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Culture

"Camus n'a pas besoin de Sarkozy, et Sarkozy pourrait se passer de Camus", selon Olivier Todd

Vidéo par FRANCE 24

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 23/11/2009

Le président français, Nicolas Sarkozy, souhaite transférer le corps d'Albert Camus au Panthéon. Mais le fils de l'écrivain s'oppose à ce qu'il considère comme une "récupération" politique. Débat avec Olivier Todd et Alain-Gérard Slama.

Quand la politique se frotte à la littérature, elle s’y pique. Après la polémique lancée par le député UMP Eric Raoult, exigeant de la lauréate du prix Goncourt 2009 Marie NDiaye un ‘’devoir de réserve’’, le président français fait à son tour l’expérience des réticences du milieu littéraire. Désireux de transférer le corps d’Albert Camus au Panthéon, Nicolas Sarkozy a essuyé le refus du fils de l’écrivain, Jean Camus.

Albert Camus sur le web

Selon le journal ‘’Le Monde’’, qui cite l'entourage de Jean Camus, celui-ci juge que le transfert au Panthéon début 2010 du corps de son père, qui repose depuis 50 ans à Lourmarin (Vaucluse) relève du ‘’contresens’’ et de la ‘’récupération’’. Sa fille, Catherine, sœur jumelle de Jean, est moins catégorique. Elle rappelle que son père "était claustrophobe" et "n'aimait pas" les honneurs. "C'est pour ça que la question n'est pas simple", ajoute-t-elle, tout en admettant que ce serait un ‘’beau symbole’’.

"Nous voilà des vieux cons décorés !"

Albert Camus, prix Nobel de littérature en 1957, n’était pas un homme de décorations. ‘’Cela ne correspond pas à l’œuvre de Camus, et encore moins à sa vie’’, renchérit, sur FRANCE 24, Olivier Todd, auteur d’une biographie de l’écrivain. A la Libération, l’auteur de ‘’Caligula’’, alors approché pour être décoré pour son travail au sein du journal ‘’Combat’’, s’était exclamé : ‘’Nous étions des vieux cons, nous voilà des vieux cons décorés !’’ De fait, Camus n’a accepté qu’une seule médaille, ‘’une décoration donnée par le gouvernement républicain espagnol en exil, pour sa fidélité à l’Espagne républicaine et son opposition au franquisme’’, rappelle Olivier Todd.

Et le prix Nobel ? ‘’Quand Camus a eu le Nobel, il a dit que c’était trop lourd pour lui’’, indique Alain-Gérard Slama, chroniqueur au ‘’Figaro’’ et producteur à France Culture. Une coquetterie ? ‘’Non, il était très sincère.’’

 


Énième "ouverture" à gauche


Depuis que Nicolas Sarkozy a évoqué l’idée, jeudi dernier, de ‘’panthéoniser’’ l’auteur de ‘’L’Etranger’’ et de ‘‘L’Homme révolté’’, les commentateurs tentent d’en comprendre la portée politique. Défenseur d’une troisième voie lors de la guerre d’Algérie, Camus est-il le symbole de la réconciliation méditerranéenne voulue par le chef de l’Etat ? Ou est-ce l’occasion d’effectuer une énième ‘’ouverture’’ à gauche, sachant qu’Albert Camus avait été membre du Parti communiste avant de devenir un soutien indéfectible du socialiste Pierre Mendès-France ?

‘’Il est très tentant de récupérer Camus, dans le sens de la mode actuelle, de l’éthique, de la régulation, du au-delà-de-la-droite-et-de-la-gauche’’, estime Alain-Gérard Slama, en référence au fait qu’Albert Camus, pourtant classé à gauche, s’est opposé, dans les années 1950, à Jean-Paul Sartre à propos du communisme et du stalinisme, et avait été accusé d’avoir viré de bord politique. L’homme de lettres avait d’ailleurs écrit : ‘’On ne décide pas de la vérité d’une pensée selon qu’elle est à droite ou à gauche. Et moins encore ce que la droite et la gauche décident d’en faire. A ce compte, Descartes serait stalinien et Péguy bénirait M. Pinay. Si la vérité me paraissait à droite, j’y serais.’’

Surtout, tranche Olivier Todd, le transfert de Camus au Panthéon ‘’gêne beaucoup de gens en ce moment. On se rend compte que Camus n’a pas besoin de Sarkozy, et que Sarkozy pourrait quand même essayer de se passer de Camus.’’

 

Première publication : 23/11/2009

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