Dernière modification : 22/12/2009 

- Élections régionales - Identité nationale - Martine Aubry - Nicolas Sarkozy - Parti socialiste - Politique française - Ségolène Royal


Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste

Roselyne Febvre reçoit Benoît Hamon, Porte-parole du Parti socialiste (PS) pour débattre des élections régionales, de la stratégie de son parti et du débat sur l’identité nationale.

Regardez la seconde partie de Politiques avec Hubert Coudurier, Bruno Jeudy et José-Manuel Lamarque.

 
Lire l'intégralité de l'interview :
 
Roselyne FEBVRE.- Bonjour et bienvenue dans "Politiques" avec notre premier invité aujourd'hui, Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste. Bonjour.
 
Benoît HAMON.- Bonjour.

Roselyne FEBVRE.- Avec vous, on va parler de l'actualité, on va un peu balayer l'actualité sur ce qu'il se passe en ce moment et cette semaine en France. Alors le débat sur l'identité nationale a pris une tournure très polémique après les propos tenus par la ministre de la Famille, Nadine Morano, qui a déclaré qu'elle attendait d'un musulman français qu'il ne parle pas verlan et qu'il ne mette pas la casquette à l'envers. Des propos considérés comme un dérapage. Faut-il, d'après vous, stopper, suspendre ce débat ?
 
Benoît HAMON.- En tout cas il prend un mauvais tour depuis quelque temps. Il prend un mauvais tour pas par hasard. Pas parce qu'il y a deux ou trois personnalités politiques qui dérapent. Parce que tout a été mis en œuvre pour stigmatiser ou présenter aux Français une population comme le bouc émissaire de la crise et de tous les problèmes des Français. Et, à force de désigner non seulement les étrangers en France mais leurs enfants, les populations, en tout cas les Français issus de l'immigration comme des responsables de la crise... Je vais même plus loin. Quand le président de la République dit dans son discours sur l'identité nationale, pardon, dans sa tribune au journal "Le Monde" : "Les Européens sont par culture et par nature accueillants" - "par nature accueillants", nous serions "par nature accueillants" - et qu'après il évoque un problème issu de l'immigration... Si, par nature, nous sommes accueillants mais qu'il y a un problème issu de l'immigration, ça veut dire que, par nature, d'autres ont des difficultés à s'intégrer, ont des difficultés à vivre dans nos sociétés. CQFD. Eh bien, à force de cibler les immigrés, à force de cibler des Français issus de l'immigration comme responsables des difficultés de la Nation, je pense qu'on en arrive...
 
Roselyne FEBVRE.- Une stigmatisation ?
 
Benoît HAMON.- Eh bien on en arrive à ce genre de résultat. Et, aujourd'hui, ce qui, moi, me blesse comme démocrate et républicain, même pas seulement comme socialiste mais comme démocrate et républicain, c'est que ce gouvernement, dans sa politique vis-à-vis des demandeurs d'asile, dans sa politique vis-à-vis des étrangers, met en œuvre des pans entiers du programme du Front national.
 
Roselyne FEBVRE.- Sur les propos de Nadine Morano, vous avez déjà réagi mais est-ce que vous avez le sentiment que ce débat sur l'identité sert aujourd'hui de défouloir ?
 
Benoît HAMON.- Mais non, il a un objectif politique. Nicolas Sarkozy a un objectif : limiter la casse aux élections régionales.
 
Roselyne FEBVRE.- Avec le Front national ?
 
Benoît HAMON.- Donc il a besoin de l'électorat du Front national. Donc il durcit le ton et fait de la surenchère et demande à ses ministres de renvoyer un peu plus d'étrangers avec plus de caméras pour montrer qu'on renvoie des étrangers pour essayer d'agréger l'électorat du Front national. C'est-à-dire qu'on prend des risques...
 
Roselyne FEBVRE.- Vous pensez que c'était casté, ce qui s'est passé ?
 
Benoît HAMON.- Mais non mais on prend des risques considérables sur la capacité à faire vivre ensemble les Français tout simplement pour limiter la casse pour l'UMP aux élections régionales. C'est l'objectif politique du gouvernement.
 
Roselyne FEBVRE.- Donc elle l'a fait exprès ?
 
Benoît HAMON.- Mais non, je ne sais pas si elle l'a fait exprès, Nadine Morano mais je pense que c'est un climat qui autorise cela. Et si des ministres se sentent autorisés à en faire de plus en plus... Parce qu'elle dit non seulement le verlan et la casquette à l'envers mais elle aime bien les jeunes musulmans quand ils trouvent du travail. Comme s'ils étaient suspects de vouloir rester au chômage. Quand on sait aujourd'hui combien les discriminations à l'embauche sont fortes et combien il est beaucoup plus difficile pour un jeune Français issu de l'immigration, à diplôme égal, de trouver du boulot, beaucoup plus difficile que pour un jeune Français de souche, entre guillemets. Donc voilà. Ça, c'est une réalité à laquelle on aurait aimé que le gouvernement s'attaque différemment de ce qu'il fait, notamment dans le cadre de la mise en œuvre du plan de Madame Amara, qui est un échec total.
 
Roselyne FEBVRE.- Il y a une droite qui est quand même gênée aux entournures. On a entendu François Baroin.
 
Benoît HAMON.- Heureusement. Parce qu'il reste une droite républicaine.
 
Roselyne FEBVRE.- Voilà. Est-ce qu'il y a, d'après vous, une droite au gouvernement... "Libération" parlait hier d'une droite beauf.
 
Benoît HAMON.- Mais c'est pas qu'elle est beauf. J'aime pas ce terme de "Libération". Pourquoi ? Parce qu'il y aurait là une forme de réflexe un peu parisien qui...
 
Roselyne FEBVRE.- Dupont Lajoie ?
 
Benoît HAMON.- Non mais... Voilà mais... Il y a des gens qui, aujourd'hui, appartiennent aux classes populaires et qui ont un réflexe de rejet de leurs voisins étrangers parce qu'on leur explique aujourd'hui que c'est ces voisins qui creusent le trou de la Sécurité sociale, qui leur piquent leur boulot etc. Nous, on doit avoir un discours politique vis-à-vis de ces Français qui appartiennent aux classes populaires et ont ces mauvais réflexes-là. Et moi, j'aime pas qu'on dise qu'il y a des beaufs etc. Ce que je pense, c'est que, plutôt que de dire qu'il y a une droite beauf, c'est qu'il y a une droite aujourd'hui qui a une stratégie politique. Cette stratégie, c'est : "Pour garder le pouvoir, nous avons besoin de diviser le corps social, de le morceler, de l'atomiser." Nicolas Sarkozy sait qu'il ne sera pas réélu sur son bilan et ses résultats. Il peut vanter ses réformes, il peut vanter sa méthode mais les résultats sont mauvais partout. Il peut dire : "Je réforme, je réforme, je réforme" mais, à côté, c'est : "Je me plante, je me plante, je me plante." Donc, pour gagner les élections, pour limiter la casse aux régionales et espérer gagner en 2012, il a besoin de la division du corps social, d'opposer les Français les uns aux autres et notamment d'amener une partie des classes populaires qui a beaucoup à se plaindre des conséquences de sa politique - Qu'est-ce que les ouvriers ont gagné à la politique de Nicolas Sarkozy ? Qu'est-ce que les pauvres ont gagné ? Qu'est-ce que les retraités ont gagné ? Rien. - à ne pas voter en fonction de sa situation sociale mais en fonction d'autres arguments, notamment en disant : "Aujourd'hui, ça irait beaucoup mieux s'il y avait moins d'étrangers etc."
 
Roselyne FEBVRE.- On va parler économie aussi, bien sûr, mais, pour finir sur le sujet de l'immigration, c'est la fin de la mission parlementaire sur l'interdiction du port de la burqa et on a senti un certain consensus, à droite comme à gauche, sur cette interdiction. Trois ministres - Besson, Hortefeux, Darcos - ont été entendus et ils ont un petit peu calmé le jeu avec les parlementaires qui voulaient une interdiction. Là-dessus, le Parti socialiste a plutôt l'air de vouloir une interdiction. Quelle est la position officielle du PS ?

Benoît HAMON.- Mais le PS est contre la burqa. Les instruments législatifs existent.
 
Roselyne FEBVRE.- Tout le monde est contre mais il faut faire quoi ?

Benoît HAMON.- Déjà, dans la loi, vous devez pouvoir identifier des personnes. Donc, à partir du moment où vous ne pouvez pas voir une personne... Si vous voulez ouvrir un compte dans une banque, vous devez forcément faire tomber votre voile si jamais on ne peut pas voir votre visage, par exemple. Donc les instruments existent. La question est : aujourd'hui, le fait qu'il existe entre 500 et 2 000 femmes qui portent la burqa justifie-t-il une loi et un grand débat qui visent une fois de plus à stigmatiser une population ? Nous, nous disons: il faut évidemment interdire la burqa, la burqa est un instrument...
 
Roselyne FEBVRE.- Donc une loi ?
 
Benoît HAMON.- Mais les instruments...
 
Roselyne FEBVRE.- Comment on fait ? Mais comment on interdit ?
 
Benoît HAMON.- Mais attendez, ça existe déjà, la possibilité de demander à une femme, dans l'espace public, de ne pas avoir le visage totalement recouvert dès lors qu'il faut pouvoir l'identifier. Ce que nous disons, c'est qu'aujourd'hui ce débat-là est une fois de plus instrumentalisé et qu'il procède par amalgame à une stigmatisation de toutes celles et ceux qui sont musulmans ou d'origine étrangère et dont on suppose que, parce qu'ils sont d'origine étrangère, ils sont forcément musulmans et croyants. Eh bien ça, c'est insupportable. Oui, il faut dire que la burqa est un instrument d'oppression des femmes parce qu'elle les enferme, qu'elle les rend prisonnières de ce voile. Mais, en même temps, il faut dire qu'il est insupportable que, au-delà des déclarations de principe de MM. Besson ou Hortefeux, on continue à stigmatiser tous les jours les musulmans dans ce pays.
 
Roselyne FEBVRE.- Un dossier qui vous intéresse : l'économie. Sur la décision du gouvernement de ne pas augmenter le SMIC ?

Benoît HAMON.- Eh bien voilà comment le gouvernement s'interdit la possibilité de relancer l'économie. Tout le monde sait qu'on a besoin, pour relancer l'économie, d'aider les ménages à consommer. Et les aider à consommer, c'est notamment permettre d'augmenter le SMIC. Moi, je suis favorable à ce que l'augmentation du SMIC au début de l'année soit une augmentation minimum entre 3 % et 5 %. Entre 3 % et 5 % pour permettre quoi ? Que justement ceux et celles qui vivent de leur travail...
 
Roselyne FEBVRE.- Ça ne va pas pénaliser les entreprises ?
 
Benoît HAMON.- Mais on vous dit ça tout le temps. Vous avez remarqué ? Même quand il y a de la croissance, on vous dit : "Il faut pas augmenter les salaires parce que, sinon, ça va pénaliser la compétitivité." Il y a toujours autant de chômeurs.
 
Roselyne FEBVRE.- Ce n'est jamais le moment d'augmenter, oui.
 
Benoît HAMON.- Non mais il y a toujours autant de chômeurs. Là, il y a toujours autant de chômeurs mais il ne faut toujours pas augmenter les salaires. Or, aujourd'hui, nous savons quoi ? Que, dès lors que vous donnez 1 € à quelqu'un qui n'en a pas beaucoup, il le consomme immédiatement. Donc, si on augmentait le SMIC, cet argent-là serait réinjecté immédiatement dans l'économie française parce que les Français - ceux qui vivent du SMIC - consommeraient. Mais il faut aller plus loin. Non seulement il faut augmenter le SMIC au minimum entre 3 % et 5 % mais il faut renégocier une grille des salaires qui permette de dire qu'à tel niveau de qualification doit correspondre tel salaire et donc contribuer à augmenter tous les salaires. Et j'ajoute...
 
Roselyne FEBVRE.- Il ne faut pas attendre que la croissance revienne, justement ?
 
Benoît HAMON.- Mais non. Mais c'est un des éléments de relance de la croissance. Il y aura de la croissance dès lors que vous permettez aux gens de consommer. Mais regardez ce qu'il se passe aujourd'hui. On exonère de cotisations patronales en dessous de 1,6 fois le SMIC. C'est ce qu'il se passe. D'où le fait que les chefs d'entreprise n'ont pas intérêt à augmenter les salaires au-delà de 1,6 fois le SMIC parce qu'ils bénéficient d'exonérations de cotisations patronales. Et on n'a pas conditionné ces exonérations de cotisations patronales à l'obligation de conclure des accords salariaux. Eh bien nous, nous disons que non seulement il faut augmenter le SMIC et il faut renégocier les grilles des salaires pour augmenter tous les salaires mais il faut désormais conditionner toutes les exonérations de cotisations patronales en dessous de 1,6 fois le SMIC à l'obligation de conclure des accords salariaux et pas seulement à l'obligation d'ouvrir des négociations salariales, comme c'est le cas. Alors vous dites que vous ouvrez des négociations, vous ne les concluez pas mais vous bénéficiez des exonérations de cotisations patronales. Du coup, on a des instruments qui conduisent à ce que les chefs d'entreprise aient intérêt à ne pas augmenter les salaires. Il faut changer cela si on veut, demain, relancer l'économie.
 
Roselyne FEBVRE.- On va parler un petit peu du Parti socialiste et de votre collègue Julien Dray, qui va vers un blanchiment de son affaire de justice. Il devrait s'en sortir avec un simple rappel à la loi. On entend beaucoup de voix au Parti socialiste pour qu'il reprenne sa place alors qu'on avait peu entendu de voix pour le soutenir, dans le fond. Est-ce qu'il doit retourner en haut d'une liste dans l'Essonne ? Est-ce qu'il doit retrouver sa place dans son fief aux régionales ?
 
Benoît HAMON.- D'abord, dans un dossier qui a été beaucoup utilisé par le pouvoir politique, ce dossier Julien Dray, moi, je vais rester prudent jusqu'à la fin. Je vais attendre la confirmation de la décision du parquet et de la chancellerie. Quand on se contentera, dans cette affaire-là, d'un rappel à la loi et qu'il n'y aura pas de renvoi devant le tribunal correctionnel. Je le dis pourquoi ? Parce que ce dossier a été utilisé par le pouvoir, comme le dit très bien "Le Monde" aujourd'hui, en opportunité, c'est-à-dire avec une utilisation des fuites à la presse etc. qui a été faite de manière délibérée par le pouvoir.
 
Roselyne FEBVRE.- On l'a vu, oui.
 
Benoît HAMON.- Donc on va attendre cela. Pour l'instant, il s'agirait d'un rappel à la loi, pas d'un renvoi en correctionnelle. Si c'était le cas, ce serait effectivement une bonne nouvelle. Après...

Roselyne FEBVRE.- Est-ce qu'il reprendrait sa place dans ce cas ?
 
Benoît HAMON.- Ça a été prévu et rappelé par la convention nationale du Parti socialiste. Il était prévu qu'il puisse redevenir tête de liste aux élections régionales en Essonne.
 
Roselyne FEBVRE.- En revanche, on n'a pas entendu beaucoup de voix pour le soutenir. Je ne parle pas pour vous puisque vous êtes peut-être l'un des rares à l'avoir soutenu. Est-ce que le mot "camarade" est un mot qui n'a plus vraiment cours au Parti socialiste aujourd'hui ? Il l'a dit lui-même. Il s'est senti lâché.
 
Benoît HAMON.- Ces affaires-là sont effectivement des affaires sensibles, qui mettent en jeu l'honneur des individus, mais où les partis politiques doivent raisonner aussi en fonction de l'intérêt général. Garantir la présomption d'innocence est une valeur fondamentale du Parti socialiste et, en dépit du fait que Julien Dray ait pu penser que cette présomption d'innocence était mise en cause à un moment, nous avons été attachés systématiquement à rappeler la nécessité de respecter la présomption d'innocence. Maintenant, le Parti socialiste est, lui, engagé dans des combats importants, dans le combat des élections régionales. Il doit mettre tous les atouts de son côté pour figurer rassemblé. Pourquoi ? J'insiste là-dessus. Parce que dans cette élection se joue la possibilité ou pas de constituer des boucliers sociaux. On parle beaucoup de plein de sujets aujourd'hui. On parle d'identité nationale, on parle de Copenhague et c'est très important, on parle de tout ça mais on en oublie - heureusement, la décision du gouvernement de ne pas augmenter le SMIC le rappelle avec beaucoup d'intensité - les questions sociales. Les Français, ils ont vu quoi ? Ils ont vu leur loyer de fin d'année arriver avec des augmentations de leurs charges, notamment liées au chauffage, et ils ne comprennent pas aujourd'hui qu'ils ont des loyers qui augmentent et, en même temps, des pouvoirs d'achat qui baissent ou qui stagnent. Eh bien cette question sociale - Comment on paie ses transports ? Comment on se déplace, notamment en Ile-de-France ? Comment on vit correctement ? Comment on paie ses loyers ? - est importante. C'est une question importante. Et pour cela, nous, nous disons : il faut constituer des boucliers sociaux. Des régions de gauche seront les seuls boucliers sociaux capables de faire face et d'amortir les conséquences sociales de la crise.
 
Roselyne FEBVRE.- Je vous pose cette question parce qu'il y a un paradoxe entre l'affaire Julien Dray et l'affaire Georges Frêche. On a l'impression que le Parti socialiste laisse Georges Frêche aller avec sa liste et le Parti socialiste ne présente pas de liste contre Georges Frêche, qui a été exclu du Parti socialiste. Est-ce que, dans le fond, le Parti socialiste, là, ne perd pas son âme par peur de perdre la région ? Objectivement ?
 
Benoît HAMON.- Est-ce qu'on peut revenir... C'est quand même curieux. Le Parti socialiste prend ses responsabilités. Quand Georges Frêche a des propos que nous jugeons inadmissibles, nous l'excluons. C'est quand même un acte fort que d'exclure un président de Région. Vous croyez qu'on aurait fait ça à l'UMP ? Jamais. Y a-t-il un ministre, pour ses dérapages, qui ait été exclu ou un président de Région ou un élu important qui ait été exclu ? Jamais. Nous, nous l'avons exclu. Nous avons pris nos responsabilités.
 
Roselyne FEBVRE.- Enfin, ça avait été quand même très fort. Les "sous-hommes" sur les Harkis, c'était au-delà de...
 
Benoît HAMON.- D'où la décision de l'exclure.

Roselyne FEBVRE.- Oui.

Benoît HAMON.- Ensuite, il n'est condamné par aucun tribunal. Il y a eu des plaintes, aucun tribunal ne l'a condamné. Ça, c'est une réalité aussi. Et là, maintenant, les élus, des militants, des citoyens du Languedoc-Roussillon nous disent : "C'est le meilleur pour éviter que, demain, une nouvelle majorité UMP et on ne sait qui..." Je vous le rappelle, la droite a déjà dirigé cette Région avec le Front national. "Pour éviter cela, nous voulons garder la Région à gauche. Le meilleur candidat, c'est Georges Frêche."

Roselyne FEBVRE.- Donc c'est Georges Frêche le meilleur candidat ?
 
Benoît HAMON.- Le meilleur candidat pour garder la Région à gauche, c'est Georges Frêche. Et moi, je vous dis...
 
Roselyne FEBVRE.- Donc c'est les convictions que vous remettez dans votre poche ?
Benoît HAMON.- Mais non. Pas du tout. Nous avons pris nos responsabilités. Pas du tout.
 
Roselyne FEBVRE.- Vous assumez alors ?

Benoît HAMON.- Qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse ? Je vais vous dire. Nous avons proposé aux Verts, à un moment, une autre possibilité. Ils nous avaient dit : "Si vous trouvez un autre candidat, nous nous rangerons derrière vous." Les communistes comme les Verts. Et puis, au bout du compte, ils ont préféré quand même y aller tout seuls.
 
Roselyne FEBVRE.- Ça présage bien de...

Benoît HAMON.- Mais non. On prend nos responsabilités. Et moi, je dis et je l'assume : peut-être que vous, vous savez mieux que les gens de Sète, de Perpignan ou de Montpellier ce qui est meilleur pour eux, que vous savez ce qui est bon pour eux mieux qu'eux-mêmes.
 
Roselyne FEBVRE.- Non, je ne sais pas mieux.

Benoît HAMON.- Eh ben voilà. Mais moi, je pense aujourd'hui que, à ce que je sache...
 
Roselyne FEBVRE.- En tout cas, vous, vous savez ce qui est mieux pour vous.
 
Benoît HAMON.- Non mais, à ce que je sache, les médias parisiens, écoutez, ce serait bien qu'ils regardent les décisions des habitants, de ceux qui sont implantés là-bas, qui militent tous les jours. Et eux disent : "Georges Frêche, c'est le meilleur argument pour garder la Région à gauche."'

Roselyne FEBVRE.- Si les arguments, c'est de gagner les élections, pourquoi ne pas faire - comme ça s'est passé en Italie, même si ça n'a pas marché avec Prodi, qui a gagné les élections - le centre et la gauche ? Pourquoi vous dites : "Le Modem et le Parti socialiste, ce n'est pas une bonne idée parce que ça ne marche pas" ? Est-ce qu'on pourrait gagner des élections s'il y avait...
 
Benoît HAMON.- Nationales ou régionales ?
 
Roselyne FEBVRE.- Les deux, mon capitaine.
 
Benoît HAMON.- Mais, au niveau national, ça n'a jamais marché nulle part en Europe. En tout cas ça a toujours coûté à...
 
Roselyne FEBVRE.- Non mais ça marche pour gagner les élections, des alliances entre le centre et la gauche ?
 
Benoît HAMON.- Mais ça a fait perdre la gauche directement après. Je ne sais pas où parce que je vous rappelle juste que Veltroni a été candidat avec le Parti démocrate et ce qui était la fusion entre la gauche et la Démocratie chrétienne.
 
Roselyne FEBVRE.- Avec Prodi.
 
Benoît HAMON.- Il a échoué, mais gravement. Avec comme conséquence de faire perdre la gauche partout. Donc ça ne marche pas au niveau national. La question, c'est : est-ce qu'on doit mettre en œuvre des alliances de cette nature aux élections régionales ? Aux élections régionales, nous avons dit, nous : au premier tour, rassemblement de la gauche. Et au second tour, s'il devait y avoir un élargissement du périmètre de nos alliances, ça ne pourrait pas se faire au détriment du rassemblement de la gauche. Je m'explique. Si on rajoutait une nouvelle composante, ça ne peut pas se traduire par une soustraction. Ça veut dire qu'on ne peut pas perdre nos alliés communistes, d'un parti de gauche ou Vert parce qu'on s'allierait à une nouvelle composante.

Roselyne FEBVRE.- Donc l'idée de Ségolène Royal n'est pas une bonne idée au niveau des alliances.

Benoît HAMON.- J'observe que cette idée-là a été formulée une fois le vote sur la ratification des listes passé en Poitou-Charentes. Je suis pas sûr qu'il y aurait eu le même sort pour les listes si jamais elle l'avait annoncé avant. Je ne pense pas, effectivement, que ce soit une bonne intuition de sa part. Il faut être instruit par l'expérience dans ce domaine-là. Il faut regarder ce qui s'est passé ailleurs. C'est un débat curieux. Et j'observe que François Bayrou le tranche lui-même puisqu'il décide de partir seul aux élections.

Roselyne FEBVRE.- C'était couru d'avance, on va dire. Martine Aubry reprend du poil de la bête, ce qui n'est pas le cas de Ségolène Royal - qui en perd, elle, du poil de la bête. La première secrétaire crie déjà victoire sur le résultat des régionales. Elle promet le grand chelem. Est-ce que c'est la méthode Coué ? C'est de la pensée positive ?
 
Benoît HAMON.- Mais elle ne crie pas déjà victoire. Elle dit : "Nous partons pour gagner partout."
 
Roselyne FEBVRE.- Oui.
 
Benoît HAMON.- Ben oui mais il ne manquerait plus que ça, qu'on parte pour perdre.

Roselyne FEBVRE.- C'est vrai. Parce que, aux européennes, vous aviez dit que vous ne feriez pas un très bon score, ce qui est exactement ce que vous avez fait.
 
Benoît HAMON.- Oui mais là, nous avons 20 régions sur 22, nous avons des équipes solides dans toutes les régions et il faudrait qu'on rentre dans ces élections en disant : "Ecoutez, on fait l'impasse sur telle région parce qu'on pense que, là-bas, on ne va pas gagner" ? Non, ça ne marche pas comme ça. Nous, on part pour gagner partout et notre objectif, c'est de gagner partout.
 
Roselyne FEBVRE.-  Et en 2012, vous allez gagner ?

Benoît HAMON.- Si on gagne partout, je pense que ça donnera une bonne indication de la capacité à gagner ou pas en 2012.
 
Roselyne FEBVRE.- Vous n'avez pas peur qu'il y ait trop de prétendants quand même au Parti socialiste pour la candidature à la candidature ?
 
Benoît HAMON.- Je pense que non. Je pense que vous verrez que...

Roselyne FEBVRE.- Non ? Il y en a un qui se dessinera plus fort que d'autres ?

Benoît HAMON.- Non mais on peut... Il y aura peut-être plusieurs personnes qui feront semblant d'être candidates avant. Mais je pense que...
 
Roselyne FEBVRE.- Bas les masques, c'est ça ? Au dernier moment ?
 
Benoît HAMON.- Non mais... Je crois pas, au bout du compte.
 
Roselyne FEBVRE.- Merci, Benoît Hamon, d'être passé sur le plateau de France 24.
 
Benoît HAMON.- Merci à vous.
 
Roselyne FEBVRE.- On se retrouve dans quelques instants pour la deuxième partie. Merci.

 
 

 

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