissa (DR)

          Née en 1958, Raja Aissa est tunisienne. Elle vit à Paris. La photographe soigne la perception des corps des femmes en jettant le trouble sur les scènes de nudité, par l'addition d'un mystérieux écran. Recouvertes d'un tissu, les photographies sont comme voilées. "La philosophie soufie affirme que l’unité et la présence de Dieu se trouve dans cet infime, situé entre l’extérieur et l’intérieur. Toutes ces couches intermédiaires entre l’intérieur et l’extérieur m’ont toujours attirées".
          Le voile comme symbole religieux dans l’islam ?  "Mon travail porte en effet sur la résurgence de quêtes identitaires. Est-ce que l’identité se trouve essentiellement dans le voile ? L’idée du voile est très pauvre en soi. Ce tissu symbolise un écran entre nous et les autres, entre nous et nous-mêmes aussi. La vérité est multiple."
           
           
           
           
           
           
           
           
          Étrangère à la culture arabe, mais néammoins sensible aux conflits identitaires de ses consœurs du Levant, Karijn Kakebeeke, photographe néerlandaise, a reçu le prix BMW 2009 pour son travail sur la première équipe féminine de football en Afghanistan.
          Karijn Kakebeeke, lauréate du prix BMW 2009
          Karijn Kakebeeke, lauréate du prix BMW 2009
          "Khadija’s Dream", 2006 (copyright The Empty Quarter Gallery, Dubaï)
          Suite de la série de photos de Karijn Kakebeeke sur une équipe de football féminin en Afghanistan (DR)
          Suite de la série de photos de Karijn Kakebeeke sur une équipe de football féminin en Afghanistan (DR)

            "À travers cette toute jeune équipe féminine de football, j’ai voulu montrer les changements qui s’opèrent en Afghanistan. La photo qui a reçu le prix BMW montre le capitaine de l’équipe, Khadija, que j’ai réussi à photographier chez elle, ce qui est assez extraordinaire.

            J’ai également photographié le lieu où s'entraînent les footballeuses. C’est une maison entourée de murs assez élevés, car les Afghanes n’ont pas le droit d’être vues en train de jouer au football. Officiellement, il existe un championnat de football féminin mais, en fait, les équipes ne peuvent pas se rencontrer pour des tournois. Car les seuls terrains de jeu existants n’ont pas de murs pour les protéger du regard des hommes.
            Ces joueuses s’entraînent, certes, et c’est déjà un énorme changement. Mais c’est tout. Pourtant, une femme comme celle que vous voyez à gauche, avec la casquette rouge, est très douée (voir la 2e photo du diaporama). Je pense qu’elle pourrait être recrutée dans des équipes professionnelles européennes, mais son oncle et son frère s’y opposent."

             

            Petit aperçu du travail des autres photographes du monde arabe et iranien présents à Paris Photo :

            Lalla Essaydi
            Lalla Essaydi
            "Les femmes du Maroc : Harem Beauty #2", 2008 (copyright Edmynn Houk Gallery, New York)
            Olivia Arthur
            Olivia Arthur
            "The Women’s Hostel", Riyad, 2009 (copyright Magnum Gallery, Paris)
            Reza Aramesh
            Reza Aramesh
            "Action 51, Kerem Shalom Israël", 17 février 2008. Des prisonniers palestiniens aux mains de soldats israéliens. (copyright B21 Gallery and the Artist)
            Mohammad Ghazali
            Mohammad Ghazali
            Il photographie la rue en adoptant le "point de vue" de statues d'hommes illustres à Téhéran. En l'occurence, "Abu Abdollah Jafar Ibn Mohammad Ibn Hakim Ibn Abdolrahman Ibn Adam Rudaki, poète du Xe siècle". (Copyright : Galerie Assar Art, Téhéran)

               

              Pour vous rendre à Paris Photo : www.parisphoto.fr/. Le salon a lieu du 19 au 22 novembre.

               

              Commentaires (2)

              Marguerite A. Bien-Aime

              Ces femmes est tres interessant! Merci beaucoup por les informations.

              bravo

              bravo

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