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Dernière modification : 27/04/2010 
- Agriculture - Bénin - Biocarburant

Compétition économique : vers les agro-guerres de demain ?
Hold-up des terres agricoles pour certains, véritable opportunité de développement pour les autres, l’achat des terres arables divise experts, politiques et autres responsables associatifs. Mais qu’en est-il réellement sur le terrain ?
Par Mounia Ben Aïssa

L'accaparement des terres arables s'est accéléré depuis quelques années, aux dépens parfois des paysans locaux. Une ruée qui se transforme en guerre entre les investisseurs pour l'acquisition des meilleures terres agricoles.

Des investisseurs en tous genres

Devenues la cible de toutes les convoitises, les grandes étendues fertiles sont dans le collimateur des multinationales et autres fonds d’investissements. On se souvient de la malheureuse aventure de Daewoo à Madagascar. La multinationale Sud-Coréenne s’était vue promettre 1,3 millions d’hectares (plus de la moitié des terres agricoles malgaches…), pour une durée de 99 ans, en échange de la création d’emplois et d’infrastructures. Une décision qui avait embrasé le pays et entraîné le renversement du président Ravalomanana.
La Chine fait figure de leader dans l’accaparement des terres arables. Parmi les pays qui investissent le plus, on compte entre autres l’Arabie Saoudite, l’Afrique du Sud ou encore les Emirats Arabes Unis, tous en manque de terres agricoles pour nourrir leurs propres populations. Très dépendants de l’importation alimentaire, ils ont décidé d’investir directement dans l’achat de terres pour se prémunir contre la hausse du prix des denrées alimentaires et garantir leur sécurité alimentaire.
A Ajouter à la longue liste des investisseurs, certains particuliers qui veulent aussi leur part du gâteau. A l’image de Charles Beigbeder, devenu l’heureux propriétaire de 22 000 hectares de terres en Ukraine. En temps de crise des actions, la terre redevient une valeur sûre des marchés, un refuge pour qui veut investir sans prendre trop de risques.

Aucun continent épargné

On estime qu’en 2008, environ 10 millions d’hectares ont été cédés, principalement en Afrique et en Amérique du Sud. L’Asie, l’Europe de l’Est et l’Australie sont tout aussi concernées par ces transactions. Le Pakistan, l’Indonésie, l’Ukraine, ou encore la Roumanie sont les nouveaux greniers à céréales. Un phénomène qui s’accélère chaque année, en nombre de « deals » conclus mais aussi en proportion de surfaces cédées.
Comme l’explique Jeanne Zoundjihékpon, militante à l’ONG internationale GRAIN en Afrique francophone, l’accaparement des terres arables a de nombreuses conséquences néfastes sur les populations. « La terre est à la base de la vie sociale en Afrique. Si les paysans vendent leur terre, ce sont toutes les valeurs traditionnelles qui se perdent, tout le tissu social qui se déchire. Mais pas seulement, la sécurité alimentaire est aussi menacée. Les petits paysans dépendront de ce que les nouveaux exploitants produiront et des prix qui leur seront imposés. Les denrées alimentaires seront d’autant plus chères si la production agricole est destinée à la fabrication de biocarburants. Enfin, les monocultures pratiquées sur des surfaces importantes mettent directement en danger la biodiversité locale».

Un néocolonialisme agraire ?

Au Bénin, comme dans d’autres pays en Afrique, les transactions sont arrangées par des intermédiaires locaux. Ces « négociants » ont plus de facilité d’approcher les petits paysans, moins méfiants à l’égard des personnes de leur communauté. Rumeurs d’expropriation par l’Etat ou promesse de développement économique, ces « frères » ne manquent pas d’imagination pour convaincre les paysans de vendre leur parcelle. Des pratiques dénoncées par Nestor Mahinou, secrétaire exécutif de Synergie paysanne (syndicat paysan du Bénin). « Les paysans sont trompés par les mensonges de ces démarcheurs. Lorsque la vente est conclue, ils se retrouvent sans travail car les nouveaux exploitants ne les emploient pas. Ils sont alors obligés de quitter leur village pour aller chercher du travail en ville ».
Profitant de l’opacité du droit foncier des pays du Sud, les investisseurs sont très largement avantagés lors de ces transactions, qu’il s’agisse d’une vente ou d’une location. « Et les intermédiaires, eux, empochent une commission pouvant aller jusqu’à 50% du prix de la vente du terrain ! » poursuit Nestor Mahinou.

Le manque de devises et d’infrastructures agricoles modernes pousse les responsables politiques à faciliter l’entrée des multinationales étrangères. Une situation très grave qui préoccupe nombre d’associations locales et ONG internationales qui militent, en premier lieu, pour la modification des systèmes fonciers traditionnels. Car si aucune décision n’est prise afin de réguler la situation, cette course effrénée vers les terres arables risque de se transformer en catastrophe humaine.
 

 

Une enquête d'Alexandra Renard, Melissa Bell et Mounia Ben Aïssa.


Commentaires (4)

Orthographe du site R 24 en général

Pourriez-vous vérifier l'orthographe de vos articles avant de les mettre en ligne !Ex. dans celui-ci « L'achat des terres arables divisent… » « aux dépends » « Le manque de devises… poussent »
« nombre d'ONG internationale »

competion économique vers les agro-guerre

l'agriculture est a priori l'une valeur traditionnelle sûre du développement économique et l'indépendance d'une nation. l'Afrique dont plus de 50% de la population tire sa ressource financière de l'exploitation des terres se trouve confronter à un nouveau type d'impérialisme. les occidentaux non contents de pulveriser la planète veulent encore piquer sa terre à l'afrique. Que peut l'Afrique face à cette nouvelle guerre quant on sait elle n'a jamais gagné de bataille économique?
de Armand Kan

néocolonialisme agraire

Chers amis, Bonsoir. J'ai suivi cette nuit à 3h du matin cet élément du journal économique. c'est affreux car la manière dont ce projet est proposé aux agriculteurs est tout à fait à l'opposé. C'est incroyable. Je suis Béninois, on m'appelle Cyriaque GANDJO

Tundanonga

Et dire que les plus terribles de guerres que connaît l'Afrique sont intimement liées aux problèmes fonciers. Et dire que le Zimbabwe est saigné "à noir" pour que les paysans dépossedés recuperent leurs terres! Pourquoi toutes ses guerres de libéations et ses indépendances! Dans moins d'une semaine, ce sera l'an 2010, année où l'Afrique célèbrera le Cinquantenaire des Indépendances africaines. Qui aurait cru que l'Afrique perdrait ses paysannes et paysans? Qui auraient cru que la haine que portent les intellos, les armées et les politiciens africains contre les paysans d'Afrique aboutirait à faire de plus nobles des Africains des "Sans terres"? Vendre les terres paysannes africaines par arnaque et prétendre améliorer le niveau de vie des peuples africains: quelle escroquerie? Reclamer de compensations financières au nom des changements climatiques et ses conséquences sur la production agricole en Afrique: quelle malhonnêteté morale! Nous ferons bloc contre ses dirigeants et ses intellectuels africains qui veulent déposseder les paysans africains. Tundanonga - Consultant.

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