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Culture

La France célèbre le 50e anniversaire de la mort d'Albert Camus sur fond de polémique

Vidéo par France 3

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 07/01/2010

Le 4 janvier 1960, le célèbre écrivain français, prix Nobel en 1957, disparaissait. Aujourd'hui, une partie de sa famille ne veut pas entendre parler du transfert de son corps au Panthéon, comme l'a proposé Nicolas Sarkozy...

Il y a 50 ans, la mort d'Albert Camus, 47 ans, dans un accident de voiture, scellait la légende de cet écrivain français au destin exceptionnel. Trois ans plus tôt, l’auteur de "L'étranger" (1942) et de "La peste" (1947) devenait le deuxième plus jeune auteur de l'Histoire à recevoir le Prix Nobel de littérature. Il reste à ce jour le lauréat ayant eu la vie la plus courte.

Albert Camus sur le web

Quelques semaines avant la commémoration du cinquantième anniversaire de sa mort, l’écrivain s'est invité dans le débat public, lorsque le président français, Nicolas Sarkozy, a proposé de transférer ses restes au Panthéon, à Paris. "Ce serait un symbole extraordinaire", se réjouit le chef de l’État au mois de novembre.

Depuis, le projet s'est heurté au refus d’une partie de la famille de l’écrivain. Selon le quotidien français "Le Monde", son fils, Jean Camus, estime que le transfert du corps de son père, qui repose depuis 50 ans à Lourmarin (sud de la France), relève du "contresens" et de la "récupération".

Les commentateurs tentent alors d'évaluer la portée politique du "symbole" auquel le chef de l’État fait allusion en convoquant Camus dans l’espace médiatique. Est-ce le pur produit de l’école républicaine que Nicolas Sarkozy tente ainsi de célébrer ? Ou bien voit-il dans sa panthéonisation l’occasion d’effectuer une énième "ouverture" à gauche, l'écrivain aux idées progressistes ayant parfois défendu des idées allant à l'encontre de celles de son propre camp ?

"Il est très tentant de récupérer Camus, dans le sens de la mode actuelle de l’éthique, de la régulation, du 'au-delà-de-la-droite-et-de-la-gauche'", juge le chroniqueur littéraire Alain-Gérard Slama sur FRANCE 24.

Récupération pure et simple ? Biographe d’Albert Camus, Olivier Todd, lui aussi, s’interroge, soulignant que le prix Nobel de littérature n’était pas un homme de décorations. "Cela ne correspond pas à l’œuvre de Camus, et encore moins à sa vie", affirme-t-il sur FRANCE 24 alors que la polémique fait rage. À preuve : à la Libération, l’auteur de "Caligula", alors approché pour être décoré pour son travail au sein du journal "Combat", s’était exclamé : "Nous étions des vieux cons, nous voilà des vieux cons décorés !"


Le symbole du succès de l’école républicaine

Avant de devenir un "vieux con", Camus a connu une vie bien différente de celle de ses contemporains. Né en 1913 en Algérie, le jeune Albert grandit dans un quartier populaire d’Alger avec ses deux frères et sa mère, qui ne sait ni lire ni écrire, et à qui il voue une grande admiration. À l'école communale, c'est son instituteur Louis Germain qui détecte son talent pour les lettres et le pousse à poursuivre ses études.

En 1940, Camus s’installe à Paris, où il développe sa philosophie dans le "cycle de l'absurde", une trilogie dans laquelle il soutient que l'Homme ne trouve pas de cohérence dans la marche du monde et n'a d'autre issue que de se révolter.

En 1943, il s’engage dans la Résistance et prend la direction du journal clandestin "Combat", avant d’être l’un des rares à dénoncer l'utilisation de l'arme atomique après le bombardement d'Hiroshima, en août 1945.

Après la guerre, l’intellectuel continue de se distinguer par ses prises de position politique. Homme de gauche, il accuse l’Union soviétique de dériver vers le totalitarisme, ce qui lui vaut de se brouiller avec son ami Jean-Paul Sartre. Français d'Algérie, il s’attire les foudres d’une gauche soutenant la lutte pour l’indépendance algérienne, refusant le terrorisme sous toutes ses formes. Craignant notamment pour la vie de sa mère, qui vivait dans un quartier particulièrement exposé aux attentats du FLN, il avait ainsi déclaré : "Si j'avais à choisir entre cette justice et ma mère, je choisirais encore ma mère".

En 1957, il reçoit le prix Nobel de littérature pour l'ensemble de son œuvre "qui met en lumière les problèmes qui se posent [...] à la conscience des Hommes". Lors de la remise de son prix, il rend un hommage appuyé à son instituteur et devient le symbole du succès de l’école républicaine. Lorsqu'il décède sur une route du département de l'Yonne, le 4 janvier 1960, il laisse derrière lui une œuvre étudiée aujourd’hui dans tous les collèges et les lycées français.

 

Première publication : 03/01/2010

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