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Economie

Le conflit s'envenime entre EDF et Areva

Vidéo par Sylviane BAHR

Texte par Dépêche

Dernière modification : 19/01/2010

Les différends se multiplient entre l'électricien et son fournisseur historique. EDF accuse Areva d'avoir "interrompu la semaine dernière [...] les opérations d'approvisionnement" en uranium de ses 58 centrales nucléaires françaises.

AFP - Moins d'un mois après avoir laissé échapper un contrat géant à Abou Dhabi, la filière nucléaire française a donné lundi une nouvelle illustration de ses dissensions, avec une vive passe d'armes entre Areva et EDF sur l'alimentation en uranium des centrales nucléaires.

S'il n'est pas nouveau, le conflit larvé qui oppose le premier électricien européen et le leader mondial du nucléaire a atteint lundi un niveau sans précédent.

EDF a en effet accusé le groupe d'Anne Lauvergeon d'avoir "interrompu, la semaine dernière (...) les opérations d'approvisionnement" en uranium de ses 58 centrales nucléaires françaises.

Le groupe nucléaire a immédiatement démenti les allégations d'EDF, assurant que seuls le transport et le traitement des déchets nucléaires avaient été suspendus du fait de l'expiration du contrat qui liait les deux groupes jusqu'à fin 2009.

Areva, ex-Cogema, traite traditionnellement les déchets nucléaires d'EDF dans son usine de La Hague, dans le Cotentin (Manche). Mais les deux groupes n'arrivent pas à s'accorder sur le prix de cette opération, qui porte sur quelque 1.000 tonnes de déchets par an, a révélé lundi La Tribune.

"Nous sommes en discussion effectivement depuis un certain temps", a déclaré Mme Lauvergeon lundi matin sur RMC BFM TV.

"Franchement, nous attendons le nouveau contrat et ça fait un peu trop de temps qu'on discute. Il y a eu un arbitrage de l'Etat et on attend que l'arbitrage de l'Etat s'applique" a-t-elle assuré.

Interrogés par l'AFP, les ministères de l'Economie et de l'Energie n'avaient pas réagi lundi après-midi.

EDF a renvoyé la faute sur Areva, l'accusant d'avoir pris la responsabilité de ne pas renouveler l'accord transitoire en vigueur depuis début 2009.

Le sujet est d'autant plus sensible que les deux groupes, qui se disputent le leadership de la filière nucléaire française, sont très interdépendants.

EDF est ainsi le premier client de l'usine de La Hague, dont il représente 80% de l'activité. Areva, de son côté, fournit 68% des besoins d'EDF en amont du cycle nucléaire, notamment l'uranium à destination des centrales du groupe.

Depuis quelques années, EDF cherche à diversifier ses approvisionnements en combustible nucléaire auprès d'industriels étrangers, ce qui ne va pas sans susciter des tensions.

En décembre, Areva a ainsi prévenu que 500 emplois étaient menacés dans son usine d'enrichissement d'uranium du Tricastin (entre Drôme et Vaucluse), faute d'un contrat de fourniture avec EDF.

"EDF a une espèce de rêve universel d'être le nucléaire à l'international en oubliant un tout petit peu que ça commence à domicile, dans le stade de France", a critiqué Mme Lauvergeon sur RMC BFM TV.

"C'est lamentable", a réagi lundi Ladislas Poniatowski, président (UMP) du groupe énergie au Sénat.

"Nous avons une industrie du nucléaire relativement exemplaire en France. Ils sont en train de se suicider avec ce comportement", a-t-il dénoncé.

"On va perdre d'autres contrats s'ils continuent à avoir ce comportement ridicule", a-t-il ajouté, en référence à l'appel d'offres d'Abou Dhabi.

Depuis que les Français ont laissé échapper ce contrat de 20 milliards de dollars pour la construction de quatre réacteurs, chacun cherche le responsable de l'échec, mais tous s'accordent pour dire que la division de la filière a eu un rôle majeur.

"L'équipe de France n'a jamais donné l'impression d'être dirigée", a encore pointé le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, dimanche sur Europe 1.

Première publication : 19/01/2010

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