Dernière modification : 02/01/2010 

- États-Unis - Irak


Bagdad veut poursuivre Blackwater en justice

Le gouvernement irakien a l'intention de poursuivre la compagnie de sécurité américaine devant les tribunaux après qu'un juge fédéral a décidé d'abandonner les charges pesant sur cinq de ses agents accusés d'avoir tué 14 civils irakiens en 2007.

Par Dépêche (texte)
 

AFP - L'Irak s'est indigné vendredi de l'abandon des poursuites contre des gardes américains de Blackwater dans l'un des incidents les plus sanglants ayant impliqué une société de sécurité étrangère.

Un juge américain a rejeté jeudi les accusations portées contre cinq employés de Blackwater accusés d'avoir ouvert le feu à Bagdad sur la foule et tué 14 Irakiens en 2007 lors d'une mission pour le département d'Etat.

"J'ai été vraiment stupéfaite de la décision et j'attends de l'ambassade américaine une copie de la décision du juge", a affirmé à l'AFP la ministre des droits de l'Homme Wejdane Mikhaïl.

"Ce qui s'est passé a été très mauvais car tant de personnes innocentes sont mortes, des jeunes, des étudiants, tués par quelqu'un qui aimait tirer sur des gens non armés", a-t-elle ajouté.

"Tous les Irakiens vont être mécontents. Il y a eu tellement de travail de fait pour poursuivre ces gens en justice, je ne comprends pas la décision du juge", a-t-elle poursuivi, affirmant avoir demandé un rendez-vous à l'ambassade des Etats-Unis à Bagdad.

Selon la ministre, les témoignages présentés étaient suffisants pour renvoyer les cinq agents devant la justice américaine.

L'un des agents "a raconté ce qui s'était passé place Nousour, comment ils ont tué des gens innocents qui se trouvaient juste dans leur voiture sans aucune arme", a-t-elle insisté.

Cet incident avait provoqué la colère des Irakiens qui n'ont eu de cesse d'accuser les agents de sécurité étrangers d'avoir la gâchette trop facile et d'agir sans retenue et en toute impunité.

Après cet incident, le gouvernement a retiré la licence d'exploitation de Blackwater, la plus grande entreprise privée de sécurité utilisée par les Etats-Unis en Irak et dont les contrats s'élevaient à des centaines de millions de dollars par an.

Début mars, le patron et fondateur de la société américaine de sécurité Xe, le nouveau nom de Blackwater, Erik Prince, avait annoncé sa démission après la perte du contrat en Irak.

Avec leurs convois sillonnant Bagdad à vive allure, leurs gardes ouvrant le feu en l'air pour se faire un passage dans les embouteillages et ses hélicoptères survolant sans cesse le ciel de Bagdad, Blackwater était devenu pour les Irakiens le symbole des agissements controversés des sociétés privées.

Le porte-parole du gouvernement irakien a assuré que l'enquête menée par les autorités irakiennes indiquait sans l'ombre d'un doute que les gardes étaient responsables de la mort des civils irakiens, 17 et non 14 selon elles.

"Les enquêtes menées (...) confirment de manière claire que les gardes de la société Blackwater ont commis un crime et fait usage d'armes alors qu'il n'existait aucune menace nécessitant un recours à la force", a dit Ali Dabbagh.

Le gouvernement "agira de manière forte et résolue pour poursuivre les criminels de Blackwater", a encore insisté le porte-parole.

Le commandant des forces américaines en Irak, Ray Odierno, a dit craindre que la décision du juge américain ait des répercussions sur l'ensemble des sociétés privées.

"Ce que je crains, c'est qu'il y ait un contrecoup contre les sociétés de sécurité qui continuent de travailler (en Irak). Je ne souhaiterais pas être témoin de ceci", a-t-il dit.

Le juge fédéral Ricardo Urbina a argué dans sa décision que l'accusation avait violé les droits des accusés en utilisant des témoignages livrés alors que les agents de sécurité étaient protégés par l'immunité que leur conférait le gouvernement américain.

 

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