Dernière modification : 14/01/2010
- Banlieues françaises - Fadela Amara - Immigration - Nicolas Sarkozy - Voile islamique
Fadela Amara, Secrétaire d’Etat chargée de la politique de la Ville
Roselyne Febvre reçoit Fadela Amara, Secrétaire d’Etat chargée de la politique de la Ville, pour débattre du plan espoir banlieue, du droit de vote des étrangers mais également du port du voile intégral.
Regardez la seconde partie de Politiques avec Jean-Luc Mélenchon
Lire l'intégralité de l'interview :
Roselyne FEBVRE.- Bonjour et bienvenue dans "Politiques" avec notre invitée aujourd'hui, Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la Ville. Bonjour, merci d'être là.
Fadela AMARA.- Bonjour.
Roselyne FEBVRE.- Vous avez eu une actualité cette semaine parce que vous avez fait une interview qui a été très remarquée. Je dirais presque que c'est une interview coup de poing. C'était dans un journal régional, "Le Progrès de Lyon". Vous avez réagi à la mort d'un enfant de douze ans dans les cités et vous avez dit : "Il faut nettoyer au Kärcher, nettoyer cette violence qui tue nos enfants." On a l'impression que le Kärcher est devenu un concept politique puisque c'est une phrase made in Sarkozy, je dirais. Alors ça veut dire quoi ? Vous allez arriver avec votre Kärcher, nettoyer tout ? Ça veut dire qu'il faut envoyer la police, mettre tout le monde en prison, nettoyer au jet d'eau ? Dans le fond, ça veut dire quoi, cette phrase ?
Fadela AMARA.- En fait, le coup de colère... En réalité, cette phrase a été utilisée sciemment parce que la violence qui existe dans certains de nos quartiers est insupportable. Les faits divers parlent d'eux-mêmes. Ce qui m'avait agacée, c'est tout simplement le fait que, dans le débat sur l'insécurité, encore une fois, des personnes à gauche avaient dit : "Oui mais là, c'est le tout sécuritaire." Comme si les gens des cités, les gens pauvres ou les gens de famille modeste n'avaient pas tout simplement le droit à la sécurité. Donc ça m'avait un peu agacée. C'est les mêmes débats que j'avais déjà, à l'époque, ceci dit. Et j'ai considéré qu'il fallait taper fort parce qu'il faut absolument faire en sorte que la question de la sécurité, notamment pour les gens qui habitent ces quartiers populaires, elle soit actée partout. Ça dépasse les dogmes, ça dépasse les idéologies. Voilà. Donc ça, c'était mon coup de gueule.
Roselyne FEBVRE.- Dans ce cas, pourquoi vous ne vous mettez pas en colère contre la suppression de 4 000 policiers et gendarmes ?
Fadela AMARA.- Alors c'est plus complexe que ça parce que, dans le cadre justement de la dynamique Espoir Banlieues, Brice Hortefeux est extrêmement mobilisé. D'ailleurs on a vu les derniers chiffres qui sont tombés sur la baisse de la délinquance. Et, dans le cadre de la dynamique Espoir Banlieues, on a remis de la police dans les quartiers - ce qu'on a appelé les fameuses UTEC. Il y a les compagnies de sécurisation qui permettent de lutter contre les différentes formes de violence. Il y a surtout, dans le cadre d'une réorganisation, pour être beaucoup plus efficaces, car c'est l'objectif du gouvernement, la volonté de faire en sorte justement que, dans cette réorganisation, on puisse aboutir aux objectifs qu'on s'est fixés. Par exemple, la police d'agglomération...
Roselyne FEBVRE.- Ça veut dire qu'il n'y aura pas de suppression de policiers dans ces zones-là ?
Fadela AMARA.- Non, je suis en train de dire que la réorganisation permet, par exemple, de faire en sorte que, au lieu de concentrer tout sur Paris, on réorganise au niveau de l'agglomération. Ça fait plus de 30 000 policiers autour de Paris et de la région parisienne qui sont mobiles et qui peuvent intervenir très vite. Plus les UTEC qui existent dans les quartiers - ceux qui ont été ciblés, qui sont les plus difficiles et qui présentent les taux de délinquance les plus importants. Donc, si vous voulez, le maillage est fait. Ça existe. Mais moi, je crois que là, nous sommes presque dans une sorte d'ambiance que nous mettons pour sécuriser les gens des quartiers en particulier. Mais il faut travailler en amont. Et travailler en amont, ça suppose aussi que, dans le cadre de l'éducation, par exemple, pour éviter que nos gamins basculent dans la délinquance ou en tout cas que certains, fragiles, basculent dans la délinquance, il faut travailler en amont. C'est tout ce qu'on fait avec l'axe éducatif.
Roselyne FEBVRE.- Vous vous êtes expliquée sur ce mot, "Kärcher", qui a été utilisé, vous venez de me le dire, à dessein.
Fadela AMARA.- Je vais vous dire, ce n'est pas "Kärcher" dont il faut s'offusquer, c'est plutôt de la violence et de l'insécurité. La mort des gamins, c'est ça qui aurait dû mettre toute la classe politique en colère et non pas le fait que j'utilise le mot "Kärcher". Ça, ça demande réflexion.
Roselyne FEBVRE.- On va en parler. "Le Canard enchaîné" a ressorti cette semaine votre réaction en 2007 lorsque Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, avait prononcé ces mots. Vous aviez dit : "Les mots ont un poids et le ministre de l'Intérieur choque beaucoup de monde."
Fadela AMARA.- Oui.
Roselyne FEBVRE.- Est-ce que vous pensez que vous, vous avez pu choquer aussi ?
Fadela AMARA.- Oui. Oui, oui. Mais c'est voulu. C'est fait sciemment.
Roselyne FEBVRE.- Mais ça vous avait choqué à l'époque. Pourquoi ?
Fadela AMARA.- Je vais vous dire. Quand le ministre de l'Intérieur de l'époque avait utilisé ce mot, j'avais jugé que les mots étaient maladroits, que ça pouvait faire souffrir etc. J'étais présidente de Ni Putes Ni Soumises. Je m'excuse auprès de ceux qui nous écoutent mais j'avais dit la chose suivante : "Banco. Ok, nettoyons au Kärcher la merde qui existe dans nos quartiers." Pourquoi ? Parce que nous savions, nous. Puisqu'on y habite, on savait que l'économie parallèle était enkystée. On savait que nos gamins, dans les cités, pour certains d'entre eux, basculaient dans la délinquance. Ça provoque quoi ? Ce n'est pas des chiffres, ce dont on parle. Ce sont des filles et des garçons qui sont en souffrance. Ce sont des familles entières qui sont dans le chagrin et dans la souffrance parce que, à un moment donné, on n'apportait pas des vraies réponses politiques. Et j'avais dit aussi la chose suivante et c'est ça qui m'avait aussi interpellée : derrière cette histoire du concept de Kärcher de M. Sarko, il y avait quand même la mort d'un gamin de onze ans, le jour de la fête des Pères, qui était en train de nettoyer la voiture de son père. Et il est mort parce que deux bandes, notamment représentées par deux jeunes, dans la rue, se sont tiré dessus. Une balle perdue et c'est lui qui l'a ramassée.
Roselyne FEBVRE.- Vous parlez de violence, de sécurité. Est-ce que vous pensez qu'il y a plus de violence dans les quartiers qu'ailleurs ?
Fadela AMARA.- Ecoutez, moi, je suis née dans un quartier, j'ai toujours vécu dans un quartier où il y avait de la violence en réalité. Sauf que je trouve qu'elle prend des proportions...
Roselyne FEBVRE.- Vous étiez issue de quel quartier ?
Fadela AMARA.- Moi, j'étais à Herbet, à Clermont-Ferrand, dans une cité d'urgence. J'y suis toujours, d'ailleurs. Mes parents habitent toujours là-bas. Mais ce qui m'a toujours interpellée, c'est plutôt deux choses. Un, la société elle-même devient de plus en plus violente et ça a des conséquences sur les comportements des uns et des autres. Mais aussi le fait que la violence qui existe dans nos quartiers - puisque je suis responsable, moi, des quartiers prioritaires - est de plus en plus dure. Regardez, par exemple, la circulation des armes que l'on connaît. Ça existe depuis quelque temps. Donc là, encore une fois, Brice Hortefeux est très mobilisé, ainsi que l'ensemble du gouvernement, pour tout faire pour éradiquer cette violence et tous les trafics qui peuvent exister. Vous savez, c'est très difficile quand l'économie parallèle existe - les trafics de drogue, par exemple. Quand ça existe et que c'est enkysté depuis des années, il est très difficile de l'arracher. Donc ça demande du temps mais il faut être sans pitié. C'est ce que fait le gouvernement contre l'insécurité qui existe.
Roselyne FEBVRE.- Donc c'est pas vous qui allez venir avec votre Kärcher pour nettoyer tout ça ?
Fadela AMARA.- Non, c'est une métaphore.
Roselyne FEBVRE.- J'ai bien compris !
Fadela AMARA.- Mais moi, je le dis, je n'ai aucun état d'âme. Et j'ai certainement pas de leçons à recevoir de quelques-uns sur ces questions-là. Pour moi, c'est pas parce qu'on est pauvre qu'on doit vivre dans l'insécurité.
Roselyne FEBVRE.- Quelque chose m'a interpellée quand même dans cette interview. Vous avez dit que vous ne croyiez pas au déterminisme social. Pourtant, les statistiques montrent que le milieu influe réellement sur le parcours, donc je ne comprends pas trop.
Fadela AMARA.- Eh bien, je vais vous dire. Moi, je ne crois pas au déterminisme social. Je crois profondément en la République et je crois profondément en l'école républicaine pour peu qu'on lui donne les moyens, notamment à celles et ceux qui sont dans les équipes pédagogiques de nos établissements scolaires, de réussir cette mission extraordinaire de faire que nos enfants, notamment les plus fragiles, ceux qui sont issus des familles modestes, puissent réussir et bénéficier de l'ascenseur social. C'est ce qu'on fait.
Roselyne FEBVRE.- Mais il y a des pathologies sociales.
Fadela AMARA.- Oui, il y a des carences.
Roselyne FEBVRE.- Il y a le chômage, il y a la violence.
Fadela AMARA.- Moi, je suis issue de ces quartiers, j'ai vécu tout ça.
Roselyne FEBVRE.- Oui mais c'est exceptionnel.
Fadela AMARA.- Non mais j'ai vécu tout ça. Je vous donne un exemple concret. Très modestement. Juste pour illustrer les propos que je vais tenir. Moi, je n'ai pas fait de grandes études. J'étais de cette génération échec scolaire. Mais on s'est battus. On a, autour de nous, rencontré des hommes et des femmes, des forces vives de ce pays qui, à travers un soutien, un accompagnement personnel, des professeurs aussi qui ont envie, qui se sont investis, qui ont fait en sorte qu'on ait envie de construire un chemin de vie qui permette la réussite sociale.
Roselyne FEBVRE.- Alors vous, qu'est-ce qui vous a aidée dans votre cheminement ?
Fadela AMARA.- Je vais vous dire. Même si ça n'a pas été sanctionné par un diplôme, j'avais une prof, qui s'appelle Nicole Péron - j'en profite pour la saluer. C'était une institutrice. Elle m'a donné le goût de la lecture. Et moi, j'ai toujours aimé lire et donc, du coup, c'est ça qui m'a sauvée, en réalité.
Roselyne FEBVRE.- Mais est-ce que c'est pas parce que vous êtes une fille ? On dit souvent : "Dans les banlieues, les filles s'en sortent beaucoup mieux que les garçons."
Fadela AMARA.- Oui. Je pense que les filles, dès le départ, pour qu'elles réussissent, pour qu'elles s'en sortent, pour qu'elles soient plus libres, autonomes et pour qu'elles arrachent justement cette indépendance-là à laquelle on aspire tous, cette émancipation à laquelle on aspire tous, elles savent d'entrée qu'il faut qu'elles se battent deux fois plus que tout le monde. Et c'est vrai que, dans nos quartiers, les filles réussissent mieux que les garçons. Mais les garçons réussissent moins bien non pas parce qu'ils n'ont pas les compétences ni l'intelligence. Parce que, à la maison, ils sont rois. Ils sont vraiment rois à la maison mais, à l'extérieur, le milieu est plus hostile pour eux, donc ils ont plus de barrières.
Roselyne FEBVRE.- Si vous ne croyez pas au déterminisme social, à quoi sert votre ministère ?
Fadela AMARA.- Le déterminisme social, c'est un fait. Moi, je n'y crois pas.
Roselyne FEBVRE.- Vous servez à rien, alors ?
Fadela AMARA.- Non, pas du tout. C'est pas parce qu'on est pauvre qu'on ne doit pas réussir. Je crois en la République. On a mis en place le volet éducation de la dynamique Espoir Banlieues, l'accompagnement éducatif, la réussite éducative, les internats d'excellence. Je me suis battue un an pour obtenir les internats d'excellence. Le président de la République a arbitré. J'ai été très contente de l'entendre sur le grand emprunt quand il a dit : "Ok, 20 000 places d'internat d'excellence." C'est extraordinaire. Donc ça veut dire quoi ? Tout ça permet en réalité de réunir les conditions de la réussite et de l'excellence pour nos gamins des quartiers. C'est ça. C'est lutter contre le déterminisme social que d'être capable de créer des dispositifs qui permettent de mettre en place le parcours d'excellence sécurisé.
Roselyne FEBVRE.- On va en parler à propos de la conférence des grandes écoles sur les fameux quotas mais, avant, je voudrais parler de votre plan Espoir Banlieues, qui a été d'ailleurs rebaptisé plan Banlieues Désespoir. Beaucoup de critiques. D'ailleurs vous-mêmes vous êtes autocritiquée puisque vous ne lui avez donné que 11 sur 20. Nadine Morano dit : "C'est du pipeau, ce plan." Une autre personne le critique aussi, Yazid Sabegh, en disant : "Il faut des mesures globales et des mesures coordonnées." En gros, il n'y a pas beaucoup de ciblage. Est-ce que vous conduisez bien votre truc ?
Fadela AMARA.- Ecoutez, je vais vous dire parce que certains ont du mal à comprendre ce qu'il se passe. On a rompu avec la logique curative. Les quartiers sont pas malades. Voilà. On a rompu avec une autre logique, c'est qu'un seul ministère s'occupait de 751 zones urbaines sensibles - et plus quand il s'agit des contrats urbains de cohésion sociale. Moi, j'ai dit la chose suivante : "C'est pas un ministère, c'est l'ensemble." Tout le monde s'y est mis aujourd'hui. C'est le gouvernement qui est mobilisé. On mobilise tous les acteurs. C'est l'Etat avec les ministres. Plan triennal - c'est un plan sur trois ans. C'est les collectivités territoriales, qui ont des compétences. Le Département avec l'action sociale. Les éducs, par exemple, on en a besoin dans les quartiers.
Roselyne FEBVRE.- Mais qu'est-ce qui coince dans votre plan ? Qu'est-ce qui ne va pas ?
Fadela AMARA.- Il faut que tout le monde se mobilise. Ça, c'est une priorité. La réussite de la dynamique Espoir Banlieues, elle repose beaucoup sur la mobilisation de tous les acteurs et notamment du droit commun, donc des ministres. Alors si Nadine Morano...
Roselyne FEBVRE.- Donc il y en a qui ne font pas leur travail ? C'est ce que vous êtes en train de dire ?
Fadela AMARA.- Non. Je suis très étonnée que vous citiez Nadine Morano et qu'elle ait pu dire ça. Pourquoi ? Parce que Nadine, elle s'est engagée. Peut-être que c'est du pipeau, ce qui m'étonnerait beaucoup de sa part, mais elle s'est engagée - et on a acté ça dans une convention - à mettre un budget de plus de 30 millions d'euros pour créer des modes de garde différenciés dans les quartiers populaires qui permettront, aux femmes notamment, de pouvoir aller chercher du travail et donc d'améliorer leur pouvoir d'achat.
Roselyne FEBVRE.- D'accord mais ce que je voudrais comprendre, c'est que votre plan, vous-même vous le critiquez.
Fadela AMARA.- Non mais vous ne comprenez pas. Moi, je ne suis pas une politique comme les autres.
Roselyne FEBVRE.- Qui ne fait pas son travail ?
Fadela AMARA.- Attendez. Je ne suis pas une politique comme les autres. Je refuse de faire de l'autosatisfaction. Moi, j'ai toujours été pragmatique. Je ne regarde pas ce qui marche. Ce qui marche, ça s'appelle de l'autosatisfaction. C'est bien, tant mieux. Il y a des choses qui marchent très bien. Je vous l'ai dit, l'éducation, ça marche super bien. On a une réduction - le rapport de l'ONZUS le dit très clairement - des échecs par rapport aux établissements scolaires en zone d'éducation prioritaire, donc on a une meilleure réussite. Il y a plein d'autres dispositifs qui marchent. Mais moi, je regarde ce qui ne marche pas et j'ai besoin, moi, qu'on se mobilise et qu'on améliore les choses. On avait critiqué, par exemple, le contrat autonomie puisqu'on a un taux de chômage important dans les quartiers. Il faut savoir aussi - je suis claire dans la démarche - qu'on a un taux de pauvreté qui augmente dans les quartiers. Eh bien le contrat autonomie, qui permet aux jeunes de mois de vingt-six ans de trouver un boulot, d'être coachés etc., on a 600 contrats autonomie actuellement que nous signons. Alors que ce contrat a été décrié, aujourd'hui c'est une réussite.
Roselyne FEBVRE.- Il nous reste peu de temps. Dernière question d'actualité, notamment ce qui a été lancé, d'abord une première fois par Nicolas Sarkozy, mais qui dit que l'opinion n'est pas prête, c'est le droit de vote des étrangers aux élections locales. Là, visiblement, Martine Aubry a pris au mot Eric Besson qui s'y est dit favorable mais disons que le Président, lui, ne l'était pas. Donc proposition de loi déposée à l'Assemblée nationale par les socialistes. Quel est votre sentiment là-dessus ? Un sondage dans "Le Parisien" dit que 57 % des Français sont d'accord. Alors, qu'est-ce qu'on attend ?
Fadela AMARA.- Ecoutez, moi, j'avais voté François Mitterrand à l'époque parce que dans les 101 propositions...
Roselyne FEBVRE.- 110.
Fadela AMARA.- ... dans les 110 propositions il y avait le droit de vote des immigrés aux élections locales. Donc vous aurez compris que j'ai pas changé d'avis. Je suis favorable au vote des immigrés aux élections locales. Non Européens, il faut le savoir. Parce qu'il y a des personnes qui sont là depuis quarante ans et qui ne votent pas. Bon. Tant mieux si "Le Parisien" sort un sondage qui dit que l'opinion publique est prête mais je vais vous dire, je pense que, aujourd'hui, ce n'est pas le vrai débat. Si un jour on le fait, tant mieux. J'en serais ravie mais je ne pense pas que ce soit le vrai débat aujourd'hui.
Roselyne FEBVRE.- C'est un argument électoral pour la gauche, vous croyez ?
Fadela AMARA.- Je ne veux pas rentrer dans une polémique, ça sert à rien. Je trouve que c'est bien si on le fait.
Roselyne FEBVRE.- Pourtant vous aimez ça, les polémiques.
Fadela AMARA.- Non, c'est pas ça. Non. Moi, je lance des polémiques peut-être parce que j'ai un langage un peu particulier que certains critiquent mais, en tout cas, que, dans les quartiers, tout le monde comprend. Pour mettre l'accent sur les sujets qui font mal et pour faire évoluer la situation dans le bon sens, notamment pour les gens des quartiers. Voilà pourquoi je lance des polémiques. Sur cette question-là, je pense que, si ça se fait un jour, tant mieux mais il faut bien comprendre que ce n'est pas une fin en soi. C'est un moyen de pouvoir aider un peu plus d'un point de vue de l'intégration mais la vérité, le sujet aujourd'hui, le vrai sujet politique, c'est l'emploi, c'est la question du chômage.
Roselyne FEBVRE.- D'accord mais est-ce que Nicolas Sarkozy doit le faire ou pas ?
Fadela AMARA.- Moi, j'aimerais bien qu'il le fasse. Bien sûr, oui.
Roselyne FEBVRE.- Vous aimeriez bien ?
Fadela AMARA.- Oui, j'aimerais beaucoup qu'il le fasse.
Roselyne FEBVRE.- Et est-ce que la gauche, si elle arrive au pouvoir, doit le faire aussi puisqu'elle le clame depuis des années, des décennies ?
Fadela AMARA.- Ecoutez, moi, vous savez que je suis une femme de gauche. Je sors des rangs du Parti socialiste. Ça a été l'objet aussi des disputes que j'avais en interne avec le Parti socialiste à l'époque, avec la direction du Parti socialiste. Parce qu'ils ont été au pouvoir quatorze ans et qu'ils n'ont pas fait ce que j'aurais souhaité qu'ils fassent justement pour les populations qui me ressemblent.
Roselyne FEBVRE.- C'est pour ça que vous êtes allée dans un gouvernement de droite ?
Fadela AMARA.- Non, je suis rentrée dans un gouvernement d'ouverture parce que j'étais dans une posture de dénonciation quand j'étais présidente de Ni Putes Ni Soumises et que, à un moment donné, j'ai choisi - bien conseillée, d'ailleurs, par mon entourage, y compris mes amis de gauche - d'être dans l'action. Voilà. Je pense qu'il y avait une urgence à aller dans l'action et à faire en sorte que l'on obtienne cet objectif politique simple de réduire les écarts territoriaux pour réduire les inégalités sociales.
Roselyne FEBVRE.- Il y a aussi le débat sur le voile intégral. On a senti Jean-François Copé un peu dans une mauvaise posture parce qu'il est - il le dit depuis longtemps - pour une loi. Visiblement François Fillon, hier, a calmé le jeu en disant que, avant une loi, il y avait l'étape d'une résolution. Nicolas Sarkozy a également dit : "Ce sera une résolution sans doute sans ambiguïté" et le mot est fort. Sans mauvais jeu de mots, quelle est votre religion là-dessus ?
Fadela AMARA.- Ecoutez, moi, je pense très sincèrement que tout a été dit par beaucoup d'hommes ou de femmes politiques de droite comme de gauche. La burqa n'est pas la bienvenue dans notre pays. La burqa n'a rien à voir avec l'islam. Ça n'est absolument pas un signe religieux. D'ailleurs, un des grands responsables et penseurs de l'islam sunnite, M. Tantaoui, l'a dit très clairement. Ça n'a strictement rien à voir, ni de près ni de loin, avec l'islam. Là, pour le coup, on est vraiment dans le fait qu'on touche à la dignité des femmes. Alors moi, je suis favorable à une loi et je crois que ce qui est important, c'est d'attendre les résultats de la commission qui a été mise en place et qui réunit l'ensemble des députés de gauche et de droite qui ont participé à cette commission, qui vont proposer des pistes.
Roselyne FEBVRE.- Oui. Ça, on le sait.
Fadela AMARA.- Et, à partir de là, je crois qu'on doit pouvoir... Et je l'espère. En tout cas c'est mon souhait.
Roselyne FEBVRE.- Vous êtes plutôt loi ou résolution, vous ?
Fadela AMARA.- Non mais moi, mon souhait, c'est qu'on éradique totalement la burqa, enfin, le voile intégral dans notre pays. Donc si ça passe par une résolution sans ambiguïté, comme l'a dit le président de la République, et qu'ensuite on en tire les conséquences législatives, tant mieux.
Roselyne FEBVRE.- Est-ce que vous pensez qu'une résolution sera suffisante ? Une résolution, c'est réaffirmer les grands principes.
Fadela AMARA.- Il faut réaffirmer les grands principes de notre pays, notamment l'égalité hommes/femmes et le respect des femmes, mais il faut aussi que ça se traduise dans un arsenal législatif.
Roselyne FEBVRE.- Encore un mot sur la conférence des grandes écoles qui refuse l'idée d'un quota de 30 % de boursiers. Que vous inspire cette réaction ?
Fadela AMARA.- D'abord, je voudrais dire que ce n'est pas un quota. C'est un objectif qu'a fixé le président de la République, qui a été atteint, notamment dans les classes prépa, un an en avance. C'est dire si on travaille bien quand même, notamment dans la dynamique Espoir Banlieues, puisque c'est une mesure de la dynamique Espoir Banlieues mise en place par Valérie Pécresse, Luc Chatel et moi-même. Ce qui est intéressant aussi, c'est qu'on voyait bien la reproduction. Vous savez, j'ai encore assez fait de polémique quand j'ai dit : "Je me battrai pour que l'élite des quartiers populaires émerge et qu'ils viennent aux affaires de notre pays."
Roselyne FEBVRE.- Il y a encore trop d'élitisme aujourd'hui ?
Fadela AMARA.- Il y a une reproduction. Il y a un mécanisme qui s'est mis en place depuis longtemps. Il faut savoir que, dans les années 1960, la République remplissait sa mission puisqu'on avait plus d'enfants d'ouvriers. Aujourd'hui on revient à ça à travers ces objectifs que l'on fixe. Maintenant, il faut que les grandes écoles appliquent ces objectifs-là. Par contre, là où vraiment il faut faire très attention, c'est de ne pas adapter des concours à la baisse. Au contraire, c'est diversifier, faire évoluer les concours d'entrée qui permettent aussi de renforcer la diversité sociale. Je crois que ça ne fera que du bien à notre pays.
Roselyne FEBVRE.- Merci beaucoup à vous, Fadela Amara.
Fadela AMARA.- Merci à vous.
Roselyne FEBVRE.- On se retrouvera plus tard dans "Politiques" avec un autre invité, Jean-Luc Mélenchon, président du Parti de Gauche.

























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