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FRANCE

Les sinistrés écœurés par la relaxe, Total satisfait

©

Texte par Dépêche

Dernière modification : 18/10/2012

Le tribunal correctionnel a relaxé les prévenus dans le procès de l'explosion de l'usine AZF de Toulouse qui avait causé la mort de 31 personnes en 2001. Une décision qui a assommé les sinistrés et les familles des victimes.

AFP - Les sinistrés et familles de victimes de l'explosion de l'usine AZF de Toulouse (31 morts en septembre 2001) sont sortis écoeurés de la salle d'audience après la relaxe générale prononcée jeudi par le tribunal correctionnel, alors que Total saluait la décision.

Les parties civiles ont été assommées par le jugement, peu avant 17H00, dans l'immense salle polyvalente Jean-Mermoz, transformée en tribunal du 23 février au 30 juin, et qui accueillait près de 750 personnes.

"C'est honteux", lançait une sinistrée. Alors que les policiers venaient de faire taire les applaudissements venus des rangs d'anciens salariés d'AZF, qui ont pris fait et cause pour les prévenus, l'ex-directeur de l'usine Serge Biechlin, et Grande Paroisse, la filiale chimie de Total.

"Le tribunal a laissé la porte ouverte à la délinquance industrielle", a dénoncé froidement Gérard Ratier, président de l'Association des familles endeuillées, dont le fils a été tué par la déflagration.

"La commission d'enquête interne, en agissant avant l'enquête judiciaire, a fait disparaître les pièces à conviction, lesquelles ont manqué à ce tribunal pour se positionner", a-t-il affirmé.

Le principal prévenu, Serge Biechlin, s'est éclipsé rapidement après le jugement, sans faire de commentaires.

Son avocat, Me Daniel Soulez Larivière, a souligné qu'"en droit, il faut qu'il y ait un lien entre une faute alléguée et le sinistre. Le tribunal a allégué plein de fautes, et ce n'est pas pour autant une infraction car il faut démontrer que cette faute à une relation certaine avec ce qui s'est passé".

"Je dis la vérité depuis des années, a-t-il insisté, et la vérité c'est qu'on ne sait pas ce qui s'est passé" le 21 septembre 2001.

Sur la même ligne, Jacques Mignard, président de l'association AZF Mémoire et Solidarité, s'est dit "satisfait qu'on n'ait pas tout bloqué avec des condamnations. Cela ne met pas un point final à l'histoire. On ne peut pas prendre des sanctions sur une piste comme la thèse officielle. Le problème c'est qu'on n'a toujours pas expliqué ce qui s'est passé".

"Je suis écoeuré, on peut continuer à tuer. Quand on voit des verdicts comme ça, on a de quoi se faire du souci. C'est ça la justice, c'est ça la démocratie", pestait Jean-Louis, un sinistré d'une cinquantaine d'années sur le parvis du tribunal.

"C'était prévisible. Ils sont au-dessus des lois, on le voit bien, personne n'est dupe. Même ceux qui applaudissent savent bien ce qui s'est passé", regrettait André Moulon, un des quelque 3.000 membres des parties civiles.

Hafida Nabi, 38 ans, était sous le choc une demi-heure après le jugement. Cette mère de quatre enfants résidant dans le quartier populaire du Mirail, qui a des séquelles auditives d'une blessure à l'oreille, a espéré que "le parquet va faire appel".

Pour elle, le jugement est un "scandale".

"Le jugement était extrêmement documenté et motivé. Simplement, le tribunal a accepté de considérer qu'il y avait une insuffisance de preuves concernant les produits qu'il y avait dans la benne alors même que Grande Paroisse a laissé la benne s'égarer (...)", a déclaré Me Stella Bisseuil, avocate de l'Association des familles endeuillées.

"C'est l'industriel qui a organisé l'incertitude de la preuve et qui en est aujourd'hui récompensé", a-t-elle amèrement regretté.
 

Première publication : 20/11/2009

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