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Afrique

Rabat s'oppose par deux fois au retour d'Aminatou Haidar au Sahara occidental

Vidéo par Shirli SITBON

Texte par Dépêche

Dernière modification : 06/12/2009

La militante pro-Polisario qui avait mis un terme à une grève de la faim de 19 jours en apprenant qu'elle pouvait se rendre au Saraha occidental s'est finalement heurtée au refus de Rabat. Aminatou Haidar est en Espagne depuis son expulsion du Maroc.

AFP - Les autorités marocaines ont refusé une nouvelle fois samedi d'autoriser le retour au Sahara occidental de la militante Aminatou Haidar, en grève de la faim en Espagne, suscitant l'irritation de Madrid alors que l'affaire prend des allures de crise diplomatique.

L'Espagne "déplore profondément" cette décision "contraire au droit international", a déclaré à l'aéroport de Lanzarote (Canaries) Augustin Santos, chef de cabinet du ministre des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos.

Le Maroc avait une première fois interdit vendredi à la militante sahraouie de rentrer par avion à Laâyoune, principale ville du Sahara occidental, revenant in extremis sur une autorisation préalable, selon Madrid.

"Le gouvernement espagnol invite Mme Haidar à poursuivre sa lutte pour les droits de l'Homme et réitère sa proposition, si elle le juge utile à son combat, de lui accorder un statut de réfugiée ou la nationalité espagnole, jusqu'à ce qu'elle puisse retourner à Laâyoune, avec des documents marocains", a ajouté M. Santos.

Mme Haidar a déjà repoussé ces offres en arguant qu'elle ne voulait pas devenir "une étrangère dans (son) propre pays".

Elle a été expulsée le 14 novembre du Sahara occidental par les autorités marocaines, qu'elle accuse de lui avoir retiré son passeport marocain, et observe depuis le 16 novembre une grève de la faim à Lanzarote.

Selon Rabat, Mme Haidar a refusé d'"accomplir les formalités habituelles de police et renié sa nationalité marocaine" à son arrivée le 13 novembre à Laâyoune.

Le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole, a été annexé en 1975 par le Maroc, qui l'administre depuis cette date.

Rabat propose pour cette région un plan de large autonomie sous souveraineté marocaine, auquel s'oppose le Front Polisario, soutenu par Alger, qui réclame un référendum d'autodétermination.

Le chef de cabinet de M. Moratinos a dit ne pas avoir "le moindre doute" que la militante rejetterait les conditions posées par Rabat à son retour au Sahara, à savoir demander pardon et reconnaître sa nationalité marocaine.

Semblant écarter désormais l'éventualité d'un retour rapide de Mme Haidar au Sahara, il a souligné que l'Espagne mettait à sa disposition un logement et ferait en sorte qu'elle puisse recevoir ses enfants qui vivent à Laâyoune.

Dans une déclaration lue samedi soir par son avocate Ines Miranda, Mme Haidar a rétorqué que son seul désir était "de rentrer chez (elle), de voir (ses) enfants et (sa) mère, à Laâyoune".

Et elle a de nouveau attaqué les autorités espagnoles, qu'elle accuse d'avoir collaboré avec le Maroc en la recevant sur leur territoire après son expulsion du Sahara occidental.

"L'Espagne est incapable de résoudre la situation", a déclaré Mme Haidar. "Je déclare une fois de plus que l'Espagne est complice du Maroc et que les deux gouvernements veulent me pousser à la mort", a-t-elle ajouté, affirmant que Madrid était "directement responsable des conséquences" de sa grève de la faim.

Le ministère marocain des Affaires étrangères a annoncé vendredi soir que "la position légitime et argumentée du royaume (...) ne saurait changer".

La vice-présidente du gouvernement espagnol Maria Teresa Fernandez de la Vega a déclaré samedi à Valence, dans l'est de l'Espagne, avant que soit connu le nouveau refus marocain, que l'exécutif espagnol menait "toutes les actions diplomatiques possibles avec le Maroc pour que Madame Haidar puisse rentrer chez elle".

La presse de droite espagnole a durement critiqué Rabat et le gouvernement socialiste de Madrid, le journal El Mundo exigeant "une ferme réponse diplomatique" au Maroc qui s'est "comporté comme un voisin hostile".

Au Maroc, la presse fait bloc derrière le gouvernement. "La classe politique exprime son indignation et fait part de son refus de céder au chantage", écrit ainsi Le Matin du Sahara (proche du gouvernement).

Première publication : 05/12/2009

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