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Economie

Les pirouettes du président Sarkozy

Texte par Axelle SIMON

Dernière modification : 29/01/2010

Mercredi 27 janvier, premier jour du Forum. Nicolas Sarkozy délivre son discours d'inauguration. Entre pirouettes et clins d'œil, le président français n'aura pas laissé son auditoire indifférent.


Un communiqué de presse officiel n’aura jamais la même saveur que le prononcé du discours lui-même. Car la gestuelle de l’orateur et les réactions du public passent à la trappe. Tous les petits "à-côtés" disparaissent. Plus de remous et de rumeurs d’audience, ni de soupirs d’exaspération mal réprimés ni de sourires de satisfaction. Rien que des lignes et des formules.
 
Du coup, on ne pourra jamais lire un discours officiel comme on lirait une pièce de théâtre, avec ses indications scéniques et ses didascalies. Preuves à l’appui : mercredi 27 janvier, premier jour de Forum au centre des Congrès de Davos, Nicolas Sarkozy est à la tribune. Comme à l’issue de chaque allocution à Davos, il en est ressorti des formules chocs, officielles, relayées par les centaines d’écrans géants dispersés dans le Forum.
 
Ce mercredi soir, on pouvait ainsi lire : Nicolas Sarkozy "appelle de ses vœux un nouveau Bretton Woods". Il veut "inscrire la réforme du système monétaire international à l’agenda des sommets du G8 et du G20". "Moraliser le capitalisme pour le sauver". Des phrases brutes, mais sans le contexte qui va avec. Pourtant, les réactions à chaud du public n’ont pas manqué.

Le président s'en est amusé en direct, avec trois pirouettes. La première lorsqu’il lance à la tribune qu’il est "moralement inacceptable" qu’un dirigeant soit trop généreusement rémunéré alors même qu’il est en train de licencier. Applaudissements fournis dans la salle de conférence, pleine à craquer. Et lui, de s’empresser de remercier les "deux personnes" qui ont applaudi cette idée ! Façon habile d’insinuer qu’il est loin d'être en terrain conquis à Davos.
 
Quelques minutes plus tard, rebelote, sur le même thème. "Grosses rémunérations" doivent rimer avec "grandes responsabilités". De nouveau tonnerre d'applaudissements. Sollicités cette fois par un sourire complice, accompagné d’un long silence.
 
Et impossible aussi pour le communiqué officiel de faire état de cette ultime improvisation du président. Qui a pourtant été commentée dans les couloirs du Congrès. Le discours achevé, il s’éloigne du pupître. Un quart environ du public se lève et applaudit pour lui faire une ovation. Flatté, il revient alors devant le micro et s’empresse de remercier les gens levés. Pour leur geste, mais aussi parce qu’ils ont le mérite de révéler dans la masse ceux qui, à l’inverse, n'ont pas souhaité lui faire cet hommage. Ces derniers ne peuvent être que des "anglo-saxons" lance-t-il en riant. En clair,  certainement des opposants à la régulation financière. Alors que ceux qui l’ovationnent sont, selon toute vraisemblance, des "continentaux" selon ses mots, des défenseurs d'un encadrement des pratiques financières !

Mon voisin soupire encore une fois. Une dernière fois. Lui est précisément un "anglo-saxon" selon le lexique propre au président français. Il marmonne un "drôle de Sarkozy" plein de dépit. Et se lève à son tour. Pour quitter l’amphithéâtre.

Lire le billet du 26 janvier en cliquant ici.


 
 

 

 

Première publication : 28/01/2010

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