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FOCUS

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Dernière modification : 29/12/2009

Guerre froide sous les tropiques

Il y a 2 mois, la Colombie et les Etats-Unis signaient un accord militaire dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogue. Un accord immédiatement condamné par le Vénézuela qui partage plus de 2000 kilomètres de frontières avec la Colombie. Et comme Hugo Chavez persuadé qu'une attaque se prépare pour le renverser.

 

Il y a près de 2O0 ans (1819), le Venezuela et la Colombie ne faisait qu'un pays "La grande Colombie". Aujourd’hui, jamais les relations n'ont été aussi tendues entre eux. Et depuis, l'annonce faite par Bogota, de l'arrivée de troupes militaires américaines en Colombie pour lutter contre le narcotrafic, le Venezuela est persuadé qu'une attaque militaire se prépare pour renverser son leader contesté, le très anti-impérialiste Hugo Chavez. La tension monte ente les deux pays frères. Récemment, Hugo Chavez s'en est une nouvelle fois vivement pris à la Colombie et aux États-Unis en dénonçant des mouvements de troupes à sa frontière.
 

 "Si tu veux la paix, prépare toi à la guerre", répète à satiété Hugo Chavez. Alors, à San Antonio del Tachira, ville de transit et carrefour commercial située juste à la frontière avec la Colombie, les renforts de troupes sont arrivés. Et régulièrement, les véhicules de l'armée vénézuélienne sillonnent les rues et quartiers de la ville. Des jeeps, des véhicules blindés, plus d'une centaine d'hommes en tout. Une mission de routine pour les soldats de la garde nationale bolivarienne, chargée de sécuriser et de surveiller la frontière avec la Colombie, sous le regard parfois médusé des riverains.

Au volant de sa voiture, une vieille dame regarde circonspecte les soldats déambuler dans les rues paisibles de son quartier.  Visiblement, elle ne comprend pas ce qui se passe. "Ici on vit en famille, dit-elle, on ne fait rien de mal".
 
Les soldats cherchent les contrebandiers d'essence qui profitent de la quasi gratuité du précieux carburant au Venezuela pour le revendre trois ou quatre fois son prix dans le pays voisin. L'armée vénézuélienne veut montrer une image vertueuse face selon eux, au "laisser-aller" des autorités colombiennes". A côté, le poste de douane est régulièrement fermé. Côté vénézuélien, les contrôles sont plus longs. On ouvre le coffre des voitures, on vérifie les identités. Ce sont des files d'attente à n'en plus finir. A San Antonio, la guerre contre la Colombie n'est plus un leurre. Certains, comme Juan Vicente Canas, le maire très chaviste de San Antonio, pensent qu'une attaque américaine est possible."On a vu ce qu'ils ont fait au Panama, explique-t-il, on a vu ce qu'ils ont fait aux îles grenade, ou encore en Irak et en Afghanistan. Nous devons nous aussi nous préparer à toute éventualité et pas seulement psychologiquement à la guerre, c'est une question de patriotisme."

Quotidiennement, l'armée vénézuélienne passe au peigne fin les "invasions", les quartiers pauvres construits de bric et de brocs en toute illégalité par des immigrés colombiens, soupçonnés de contrebande avec la Colombie ou d'intelligence avec l'ennemi. On fouille les maisons de fond en comble, on soulève les matelas, vide les placards. Pendant une de ces opérations à hauts risques - car les armes circulent dans ces zones de non droit et les soldats essuient régulièrement des tirs, un homme suspect est arrêté. On lui met les menottes devant le regard ahuri des badauds. A côté, sa grand-mère pleure et crie:   "C'est mon petit fils. Il est maçon. Il a rien fait. Il est malade et ils me l'emmènent."

En principe, les soldats de la garde nationale sont là pour lutter contre la contrebande de carburant mais on quadrille aussi les quartiers pour y débusquer d'éventuels agents de renseignement ou les paramilitaires colombiens qui s'y réfugient parfois avec la complicité des populations. "Toutes ces activités délinquantes que réalisent ces contrebandiers se font avec le regard complaisant des autorités et de la police colombiennes, explique le Commandant en chef, Hernandez Da Costa. Tout cela se passe autour du fleuve Tachira et en dépit de notre frontière".

L'opération se termine en général le long du petit cours d'eau, qui délimite les deux territoires.  Les commandos de la garde nationale y font irruption, faisant fuir au passage les contrebandiers qui abandonnent leur butin avant de trouver refuge en Colombie. Une cinquantaine de bidons ont été retrouvées ce jour-là. Une centaine de soldats prend position le long de la frontière. Les fusils et mitraillettes sont dirigés vers la Colombie. Une guerre psychologique existe désormais entre les deux pays. Fermer la porte aux contrebandiers, c'est une manière de lutter aussi contre les ennemis de la république bolivarienne du Venezuela qui s'infiltrent en toute illégalité dans le pays selon Hugo Chavez. Tous les jours, l'armée vénézuélienne se déploie autour du fleuve Tachira, marque son territoire, face à un ennemi invisible.
 

 

Par François-Xavier FRELAND

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