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EUROPE

La justice prononce la dissolution du principal parti pro-kurde

Texte par Dépêche

Dernière modification : 12/12/2009

La Cour constitutionnelle turque a prononcé la dissolution du Parti de la société démocratique (DTP), principale formation pro-kurde du pays, accusé de collusion avec les rebelles kurdes.

AFP - La Cour constitutionnelle turque a prononcé vendredi la dissolution du principal parti pro-kurde du pays, une décision qui complique grandement la tâche du gouvernement, qui vient de tendre la main à la communauté kurde pour tenter de mettre fin à 25 ans de conflit.
   
Le Parti pour une société démocratique (DTP) a été dissout car il était devenu un "foyer d'activités préjudiciables à l'indépendance de l'Etat et à son unité indivisible", a déclaré lors d'une conférence de presse le président de la Cour Hasim Kiliç, au terme de quatre jours de délibérations.
   
La décision a été prise à l'unanimité des 11 juges, alors qu'une majorité qualifiée de sept voix était requise pour prononcer la dissolution, a indiqué M. Kiliç, ajoutant que 37 des cadres du parti, dont son président Ahmet Türk et la députée Aysel Tugluk, étaient bannis de la vie politique pour une durée de cinq ans.

"Une décision qui fait l'effet d'un coup de tonnerre"

Le juge a également annoncé la levée de l'immunité parlementaire dont bénéficiaient M. Türk et Mme Tugluk et la confiscation par le Trésor des biens du parti.
   
Le DTP dispose de 21 sièges au Parlement (sur 550). Ses dirigeants avaient prévenu avant le verdict que les députés quitteraient le Parlement plutôt que de siéger comme parlementaires sans étiquette.
  
La décision fait suite à une procédure lancée en 2007 par le procureur de la Cour de cassation Abdurrahman Yalçinkaya, qui a accusé le DTP d'obéir aux "directives" du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considéré comme une organisation terroriste par Ankara et de nombreux pays.
   
Nombre d'observateurs estiment que le DTP est la vitrine politique légale des rebelles du PKK. Le parti assure cependant qu'il n'a "pas de liens organiques" avec le PKK mais refuse de qualifier celui-ci d'organisation terroriste et appelle le gouvernement à négocier avec lui.
   
Le verdict de la Cour intervient alors que le gouvernement venait de tendre la main à la communauté kurde en proposant une série de mesures renforçant ses droits pour tenter de tarir le soutien des Kurdes au PKK et mettre fin à 25 ans de conflit dans le sud-est anatolien.
   
Les dirigeants du DTP avaient affirmé qu'une dissolution pourrait entraîner une recrudescence des tensions dans le sud-est anatolien, où de nombreuses manifestations contre les conditions de détention du chef du PKK Abdullah Öcalan ont dégénéré en heurts avec la police au cours des deux dernières semaines.
   
Après le verdict, M. Türk a répété que la décision allait "approfondir le désespoir".
   
"Il est évident que fermer la voie à une politique démocratique va approfondir le désespoir (...) La Turquie ne peut pas résoudre cette question (kurde, ndlr) en interdisant un parti", a-t-il déclaré à la presse.
   
Le gouvernement, formé par un parti issu de la mouvance islamiste qui a lui-même échappé de peu en 2008 à la dissolution pour atteinte à la laïcité, a également déploré la décision.
   
"Nous sommes opposés par principe à la fermeture des partis. Cela ne résoud rien", a déclaré le ministre de l'Energie Taner Yildiz, cité par l'agence de presse Anatolie.
   
Le principal parti d'opposition, le CHP a en revanche salué "une décision juste et fondée juridiquement".
   
"Cette décision est un torpillage total de l'ouverture démocratique" lancée par le gouvernement", a commenté l'analyste politique Ahmet Insel, économiste à l'université stambouliote de Galatasaray. "On peut s'attendre, évidemment, à une réaction du PKK", a-t-il ajouté.
   
Jeudi, le PKK a revendiqué une attaque qui avait tué sept soldats trois jours plus tôt dans le nord de la Turquie, une des plus meurtrières de ces derniers mois.

Première publication : 11/12/2009

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