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Afrique

Des ravisseurs menacent de tuer trois humanitaires français

Texte par Dépêche

Dernière modification : 01/12/2009

Le groupe "Les Aigles africains de la liberté" affirme avoir enlevé trois humanitaires français - un au Tchad et deux en République de Centrafrique - et menace de les tuer si Paris ne négocie pas directement avec lui.

AFP - Un groupe revendiquant les rapts de trois humanitaires français au Tchad et en Centrafrique a menacé lundi de les tuer si la France ne négociait pas directement avec lui, semblant vouloir faire monter les enchères en échange de la libération des otages.

"Nous voulons négocier directement avec la France, mais la France veut négocier via une tierce partie comme le Tchad. Or nous rejetons cela", a dit Abou Mohamed Rizeigi, un porte-parole des ravisseurs, joint sur son téléphone satellitaire par l'AFP.

"Nous allons donc les tuer parce que la France ne veut pas négocier directement avec nous", a-t-il ajouté sans toutefois fixer d'ultimatum.
 


Ce groupe peu connu du Darfour, "les Aigles de libération de l'Afrique", revendique le rapt d'un employé français de la Croix-Rouge internationale (CICR), enlevé il y a trois semaines dans l'est du Tchad, à une dizaine de kilomètres du Darfour, une région de l'ouest du Soudan en guerre civile.

Il revendique aussi le rapt de deux humanitaires français de l'ONG Triangle GH kidnappés il y a une semaine à Birao, ville de la Centrafrique jouxtant le Darfour.

Un journaliste de l'AFP a pu entrer en contact jeudi dernier avec l'employé du CICR kidnappé, mais pas avec les deux autres otages.

Ce même groupe avait revendiqué l'enlèvement en avril au Darfour de deux humanitaires -une Canadienne et une Française- de l'ONG Aide médicale internationale. Il avait aussi menacé de les tuer avant de les libérer après 26 jours de détention.

Contacté la semaine dernière par l'AFP, ce groupe avait dit ne pas viser des organisations humanitaires, mais la France à laquelle il reproche "sa politique dans la région".

Soutien à la Cour pénale internationale (CPI) dans son bras de fer contre le président soudanais Omar el-Béchir, accueil d'un important chef rebelle du Darfour à Paris, présence militaire au Tchad voisin: les relations entre le Soudan et la France sont tendues.

Mais plusieurs observateurs estiment que les ravisseurs soufflent sur ces braises pour justifier des enlèvements dont le seul but serait de toucher une rançon.

"Il n'y a jamais eu de revendications politiques claires exprimées par les ravisseurs. Les motivations ont toujours semblé économiques", a indiqué lundi à l'AFP une source humanitaire sous le couvert de l'anonymat.

Ces preneurs d'otages avaient en effet exigé il y a trois semaines le versement d'une somme d'un million d'euros en échange de la libération de Laurent Maurice, l'employé français du CICR enlevé au Tchad.

Vaste région de l'ouest soudanais, le Darfour est le théâtre depuis 2003 d'une guerre civile complexe à l'origine de 300.000 morts selon les estimations de l'ONU - 10.000 tués d'après Khartoum - et 2,7 millions de déplacés.

Aucun enlèvement d'humanitaires étrangers n'avait eu lieu au Darfour jusqu'à l'émission en mars d'un mandat d'arrêt de la CPI contre le général Béchir accusé de crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour.

Or depuis le mandat de la CPI, quatre prises d'otages ont ciblé des humanitaires étrangers au Darfour et une des employés civils de la mission de paix ONU-Union africaine (Minuad).

Deux employés de la Minuad, enlevés en août, et un franco-britannique employé du CICR, Gauthier Lefèvre, kidnappé fin octobre, sont toujours aux mains de différents groupes de ravisseurs.

Les prises d'otages ont modifié les modes opératoires des ONG qui ont réduit leurs déplacements dans les zones reculées et le temps passé par leur personnel international sur le terrain.

Première publication : 30/11/2009

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