19 novembre 2009 - 15H35
Le journaliste Taoufik ben Brik encourt trois ans de prison ferme
Le journaliste d'opposition Taoufik ben Brik a comparu aujourd'hui devant la justice tunisienne pour "faits de violence". Il affirme qu'il s'agit d'un procès politique et risque trois ans de prison ferme.
Le journaliste Taoufik ben Brik s’est présenté ce jeudi devant la justice tunisienne, pour "faits de violence, outrage public aux bonnes mœurs et dégradation volontaire des biens d’autrui". Le verdict est prévu pour le 26 novembre. Le journaliste risque trois ans de prison ferme.
Les autorités tunisiennes l’accusent d’avoir agressé une automobiliste et l’ont écroué, le 29 octobre dernier. Mais le journaliste affirme que le procès qui lui est intenté est avant tout politique et lié aux articles qu’il publie dans la presse étrangère. Plusieurs articles, qui mettent à l’index le régime de Ben Ali, ont paru avant la réélection du président tunisien, le 25 octobre.
Selon le président de Reporter sans Frontières, Jean-François Julliard, qui a pu assister au procès, les avocats de Ben Brik ont réclamé en vain un report d’audience et une mise en liberté provisoire. "Les avocats ont eu accès au dossier, qui est vide. Il s’agit réellement d’une manipulation", ajoute Jean-François Julliard, joint par France24.com.
L’affaire est devenue diplomatique : le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, s’est dit "déçu" par les arrestations jugées "inutiles" de journalistes en Tunisie, alors qu’il était interrogé le 10 novembre sur France Inter. A la suite de quoi le président Zine el-Abidine Ben Ali s’est élevé publiquement contre l’"ingérence" de France. Il a saisi l'Union du Maghreb arabe et l'Union africaine pour "atteinte à la souveraineté" de la Tunisie.
"La police entoure la maison de Sihem Bensedrine"
Pour se présenter devant la justice, Taoufik ben Brik est épaulé par un collectif de dizaines d’avocats, par Reporter sans Frontières et par la Fédération Internationale des Ligues des droits de l'Homme (FIDH). Selon Alexandra Pomeon, responsable de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme à la FIDH, et interrogée par France24.com, "les activistes tunisiens et maghrébins ont été empêchés de se rendre au palais de justice. La police entoure la maison de Sihem Bensedrine, porte-parole du Conseil national pour les libertés en Tunisie, et la contraint à rester chez elle."
Sihem Bensedrine était justement de passage à Paris, cette semaine, pour sensibiliser l’opinion internationale contre l’absence de liberté de la presse dans son pays. Elle s’est alors confiée à France 24 : "Nous n’avons que les médias étrangers comme bouclier. Notre président a appelé au lynchage des journalistes, de tous ceux qui critiquent son régime. Nous sommes totalement ‘déprotégés’ et la justice ne fonctionne pas. Il n’y a rien qui fonctionne."
Ce n’est pas sans risque que Sihem Bensedrine s’adresse ainsi à la presse. Elle a déjà connu la prison et dit avoir subi des violences policières. "J’ai été agressée à deux reprises, au cours des dix derniers jours, et je peux vous dire qu’ils ont été extrêmement violents." Elle est poursuivie par la justice tunisienne pour utiliser, avec sa radio indépendante Kalima, une fréquence sans licence - alors que ses programmes sont diffusés sur Internet et via satellite.
"Le pays peut basculer dans l’anarchie"
"Il est important d’attirer l’attention sur ce qui se passe en Tunisie, car le pays peut basculer à la fois dans l’anarchie et dans la régression", estime Souhayr Belhassen, présidente de la Fédération internationale des Ligues des droits de l’Homme et elle-même journaliste de nationalité tunisienne, interrogée par France 24.
Selon la FIDH, six journalistes indépendants vivent sous haute surveillance policière et deux autres croupissent en prison : Taoufik ben Brik et Zouhair Makhlouf, collaborateur d'un hebdomadaire d'opposition et d'un site Internet basé en Allemagne, poursuivi pour avoir tourné illégalement des images.
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Commentaires (4)
Ben Brik va etre jugé en France pour viole en 2004
Ben Brik a la fâcheuse habitude d’être soûl, vulgaire et violent envers les femmes. Cette fois-ci, il est tombé sur un « os » : une femme cadre supérieure d’un grand groupe suisse. Que justice soit faite à son égard, à Tunis comme à Paris (violence contre son ex-maîtresse).
Il ne faut pas oublier que plusieurs opposants et « vrais » journalistes tunisiens ont été plus virulents contre certains politiques en Tunisie, sur France24, TV5, Le Monde…. Ils sont en Tunisie et n’ont eu aucun souci.
Enfin, il est vraiment stupéfiant de voir ce « deux poids –deux mesures ». Aucune mobilisation de certains journalistes & RSF pour s’insurger contre la mort de journalistes palestiniens, iraquiens ou autres.
indignation
Je soutiens totalement les journalistes et le droit à la liberté de la presse .Je connais un peu et depuis longtemps ce pays et je suis très triste et inquiète de la tournure des événements ainsi que de l'orientation politique.Il serait dommage que ce petit pays sombre dans la dictature ou l'anarchie ; il ne le mérite pas!
Quo vadis?
Apres la deuxième guerre mondiale la communauté internationale a voulu éviter la répétition des tragédies passées. La Charte des droits de l'homme a été rédigée dans ce but. Tous les états membres de l'ONU doivent y souscrire. On ne pensait pas dans le temps à l'apparition d'états voyous qui ne respectent ni les lois internationales ni leurs propres lois. La question est de savoir si un dictateur peut disposer selon son gré de la population qu'il a soumise. N'existe-t-il donc pas de lois internationales à defaut d'une morale internationale? En quoi rappeler à Ben Ali son obligation de respecter les droits de l'homme peut-il être considéré comme une atteinte à la souveraineté de la Tunisie? Il me semble que c'est un moyen diplomatique pour éviter une explosion de violence car tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse.
Pour que la colère du peuple s'exprime.
Je ne pense pas qu'en faisant appel aux pressions étrangères et particulièrement occidentales, qu'on va arriver à faire fléchir le régime dictatorial en Tunisie.Et encore moins s'en débarasser pour toujours. En effet le régime a parfaitement atteint le degré carrément mafieux et en toute impunité grâce à la complaisance et la complicité des puissances occidentales. À chaque fois qu'un innocent détenu est libéré par le fait des pressions d'un M. Bernard Kouchner ou d'unquelconque président occidental , on ne fait que prolonger la vie à la dictature et préserver les privilèges de tous ceux qui en profite. Ce n'est que quand la colère du peuple s'exprime de la manière la plus éclatante et la plus sonore que le régime tombe. Une colère sourde parcourt depuis plusieurs années le corps social. Elle est sur le point de faire irruption tel un volcan. Toute arrestation arbitraire de ce régime pourrait être sa dernière.
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