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EUROPE

L'avis de Laure Delcour, spécialiste de l'espace post-soviétique à l'Iris

©

Texte par Mehdi CHEBIL

Dernière modification : 02/12/2013

Laure Delcour, spécialiste de la Russie et de l'espace post-soviétique à l'Iris, nous éclaire sur les enjeux de l'élection présidentielle en Ukraine de ce dimanche, où Viktor Ianoukovitch et Ioulia Timochenko (photo) sont donnés favoris.

FRANCE 24 : Donné perdant, le président Iouchtchenko accuse ses deux principaux adversaires, Ioulia Timochenko et Viktor Ianoukovitch, de former une coalition "pro-Kremlin". Quels sont les risques de voir ce scrutin mettre fin au rapprochement entre Kiev et l'Occident ?

Laure Delcour : Cette accusation de Viktor Iouchtchenko est surtout une tactique électorale, car les deux opposants n'ont pas la même proximité avec le Kremlin. Il s’agit surtout d’une attaque visant à discréditer Timochenko, son ex-partenaire de la révolution orange. Ensuite, la réponse dépend aussi de ce que l'on entend par "Occident". L'élection de l'un des deux candidats ne remettra probablement pas en cause le rapprochement avec l'Union européenne, qui est prioritaire pour les trois prétendants. En revanche, l'élection du candidat pro-russe Ianoukovitch pourrait mettre un terme aux efforts ukrainiens visant à intégrer l'Otan.

F24 : Est-ce que Moscou a tiré les leçons de la présidentielle de 2004, lorsque le candidat du Kremlin, Ianoukovitch, avait dû s’incliner face à Ioutchenko ?

LD : Il s’agit d’une question extrêmement importante, car l'élection de 2004 fut un tournant politique pour Moscou. La révolution orange et la victoire de Viktor Iouchtchenko furent un échec cuisant pour Vladimir Poutine, qui s'était personnellement investi, et un revers majeur pour l'influence russe dans la région. Cette fois, la Russie est beaucoup plus prudente. Moscou a choisi d'influencer le résultat par des moyens plus détournés, notamment les "interférences énergétiques".

F24 : Les Ukrainiens étaient aux premières loges de la guerre de 2008 entre la Géorgie et la Russie. Dans quelle mesure cet épisode peut-il influencer le scrutin ?

LD : La guerre de Géorgie a eu un impact considérable en Ukraine, car elle a précipité une recomposition politique et une polarisation très forte entre les camps pro-russe et pro-occidentaux. Le président Iouchtchenko a soutenu, dès le début du conflit, son homologue géorgien Mikhail Saakachvili. Timochenko est restée en retrait et Iouchtchenko en a profité pour quasiment l'accuser de traîtrise. La guerre de Géorgie a effectivement lancé la course présidentielle en Ukraine : on pourra donc mesurer son impact à travers les résultats. Il semble cependant acquis que Iouchtchenko ne passera pas le premier tour et que son coup d'éclat aura été inutile.

F24 : L'arrivée de l’administration Obama (moins belliciste que la précédente) a-t-elle contribué à changer la donne en Ukraine ?

LD : L'administration Obama a fait preuve d'une approche plus souple dans ses relations avec la Russie, ce qui a contribué à détendre l’atmosphère au sujet de l’Ukraine. Mais l'attitude des États-Unis a nettement moins d'impact en Ukraine qu’en Géorgie, par exemple. L'Ukraine est au cœur d'une lutte d'influence entre Russie et Union européenne - cette dernière étant bien plus présente dans la région depuis son dernier élargissement.

Première publication : 16/01/2010

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