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Le procès de Seselj, la "personnification de la violence", reprend à La Haye

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 12/01/2010

Après presque un an d'interruption, le procès du leader serbe Vojislav Seselj reprend ce mardi à La Haye. Ce politicien fanatique était considéré même par Milosevic comme la "personnification de la violence primitive".

Le procès pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre de celui qui avait juré en 2003 d’ "anéantir le tribunal [pénal international de La Haye] à tel point que même la reine de Hollande n’en sortira pas indemne" reprend ce mardi. Vojislav Seselj, propagandiste et leader ultranationaliste serbe, s’était rendu à la juridiction internationale en février 2003 et, depuis lors, mène la vie dure au TPIY, provoquant report sur report de son procès.

Avec l’audience de ce mardi, le procès reprend là où il avait été abandonné le 11 février 2009. Les juges avaient alors émis des doutes sur la fiabilité des témoins qui auraient été intimidés. Quelques mois plus tard, en novembre 2009, Vojislav Seselj avait d’ailleurs été condamné à 15 mois de prison par le TPIY pour avoir divulgué dans un livre une liste de personnes appelées à témoigner contre lui, mettant ainsi, d’après le Tribunal, leur sécurité en jeu.

En rouge, le projet de Grande Serbie tel que défini par Vojislav Seselj pendant la guerre en ex-Yougoslavie (1990-1995).

Ce client difficile, qualifié de tribun hors-pair aussi bien par ses détracteurs que ses soutiens, était à la fin de la guerre en ex-Yougoslavie (1990-1995) parmi les sept personnes les plus recherchées par la justice internationale. Depuis sa cellule, il continue à être l’un des dirigeants du SRS (le Parti radical serbe), un parti nationaliste d’opposition en Serbie.

"Duc" des Tchetchniks

La carrière de Vojislav Seselj en fait un personnage hors norme parmi les différentes personnes poursuivies par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Il est, par certains aspects, davantage un idéologue de l’épuration ethnique, mais il a également contribué à mettre en place certaines des unités les plus fanatiques qui ont massacré les populations musulmanes et non-serbes entre 1990 et 1995.

Avant le conflit en ex-Yougoslavie, il s’était déjà distingué à plusieurs reprises. Ainsi, en 1979, alors qu’il n’a que 25 ans, il devient le plus jeune doctorant en science politique de Yougoslavie. Trois ans plus tard, il sera exclu de la Ligue communiste de Yougoslavie et interdit d’enseignement pour ses positions pro-serbes et ses sorties virulentes contre les intellectuels bosniaques.

Une mise au ban du régime qui ne l’empêchera pas de continuer sa carrière politique en surfant sur la vague d’un nationalisme serbe teinté de nostalgie pour le régime nazi. Il se revendique même l’héritier des Tchetniks, ces milices à majorité serbe qui ont collaboré avec les Allemands pendant la Seconde guerre mondiale. Il recevra par la suite le titre de "Duc" des Tchetniks.

Avant la bataille de Vukovar, en 1991, Vojislav Seselj avait demandé aux combattants serbes de ne "laisser aucun Croate sortir vivant de la ville". © Vlastiti Rad - Mostarac

Le plus intransigeant des intransigeants

Durant la guerre en ex-Yougoslavie, il a été proche de Slobodan Milosevic et l’un des plus ardents défenseurs et théoriciens de l’épuration éthnique. En 1991, avant la prise de Vukovar, il "motivait" les combattants serbes en leur demandant de ne laisser "aucun Croate sortir vivant de la ville"…

Le comble du fanatisme est atteint en 1993, lorsque même Slobodan Milosevic le lâche politiquement et le qualifie de "personnification de la violence primitive". Ce qui n’empêchera pas les deux hommes de se retrouver côte à côte lors de la guerre du Kosovo (1998-2000). Toujours le plus intransigeant des intransigeants, Vojislav Seselj sera le seul leader serbe en 2000 à refuser de voter le retrait des forces serbes du Kosovo.

Première publication : 11/01/2010

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