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FRANCE

"La politique de sécurité dans le pays est archaïque"

©

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 05/01/2010

Les objectifs chiffrés en matière de politique de sécurité sont-ils une spécificité française ? Entretien avec Philippe Robert, fondateur du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales.

Alors que le quotidien français "Libération" relance la polémique sur les objectifs chiffrés de la politique de sécurité en France en publiant une note interne de la police, France24.com se tourne vers les autres pays européens pour savoir quelle est leur approche en la matière. Entretien avec Philippe Robert, fondateur et ancien directeur du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CRSDIP).

 

FRANCE 24 : Y-a-t-il une spécificité française en matière de politique de sécurité ?

Philippe Robert : Après le 11-Septembre, la France, comme le reste de l'Europe, a été atteinte d'une phobie du terrorisme, qui a déteint sur les questions de sécurité quotidiennes. Un grand nombre de règles, toujours justifiées par cette menace, ont eu des retombées sur la vie de tous les citoyens. On le constate notamment avec la multiplication des fichiers. Il s'agit d'une approche purement répressive, qui fait l'impasse sur des mesures préventives ou d'ordre social. En France, cette tendance s'est encore accentuée après l'élection présidentielle de 2002. Pour séduire les électeurs du Front national [dont le leader, Jean-Marie Le Pen, était alors arrivé au second tour de scrutin], le gouvernement a encore accru sa politique répressive. La France figure donc parmi les pays à la pointe de cette tendance.

 

F24 : Dans quelle mesure la France va-t-elle plus loin que d’autres pays ? La "course aux chiffres" dénoncée par "Libération" y participe-t-elle ?

P.R. : En France, il y a une tendance à vouloir quantifier la politique de sécurité à travers des indicateurs policiers, ce qui met particulièrement en valeur l'aspect répressif du travail des forces de l'ordre. À cet égard, la loi de 2007 sur la sécurité présente l'incroyable record de ne faire aucune référence à la prévention. On en oublie que la police a également un rôle social. En ce sens, on peut effectivement parler, en France, d’une course aux chiffres qui va très loin et qui est aussi plus archaïque qu’ailleurs en Europe.

 

F24 : D’autres pays européens donnent-ils des objectifs chiffrés à leur police ?

P.R. : Il faut faire une différence entre les pays décentralisés, comme l’Allemagne ou l’Italie, et ceux qui le sont moins, comme la France et le Royaume-Uni. Dans le premier cas, la sécurité au quotidien - qui nous intéresse ici - est gérée au niveau de la région ou du "Land" [division territoriale allemande], ce qui permet de mettre en place des politiques plus diversifiées et moins globales. Dans les pays plus centralisés, on trouve davantage une tendance à utiliser des données chiffrées. Au Royaume-Uni, par exemple, les autorités publient chaque année le "British Crime Survey" qui recense les crimes commis ou les interpellations effectuées. Il s'agit toutefois d'une étude faite en partie auprès de la population, contrairement à la France, où l'on se contente de recenser des données comptables administratives. Or, une administration qui se contrôle elle-même, c’est un peu un serpent qui se mord la queue...

Première publication : 05/01/2010

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