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Ces soldats français qui forment l'armée afghane

Texte par Matthieu MABIN , , correspondant à Islamabad

Dernière modification : 12/01/2010

Le Français tué lundi au cours d’une attaque des insurgés dans la vallée d’Alasay (est) était un mentor d'une OMLT, ces petits groupes de cadres de l’armée française intégrés à l’armée afghane pour une mission de formation au combat.

On les appelle les mentors. Les Operational Mentoring and Liaison Teams (OMLT) sont des petits groupes de cadres de l’armée française intégrés à l’armée afghane. Leur mission : former et accompagner les militaires afghans au combat dans les zones les plus sensibles du pays. C’est dans la vallée d’Alasay, au nord-est de Kaboul, qu’un mentor français a perdu la vie ce lundi, portant à 37 le nombre des soldats français tués en Afghanistan depuis 2001.

Ils sont un peu moins de 300 mentors, répartis en équipe de sept à huit hommes sous le commandement d'un officier, pour encadrer et initier les rudiments de la tactique à environ 2 000 volontaires de l'armée afghane (ANA). Totalement intégrés à l'ANA, ils participent à toutes ses opérations.

Ce dispositif de l'armée française a été mis en application en 2007, dans la région du Wardak, à l'ouest de Kaboul. En un peu moins de trois ans d’existence, les mentors français ont arpenté, aux côtés de leurs homologues afghans, les zones les plus sensibles du pays. Ils sont aujourd’hui intégrés au 201e corps de l’ANA et combattent les groupes rebelles taliban dans les régions de la Surobie (à l'est de Kaboul) et de la Kapisa (au nord-est de la capitale).

Divergences culturelles

Les OMLT français sont également chargés d’assurer la coordination des troupes afghanes et des forces de la coalition durant leurs opérations conjointes. Une coopération rendue souvent difficile par la barrière de la langue mais surtout par une approche de la guerre fondamentalement différente. Les militaires français peinent souvent à faire admettre les rudiments de la manœuvre militaire quand un chef afghan préferait attaquer l’ennemi de manière frontale et sans surprise.

Le dispositif français en Afghanistan

Malgré ces divergences culturelles, une des brigades afghanes formées à l'école OMLT a reçu, en 2009, une certification OTAN qui atteste de sa capacité à conduire seule des opérations de combat. Une première depuis l’arrivée de la coalition dans le pays en 2001, mais également un premier pas vers l’émancipation de l’armée afghane.

Cette autonomie apparait comme vitale pour les nations occidentales engagées en Afghanistan. Elle constitue le point central de la stratégie des alliés dans la région : construire une armée afghane capable à terme de s’opposer seule à ses ennemis. Pour Barack Obama, une armée nationale autonome est la condition ultime du retrait des troupes américaines d’Afghanistan.

Des soldats sous-équipés et sous payés

Pour l'heure, l’ANA reste une armée désorganisée composée de soldats inexpérimentés, sous-équipés et sous-payés - voire pas du tout rémunérés. Les cas de disparitions de camions chargés d’acheminer les salaires sont fréquents. La solde moyenne d’un militaire afghan s’élève aujourd’hui à moins de 150 dollars par mois, quand les insurgés offrent parfois 300 dollars à des combattants occasionnels pour une semaine de combat ou une simple participation à une embuscade.

Ces inégalités sont la cause de nombreuses désertions au sein des régiments afghans, évaluées à 20 % en 2009. Autre conséquence : le déficit de confiance qui oppose les militaires de l’Otan à leurs homologues de l’ANA. Le partage de l’information tactique à la veille d’une opération conjointe reste difficile. Les services de renseignement de la coalition évaluent à 10 % le nombre de soldats afghans favorables aux Taliban, voire infiltrés au sein de l'armée.

Fin 2009, alors que les Etats-Unis choisissaient de renforcer leur troupes combattantes à hauteur de 30 000 hommes, la France préferait de son côté étendre le principe d’OMLT à la police en envoyant 150 gendarmes aux côtés des policiers nationaux afghans.

Première publication : 11/01/2010

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