Dernière modification : 08/01/2010 

- Argentine - Cristina Kirchner


En limogeant le patron de la Banque centrale, Kirchner ouvre une crise institutionnelle

En limogeant par décret le chef de la Banque centrale argentine (BCA) pour "manquement à ses devoirs", la présidente a ouvert une crise institutionnelle dans le pays. La BCA est, en théorie, indépendante du pouvoir politique.

Par Pauline PACCARD (vidéo)
Dépêche (texte)
 

AFP - La présidente argentine Cristina Kirchner a ouvert jeudi une crise institutionnelle en limogeant par décret "pour avoir manqué à ses devoirs" le chef de la Banque centrale, malgré le statut d'indépendance de cette institution, une décision condamnée par des juristes.

"Le président de la Banque centrale, le Dr Hernan Martin Pérez Redrado, est démis de ses fonctions pour avoir manqué à ses devoirs de fonctionnaire", indique le texte du décret pris en conseil des ministres.

Mme Kirchner "ordonne en conséquence au procureur général de la nation de porter plainte devant la justice", poursuit le document.

La présidente avait sommé la veille M. Redrado, de démissionner mais celui-ci avait refusé en invoquant l'indépendance de son institution par rapport à l'exécutif et s'est rendu jeudi à son travail.

Mme Kirchner a alors décidé de réunir le cabinet au complet et demandé à tous les ministres, à commencer par le premier d'entre eux, Anibal Fernandez, d'apposer leur signature en bas du décret limogeant M. Redrado.

"Le vice-président de la Banque centrale (Miguel Angel Pesce) prendra la présidence de l'institution en attendant l'arrivée d'un nouveau responsable", a déclaré Mme Kirchner un peu plus tard à La Matanza (province de Buenos Aires).

Cette décision a été immédiatement condamnée par des juristes parmi les plus réputés.

"La constitutionnalité de ce décret est douteuse", a réagi Gregorio Badeni. "M. Redrado peut faire un recours en justice pour que ce décret soit déclaré nul", a-t-il estimé.

Pour un autre constitutionnaliste, Félix Loñ, "la présidente Kirchner s'expose désormais à un impeachment". "C'est extrêmement délicat du point de vue institutionnel", a-t-il ajouté.

M. Redrado, nommé en 2004, dépend du Sénat et non du pouvoir exécutif et son mandat n'expire que le 23 septembre 2010.

L'article 9 de la Charte constitutive de la Banque stipule que pour pouvoir démettre son responsable le pouvoir exécutif doit passer par le Congrès et obtenir un avis en ce sens d'une commission bicamérale.

Le parti péroniste au pouvoir a perdu la majorité au Congrès lors des élections législatives de juin.

Mme Kirchner reprochait à M. Redrado de tarder à mettre à disposition de l'exécutif 6,5 milliards de dollars prélevés sur les réserves pour payer la dette en 2010, une décision prise par décret présidentiel, car il voulait d'abord examiner toutes les conséquences juridiques pour l'institution d'une telle décision.

La Cour suprême avait demandé à Mme Kirchner de lui remettre un rapport sous dix jours justifiant sa décision concernant les 6,5 milliards de dollars de réserves. Ce rapport devait lui être remis dans les prochains jours.

En puisant dans les réserves, le gouvernement souhaitait rassurer les marchés sur sa capacité à faire face à ces paiements. Il pourrait maintenant obtenir l'effet inverse de celui recherché.

M. Redrado a préféré annuler jeudi une réunion du directoire de la Banque, mais cinq des directeurs, favorables à la position du gouvernement, se sont quand même réunis de manière informelle.

Le ministre de l'Economie Amado Boudou a accusé M. Redrado d'avoir "commencé à semer l'anarchie" au sein de la Banque centrale en annulant cette réunion.

En début de soirée, M. Redrado était "réuni avec un groupe d'avocats afin d'examiner les différentes options", selon un porte-parole.

Cette situation inédite pourrait avoir de lourdes conséquences pour le paiement des 13 milliards de dollars (9 milliards d'euros) de dette qui arrivent à échéance cette année et le statut de la Banque centrale.

Commentaires (1)

informations générales

A l'étranger pour une longue durée, je découvre votre chaîne.
Je suis très désagréablement surprise par la non datation précise des articles. Ni en titre et encore moins à l'intérieur des articles. Pour moi, c'est un manque préjudiciable à une bonne information.
Salutations

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