Dernière modification : 11/01/2010 

- Cinéma - Décès


Décès du réalisateur français Éric Rohmer

Le plus secret des cinéastes de la Nouvelle Vague est décédé à l'âge de 89 ans. En 50 ans de carrière, il aura signé 24 longs-métrages.

Par France 3 (vidéo)
Dépêche (texte)
 

AFP - Eric Rohmer, décédé lundi à Paris à l'âge de 89 ans, était l'un des cinéastes les plus secrets de la Nouvelle Vague, l'auteur de fraîches comédies sentimentales peuplées de jeunes filles en fleur et un érudit qui célébrait la langue et la littérature françaises.

Souvent vu comme le Marivaux ou le Musset du cinéma français, Eric Rohmer a placé la parole au coeur de ses oeuvres, dont l'intrigue narrative se noue autour de la conversation et du badinage amoureux. En cinquante ans, il a signé vingt-cinq longs-métrages, un documentaire sur les films Lumière et des programmes scolaires pour la télévision.

"Ce n'est pas un travail de faire des films, c'est une passion, comme d'autres ont la passion du jeu ou de la pêche à la ligne", disait Rohmer à l'AFP avant d'ajouter: "je n'ai jamais eu de déceptions en faisant mes films, je n'ai pas eu l'impression d'en rater un".

Né à Tulle (Corrèze) le 4 avril 1920, Jean-Marie Maurice Schérer avait enseigné la littérature avant de se consacrer à la critique cinématographique. Auteur de subtils articles sur Rossellini, Hawks, Renoir ou Mizoguchi, il était devenu rédacteur en chef de la "Gazette du cinéma" en 1950, puis des "Cahiers du cinéma" de 1957 à 1963, et avait publié une thèse de doctorat sur "l'organisation de l'espace dans le +Faust+ de Murnau".

Ce défenseur du cinéma classique hollywoodien était un fervent admirateur d'Hitchcock auquel il avait consacré un livre, co-signé avec Claude Chabrol. "En bon disciple que je suis d'Alfred Hitchcock, il faut qu'il y ait du suspense dans chacun de mes films, je n'aime pas les films ennuyeux", affirmait-il.

S'il fut l'un des tout premiers cinéastes issu des Cahiers à se lancer dans la réalisation, sa reconnaissance hors des cercles de cinéphiles fut tardive, avec "Ma nuit chez Maud" en 1969.

Ma nuit chez Maud (1969)

Il avait signé son premier moyen métrage, "Le signe du Lion", dix ans plus tôt, en 1959. "Je suis sauvage, solitaire. J'ai eu dans ma jeunesse des amis qui voulaient faire du cinéma, comme moi, et je les vois très peu", déclarait-il à l'AFP, affirmant ne plus avoir de contacts avec Jean-Luc Godard, Claude Chabrol ou Jacques Rivette.

Dès les années 50, ce créateur indépendant et artisanal - il signait tous ses scénarios -, avait fondé sa propre société de production, "Les films du Losange" avec Barbet Schroeder.

Observateur des comportements amoureux et de la comédie sociale, Rohmer avait organisé son oeuvre en "cycles".

Les six "Contes moraux" (1962-72), dont "Ma nuit chez Maud" et "Le genou de Claire", transposaient des contes du XVIIIe siècle, écrits par Marmontel. Avec les "Comédies et proverbes" des années 1980 - "Les nuits de la pleine lune", "Le rayon vert", "L'ami de mon amie" - inspirées d'Alfred de Musset, il analysait les codes de la modernité et les égarements du coeur - une veine poursuivie avec les "Contes des quatre saisons" dans les années 90.

"Je trouve que mes films sont des contes, pas des contes de fées, mais des contes réalistes comme ceux de Maupassant", a-t-il dit.

Avec "La marquise d'O" tourné en 1976, "Perceval le Gallois" deux ans plus tard ou encore "L'Anglaise et le duc" en 2000, il s'essayait à des recherches plus picturales et à l'exploration de l'Histoire, poursuivie dans "Triple agent" en 2003.

Il avait reçu en 2001 un Lion d'Or pour l'ensemble de son oeuvre à la Mostra de Venise qui lui avait déjà attribué sa plus haute récompense pour "Le rayon vert" en 1986.

Le rayon vert (1986), prix Louis Delluc, Lion d'Or à Venise

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