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Afrique

Après quatre jours de violences, le calme revient dans les rues de Jos

Vidéo par Gaëlle FAURE

Texte par Dépêche

Dernière modification : 21/01/2010

Les violences qui ont opposé musulmans et chrétiens pendant quatre jours à Jos, dans le centre du Nigeria, ont pris fin mercredi soir. Le couvre-feu a été allégé. Au moins 300 personnes ont été tuées et des milliers d'habitants ont pris la fuite.

AFP - Un calme relatif est revenu mercredi à Jos, ville du centre du Nigeria, permettant une levée partielle du couvre-feu après des jours de violences inter-communautaires qui ont fait des centaines de morts, des milliers de blessés et de déplacés.
   
Selon un dernier bilan daté de mardi soir issu notamment de sources religieuses, près de 300 personnes ont péri dans les heurts à Jos, ville d'un demi-million d'habitants et ses environs, où l'eau, les vivres et les médicaments avaient commencé à manquer, amenant des milliers de ses habitants à fuir.

"La ville est sous contrôle militaire"

Face à cette situation qualifiée d'"inacceptable" par le vice-président nigérian Goodluck Jonathan, des renforts militaires avaient été envoyées dès mardi soir dans cette ville et sa banlieue de Bakuru, également la proie de violences.
   
Mercredi soir, "le couvre-feu de 24 heures a maintenant été allégé. Il sera en vigueur entre 5 heures de l'après-midi (16H00 GMT) et 10 heures du matin (09H00 GMT)", a déclaré à l'AFP par téléphone Ezekiel Dalyop, le directeur général du ministère de l'Information de l'Etat de Plateau, dont Jos est le chef-lieu.
   
Cet allègement a été décidé en raison "du "calme et de la paix relatifs revenus à Jos et pour permettre à la population de se déplacer pour s'approvisionner en nourriture et en eau", a-t-il ajouté.
   
Des témoins et des ONG ont confirmé que les heurts avaient baissé d'intensité, même en banlieue où ils s'étaient propagés.
   
"La situation s'est améliorée. Les combats se sont arrêtés. Il n'y a plus d'incendies de maisons, mais un important nombre d'habitants ont été déplacés", a déclaré le responsable de la Croix-Rouge/Croissant-Rouge locale, Awwalu Mohammed.
   
"La ville est calme ce soir et il n'y a plus de tirs et d'incendies", a déclaré dans la soirée par téléphone à l'AFP Lawal Adamu, qui habite près de l'un des quartiers les plus chauds de la ville.
   
Auparavant, des témoins joints par téléphone avaient fait état d'une propagation des violences à de nouvelles zones entre bandes armées de machettes et fusils et excitées par des extrémistes religieux.
   
"Il y a maintenant plus de 50.000 déplacés dans des casernes de l'armée, des camps de la police et jusque dans des mosquées et églises", déclarait dans la journée Shehu Sani, chef de l'ONG Civil Rights Congress, tandis que Mark Lipdo, coordonnateur de l'ONG locale Stefanus Foundation, mentionnait 20.000 déplacés.
   
Pour le chef de la police nationale Ogbonnaya Onovo, arrivé sur place mercredi, "la crise a provoqué des dégats considérables aux ressources humaines et matérielles".
   
De nombreux appels au calme se sont succédés mercredi. Parmi eux, le secrétaire général de l'Onu Ban Ki Moon qui a appelé à un "maximum de retenue" tout comme de hauts responsables religieux du Nigeria.
   
"Nous les appelons solennellement à ranger leur épée et à opter pour la tolérance des uns envers les autres", a déclaré le secrétaire général du Conseil suprême des affaires islamiques du Nigeria, Lateef Adegbite. "Il ne s'agit pas d'une crise religieuse du tout. La population de la ville de Jos est profondément divisée entre ethnies", a-t-il ajouté, mettant également en cause le chômage des jeunes.
   
"La religion n'a rien à avoir avec les violences", a également déclaré l'archevêque de Jos Mgr Ignatius Ayau Kaigama à l'agence catholique Misna, soulignant "la pauvreté et le chômage qui frappe en particulier les jeunes".
   
Le secrétaire général de l'Association chrétienne du Nigeria (CAN) Samuel Salifu, a évoqué une "grande honte", tandis qu'un ancien haut responsable catholique connu pour son franc-parler, le père Matthew Hassan Kukah, jugeait que c'était "le résultat de la défaillance de divers organes du gouvernement national".
   
En novembre 2008 à Jos également, des centaines de personnes ont péri en deux jours dans des affrontements similaires.
   
Selon Human Rights Watch (HRW), plus de 13.500 personnes ont été tuées dans des heurts inter-religieux ou ethniques au Nigeria depuis la fin du régime militaire en 1999.

 

Première publication : 21/01/2010

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