22 novembre 2009 - 17H02  

Des juristes allemands défendent un rédacteur-en-chef contre le pouvoir
Des dizaines de juristes allemands sont montés au créneau dimanche pour empêcher le pouvoir politique de limoger un rédacteur-en-chef de la télévision publique jugé indocile, au nom de la liberté de la presse garantie par la Constitution.
Des dizaines de juristes allemands sont montés au créneau dimanche pour empêcher le pouvoir politique de limoger un rédacteur-en-chef de la télévision publique jugé indocile, au nom de la liberté de la presse garantie par la Constitution.

AFP - Des dizaines de juristes allemands sont montés au créneau dimanche pour empêcher le pouvoir politique de limoger un rédacteur-en-chef de la télévision publique jugé indocile, au nom de la liberté de la presse garantie par la Constitution.

Les juristes accusent des dirigeants du parti chrétien-démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel, de vouloir se débarrasser du rédacteur-en-chef de la chaîne ZDF. L'affaire suscite une levée de boucliers en Allemagne où la liberté de la presse est sacrée depuis la fin du nazisme.

"Nous appelons à la raison et au professionnalisme de tous les membres du conseil d'administration. Ne participez pas à la prise d'influence que projette l'Etat avec le choix du rédacteur en chef. Un journalisme de qualité et indépendant est dans l'intérêt de tous", ont écrit 35 professeurs de droit de renom dans une lettre ouverte publiée dimanche par le Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung (FAS) et Der Spiegel.

La liberté audiovisuelle, ce "pilier important" de la démocratie garanti par la Constitution, "est en train d'être scié par certains membres du conseil d'administration de ZDF", écrivent-ils. "Ce qui se passe quand l'Etat ne garantit pas la liberté, on en a l'exemple sous les yeux actuellement dans d'autres pays d'Europe", disent-ils sans nommer les pays visés.

Le conseil d'administration de ZDF, où six des quatorze sièges sont occupés par des représentants des pouvoirs publics, doit décider vendredi du cas de Nikolaus Brender, 60 ans, rédacteur en chef depuis 2000 et dont le contrat expire fin mars.

Le chef chrétien-démocrate du gouvernement de Hesse, Roland Koch (CDU), qui siège au conseil, fait pression avec certains camarades de parti contre Brender, jugé trop encombrant.

"Nikolaus Brender est censé ne pas obtenir de prolongation de contrat comme rédacteur-en-chef, ou bien une prolongation d'une durée inhabituellement réduite, soi-disant parce que l'audience n'est pas au rendez-vous, écrivent les 35 juristes. Mais il ne s'agit en vérité pas de cela. Il s'agit de dire qui détient le pouvoir chez ZDF".

Pendant la campagne des législatives, Brender avait préféré annuler une émission politique, après que les candidats à la chancellerie Angela Merkel et Frank-Walter Steinmeier eurent décidé de ne plus y participer, plutôt que de la maintenir avec des "remplaçants".

Le président du Bundestag Norbert Lammert (CDU) avait fustigé fin octobre la décision de ZDF et de sa concurrente ARD, elle aussi chaîne publique, de ne pas retransmettre dans leurs programmes principaux la session constituante de la nouvelle Assemblée du Bundestag, élue le 27 septembre. Les deux chaînes avaient diffusé ce matin-là leurs séries habituelles.

Sans surprise, de nombreux médias ont déjà pris fait et cause pour Brender, dont notamment le patron du groupe Springer, Mathias Döpfner.

Mais une telle lettre ouverte de juristes défendant la liberté de la presse au nom de la Constitution est inédite en Allemagne.

Certains signataires ont travaillé pour des tribunaux internationaux, d'autres sont pressentis pour rejoindre la Cour constitutionnelle.

"L'influence des partis doit être combattue. Il faut éradiquer le cancer qui progresse dans le secteur de l'audiovisuel public", a déclaré un des signataires, Ulrich Battis, au journal FAS.

Pour la ministre fédérale de la Justice, la libérale Sabine Leutheusser-Scharrenberger (FDP) interrogée par Der Spiegel, "les partis seraient bien inspirés de garder la plus grande réserve possible".

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