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Un reportage tourné par nos correspondants sur un sujet qui fait l’actualité dans leur pays, suivi du décryptage de notre invité. Du lundi au vendredi, à 14h15.

Dernière modification : 28/01/2010

Être Tamoul aujourd'hui

Il y a huit mois, l'armée sri-lankaise remportait une victoire militaire contre les Tigres tamouls. Aujourd'hui, alors que la guérilla n'existe plus, les Tamouls se sont-ils investis dans le jeu démocratique ? Comment défendent-ils leurs droits ? Rportage.

Il y a à peine un an, Killinochi, l’ancienne capitale des Tigres tamouls, était encore tenue par la guérilla. A cette époque, les 17 000 rebelles défiaient militairement le régime de Colombo et contrôlaient un quart du pays dont ils voulaient faire un état indépendant.

Aujourd’hui, c’est une ville fantôme où seuls les militaires patrouillent au milieu des ruines. Les civils ne sont toujours pas autorisés à revenir. Pas plus que les journalistes. Dès notre arrivée en ville, nous sommes arrêtés par la police militaire et nos autorisations de circuler dans le pays vérifiées. "Normalement, vous ne devriez pas être ici, on va vous prier de partir." Neuf mois après la fin de la guerre, les zones tenues par la guérilla restent fermées aux médias et aux observateurs étrangers.

Avec la disparition du mouvement armé, les représentants de la communauté tamoule s’interrogent sur les moyens de faire entendre la voix de la minorité. Pas d’autres choix que d’intégrer le jeu politique mais tous n’ont pas renoncé aux rêves d’autonomie. C’est d’ailleurs le droit à l’autodétermination que défend le seul candidat tamoul aux élections présidentielles, M.K. Shivajilingam : "Aujourd’hui la lutte armée est terminée mais le combat continue par des moyens démocratiques. Pourquoi n'obtiendrons-nous pas l’autonomie sur le modèle du Kosovo par exemple ?"

Une génération qui aspire à la paix

En campagne dans le centre du pays, dans la région des plantations de thé où la majorité des travailleurs sont Tamouls, M.K. Shivajilingam a pourtant bien du mal à faire passer son message auprès de Tamouls habitués à être exclus du jeu politique. "Nous, on s’abstient, c’est un moyen de montrer notre rejet, explique un homme. D’ailleurs, moi comme beaucoup de gens, je n’ai pas de carte d’identité."

La guérilla vaincue, plus personne au Sri Lanka ne parle de lutte armée. Et gare à ceux qui évoqueraient leur sympathie pour le combat des Tigres. Dans une chambre d’hôtel discrète, nous avons rendez-vous avec des jeunes tamouls qui dénoncent une chasse aux sorcières permanente depuis la fin de la guerre. "Ça, c’est le cas d’un homme enlevé il y a quelques mois dans une camionnette banalisée à Jaffna... On a fini par le retrouver enfermé dans une prison après avoir fait le tour de tous les commissariats. Il était simplement soupçonné de liens avec la guérilla mais il n’y avait ni charge, ni preuve contre lui. "

Selon eux, ces enlèvements sont le fait des groupes paramilitaires, proches des autorités. Une accusation que le gouvernement réfute mais les enquêtes aboutissent rarement. Mais pour ces jeunes, pas question de reprendre les armes. "Nous, notre génération, nous voulons alerter la communauté internationale et les Nations Unies pour qu’il fassent pression sur notre gouvernement. Avec notre stylo, pas avec les armes." Une lutte politique pour les droits des Tamouls qui est devenue le cheval de bataille de cette jeune génération. Elle n’a connu que la guerre, et n’aspire qu’à la paix.

 

 

Par Miyuki Droz ARAMAKI

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