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Asie - pacifique

Début du réquisitoire et des plaidoiries au procès du Khmer rouge Douch

Vidéo par Karina CHABOUR

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 23/11/2009

Après 72 jours d'audiences tumultueuses, le procès du chef de la prison S-21, dans laquelle 15 000 personnes ont été torturées et exécutées entre 1975 et 1979, entre dans une phase décisive.

Le premier procès au Cambodge d’un responsable politique de l’époque des Khmers rouges (1975-1979) est entré ce lundi dans une semaine décisive avec le réquisitoire du procureur et les plaidoiries des avocats de la défense et des parties civiles. Dans le box des accusés : Kaing Guek Eav, dit Douch, qui a dirigé le centre d'interrogatoire Tuol Sleng, aussi appelé S-21, où ont été torturées et exécutées plus de 14 000 personnes entre 1975 et 1979.

Cet ancien mathématicien de 67 ans, reconverti en tortionnaire sous le régime sanguinaire de Pol Pot, risque la prison à perpétuité, peine maximale prévue par la

Chambre extraordinaire des courts du Cambodge (CECC), un tribunal soutenu par les Nations unies. Le verdict ne devrait pas être annoncé avant le début de l’année prochaine. Douch, qui est accusé de meurtres avec préméditation, tortures, viols et esclavage, a reconnu les faits et demandé pardon pour ses actes lors des auditions de ce procès qui a commencé en février dernier.

Remords

"Il n’est pas là pour être acquitté, mais ses avocats entendent bien faire en sorte qu’il ne devienne pas le bouc émissaire de tout un régime", précise Cyril Payen, l'envoyé spécial de FRANCE 24 à Phnom Penh où se déroule le procès. Tout au long de cette semaine, la défense devrait continuer à appliquer sa stratégie qui est de souligner que Douch a largement collaboré avec le tribunal et exprimé des remords. "Il a parfois été meilleur procureur que le procureur lui-même à son égard, a fourni des aveux circonstanciés et même si devant la justice pénale internationale le fait de n’avoir été qu’un exécutant d’ordres ne l’absout pas de sa responsabilité, il devrait pouvoir bénéficier de circonstances atténuantes", affirmait à FRANCE 24 l’avocat français de l’accusé, Me François Roux, en octobre dernier.

Une perspective que craignent les parties civiles dans ce procès historique au Cambodge où pour la première fois des anciennes victimes du régime des Khmers rouges, dont quatre survivants du centre S-21, ont pu venir témoigner à la barre. "Dans ce procès, qui rappelle ceux de Nuremberg, plane le souvenir du sort d’Albert Speer, un proche d’Adolf Hitler, seul responsable nazi a ne pas avoir été condamné à la peine maximale requise au motif qu’il avait demandé pardon", explique Cyril Payen.

L'accusation s’est d’ailleurs emparée, ce lundi, de la référence à la période nazie. "Ce n’est pas Schindler qui est devant vous, ce n’est pas un homme qui a tenté de limiter les souffrances", a souligné Me Karim Khan. Les avocats des parties civiles ont également tenté de minimiser la prétendue bonne volonté de Douch. "La coopération avec la cour et ses prétendus aveux fidèles sont inachevés", a affirmé Me Kong Pisey.

Second couteau

De leurs côtés, les autorités espèrent que ce procès participera au processus de réconciliation nationale. La population, d’abord indifférente, s’intéresse d’ailleurs enfin aux débats. "Les Cambodgiens suivent maintenant les retransmissions en direct, confirme Cyril Payen. Ce matin plus de 700 personnes sont venus au tribunal alors que la salle d’audience ne peut en contenir que 500."

Mais beaucoup estiment que, malgré les atrocités qu’il a commises, Douch n’est qu’un second couteau d’un régime qui a tué un quart de la population cambodgienne. Cinq autres anciens responsables du régime attendent d’être jugés, dont Kieu Samphan, le président du Présidium d'État du Cambodge et fondateur de l’Anghkar, l’organe suprême du régime des Khmers rouges, ou Nun Chea, l’ancien bras droit de Pol Pot.

 

Première publication : 23/11/2009

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