Dernière modification : 28/01/2010 

- Catastrophe naturelle - Santé - Séisme en Haïti


Sauver les patients de l'amputation, le défi quotidien des médecins-secouristes

Sauver les patients de l'amputation, le défi quotidien des médecins-secouristes

Pris d’assaut après le séisme, les hôpitaux d'Haïti sont désormais plus calmes. Les médecins se consacrent dorénavant au suivi de leurs patients atteints pour la plupart aux bras et aux jambes. Reportage au sein d’un petit hôpital de Port-au-Prince.

Par Gaëlle LE ROUX , envoyée spéciale à Port-au-Prince (texte)
 

Le syndrome des loges. Les médecins-secouristes présents en Haïti le rencontrent 100 fois par jour et le redoutent. "Quand un membre est coincé sous un bloc de béton pendant plusieurs heures, une pression se crée, les muscles se tendent et se nécrosent", explique Remy Bordonado, charlotte sur la tête.  

Ce infirmier-pompier venu des Vosges, dans l'est de la France, travaille sans relâche depuis près de deux semaines dans un hôpital de l’est de Port-au-Prince.  "Pour réduire la pression, nous incisons le membre, et nous voyons ce que ça donne". Si ça se passe mal, les chirurgiens n’ont pas d’autre choix que d’amputer.
 
Mais pour Darline, étudiante haïtienne de 20 ans coincée deux jours sous les décombres de son université, cela se présente plutôt bien. Les médecins pourront sauver sa jambe.
 
Au chevet des blessés
Des milliers d'Haïtiens ont dû être amputés d'un - ou plusieurs - membres après avoir été gravement blessés dans le séisme du 12 janvier, a indiqué l'OMS.

Gaëlle Le Roux
Quinze jours après le séisme, les médecins-secouristes s'occupent désormais de blessures plus légères et du suivi des patients. Gaëlle Le Roux
Le syndrome des loges. Les médecins présents en Haïti le rencontrent 100 fois par jour et le redoutent.Gaëlle Le Roux
Les médecins soulèvent doucement la jambe meurtrie, enlèvent les pansements. De chaque côté du tibia, deux grandes plaies béantes.Gaëlle Le Roux
Des patients attendent leurs soins post-opératoires dans des camps de fortune installés dans la rue. Gaëlle Le Roux
Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies, entre 800 000 et un million de personnes se retrouvent sans abri.Gaëlle Le Roux

    Dans la salle d’opération, ouverte aux quatre vents "pour qu’on puisse rapidement évacuer en cas de nouvelle secousse", les médecins, infirmiers et anesthésistes entourent la jeune femme terrorisée. "Les Haïtiens ont peur de rester dans les bâtiments. Quand on les endort, ils ont peur de dormir à l’intérieur", explique un infirmier en caressant doucement le visage de la jeune femme allongée sur la table d’opération.
     
    Les médecins soulèvent doucement la jambe meurtrie, enlèvent les pansements. De chaque côté du tibia, deux grandes plaies béantes. Les blessures sont nettoyées à la Bétadine, suturées, un nouveau pansement est posé. Un travail qu'ils renouvelleront tous les jours jusqu’à ce que la plaie se referme. 
     
    La jeune femme pourra remarcher dans quelques mois. Mais le médecin anesthésiste sort de la salle d’opération en secouant la tête, l’air grave. "Elle a un taux d’hémoglobine très bas : 4,1 g pour 100 ml de sang. Normalement en dessous de 7, on transfuse. Je suis inquiet, à chaque fois qu’on pose un pansement, elle perd du sang", soupire-t-il. Pas de don de sang dans l’hôpital, aucune transfusion n’est envisageable.
     
    L’anesthésiste suggère l'idée d'en importer de Martinique par avion. Une proposition balayée d’un revers de main par un chirurgien.  "Le sang, une fois qu’il sera resté trois heures sur le tarmac en plein soleil, on n’en fera rien !" Son collègue se lève, ravale sa rage et son impuissance. "On perd des gens à cause de ça. On pourrait la perdre elle aussi", murmure-t-il, regardant Darline, allongée sur un brancard.
     
    L’étudiante va rester quelques minutes allongée dans le couloir, puis rejoindra le camp de l’hôpital où l’attend son ami.
     
    "Pauvre parmi les pauvres"
     
    La journée est calme. Beaucoup plus que les semaines précédentes. "Ce n’est plus la grosse activité que nous avons connue au début, confirme Pierre Jacquot, médecin-pompier en charge de la coordination dans l’hôpital. Mais plein de gens devraient revenir pour un suivi et nous ne les voyons pas arriver."
     
    Le médecin fait partie de l’équipe de 30 pompiers envoyés par la France après l’annonce de la catastrophe. "Je suis fatigué mais je n’en ai pas marre. J’ai envie de travailler ! Quand on a vu ce que j’ai vu, on n’a pas envie de s’arrêter", raconte l’homme, les yeux scrutant un pick-up qui s’approche lentement de l’entrée. A son bord, un homme dont la cheville est cassée.
     
    "Nous avons tous été impressionnés par la dignité des Haïtiens. Ils souffrent sans jamais se plaindre. J’ai pratiqué un accouchement la semaine dernière. Une jeune femme de 16 ans. Elle a accouché à 16 h. A 17 h 30, elle est repartie de l’hôpital, son bébé dans les bras et un sourire large comme le monde", poursuit le médecin après avoir pris en charge le jeune homme.
     
    Pierre Jacquot s’éloigne. Une autre jeune fille arrive sur un brancard. Elle a 24 ans et s’appelle aussi Darline. Mais elle a eu moins de chance que l’étudiante qui l’a précédée au bloc. Sa jambe droite a été amputée juste au dessus du genou. Son bras gauche est en piteux état. L’ONG Handicap international est prévenue, Darline sera prise en charge dès sa sortie de l’hôpital.
     
    "On s’est battu plus d’une semaine pour essayer de sauver sa jambe. On n’a pas eu le choix, se désole Pierre Jacquot. Notre but est, dans la mesure du possible, de préserver les membres touchés. Etre handicapé dans un pays pauvre, c’est être pauvre parmi les pauvres. C’est l’horreur."

     

     

    Commentaires (3)

    Ca fait plaisir de voir

    Ca fait plaisir de voir encore quelques têtes connues à canapé vert. Le boulot à bien changé par rapport aux premiers jours ou j'y étais, apparement le labo fonctionne maintenant? grande nouvelle. En tout cas courage à ceux qui y sont encore. Si je pouvais je vous rejoindrais tout de suite mais la vie personnelle doit aussi reprendre sont court...

    Romain

    Patiente anémiée

    La patiente qui a perdu beaucoup de sang, est soignée en ce moment au CHU de fort de France, elle va bien.
    Olivier (infirmier anesthésiste ayant travaillé à canapé vert)

    trop trise mais un chance

    trop trise mais un chance quoi les aide

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