- CAN-2010 - Nicolas Sarkozy - Rama Yade - Régionales 2010 - UMP
Rama Yade, secrétaire d'État aux Sports (partie 2)
Regardez la première partie de Politiques avec Rama Yade.
Lire l'intégralité de l'interview :
Roselyne FEBVRE.- Bonjour et bienvenue dans "Politiques" avec notre invitée sur ce plateau. Rama Yade, bonjour.
Rama YADE.- Bonjour.
Roselyne FEBVRE.- Vous êtes secrétaire d'Etat aux Sports et, à mes côtés, pour m'épauler parce que je ne suis pas une grande spécialiste sportive, se trouve Mark Owen, qui est journaliste sur la chaîneanglaise qui est surtout passionné de football et de sports. Peut-être une question pour commencer. Nous allons parler de sports. Après, nous parlerons de politique.
Vous étiez au secrétariat d'Etat aux Droits de l'homme. Vous l'avez quitté, il n'existe plus. Vous êtes donc aux Sports. Vous sentez-vous à l'aise dans vos baskets dans ce ministère ?
Rama YADE.- Oui, je me sens à l'aise parce que c'est un ministère passionnant. Au fond, plutôt que ministère des Sports, on pourrait l'appeler ministère de l'Education populaire parce que les sports en France, c'est une réalité populaire extraordinaire. C'est 16 millions de licenciés à jour de cotisations. Je ne connais pas un parti, un syndicat, une église qui peut afficher ces chiffres. C'est le premier mouvement associatif de France. C'est des grands moments d'émotion nationale quand la France remporte des grandes victoires aux Jeux Olympiques ou en Coupe du monde de football. Rappelez-vous 1998.
Roselyne FEBVRE.- Oui; mais ça fait longtemps.
Rama YADE.- Oui mais il y en a d'autres. J'espère qu'à Vancouver, aux JO d'hiver, en février, nous ferons aussi des miracles. J'espère aussi qu'en Coupe du monde en Afrique du Sud, en juin, l'équipe nationale de football fera de belles performances. C'est donc le ministère de l'Education populaire, c'est un ministère qui a une profonde historicité. Il a été créé sous le Front populaire par Léo Lagrange. Ensuite il a connu sa maturation avec Maurice Herzog, avec des gens comme Pierre Mazaud. C'est un ministère qui n'a pas vocation à être occupé uniquement par d'anciens sportifs. Pensez à Michèle Alliot-Marie, à Pierre Mazaud, à Marie-George Buffet. Ce n'était pas n'importe qui, ces gens.
Roselyne FEBVRE.- Aujourd'hui Rama Yade ; Rama Yade qui fait quel sport ?
Rama YADE.- Qui pratique ? Sur la pratique ? Mais votre question est révélatrice aussi d'un certain état d'esprit par rapport aux personnes qui occupent le ministère. Ce n'est pas parce qu'on occupe le ministère des Sports qu'on doit être un sportif. Moi, je le suis.
Roselyne FEBVRE.- Vous faites quel sport, par exemple ? Vous avez fait quel sport ?
Rama YADE.- Moi, les sports que j'ai le plus pratiqués, c'est le basket-ball, l'athlétisme. J'ai commencé d'abord par le rugby parce que je viens de Colombes où se trouve le mythique stade olympique Yves du Manoir. A huit, neuf ans, on m'a mise au rugby.
Roselyne FEBVRE.- Ah oui ! Le rugby, vous connaissez bien ?
Marc OWEN.- Et vous avez joué à quel poste ?
Rama YADE.- Ah mais c'était en initiation. J'avais huit ans. Vous imaginez bien qu'à l'époque, ce n'était pas du tout le sujet.
Marc OWEN.- Vous plaquez bien ?
Rama YADE.- Je ne me rappelle pas et, je vous dis, ça a duré un an.
Roselyne FEBVRE.- Avec le short et tout ?
Rama YADE.- Avec le short et tout.
Roselyne FEBVRE.- Et les chaussettes et les crampons ?
Rama YADE.- On nous apprenait les règles. J'ai mis beaucoup de temps à les comprendre. Je ne suis même pas sûre de les avoir comprises quand j'ai eu fini mon initiation à l'époque. En tout cas, après, j'ai très vite bifurqué parce que ce n'est pas forcément un sport de filles, malheureusement.
Roselyne FEBVRE.- Ah non.
Rama YADE.- On vous bascule donc très vite sur autre chose quand vous êtes une fille, l'athlétisme.
Marc OWEN.- Formidable.
Rama YADE.- Et puis après le basket, le volley. Le sport que j'ai quand même le plus regardé ces derniers temps, c'est quand même le football.
Marc OWEN.- C'est un bon parcours sportif.
Rama YADE.- Oui mais on n'est pas obligé d'être sportif pour être au ministère des Sports. Pensez à Marie-George Buffet et tant d'autres.
Marc OWEN.- Forcément. Pouvez-vous séparer le sport et la politique ?
Rama YADE.- Non. Et moi, je voudrais justement les réunir. Parce que, dans l'esprit des gens, notamment du microcosme politico-parisien... Pardon, Roselyne Febvre !
Roselyne FEBVRE.- Je ne me sens pas visée du tout !
Rama YADE.- …on a tendance à penser le sport comme un ghetto qui devrait seulement intéresser les journalistes sportifs. C'est assez intéressant que vous soyez là alors que, d'habitude, elle est toute seule. Parce que justement on considère que c'est un ghetto, donc le ministère des Sports doit être dirigé par un ancien sportif, il ne doit parler que de sport, notamment commenter les résultats sportifs. Il doit être interviewé uniquement par un journaliste sportif, mais le sport, ce n'est pas que ça. Le sport va au-delà du commentaire sportif. Le sport, c'est de la politique de la ville, de l'insertion professionnelle, de l'aménagement du territoire.
Roselyne FEBVRE.- Nous allons parler de tout ça.
Rama YADE.- Le sport, c'est la lutte contre le dopage, c'est la santé, c'est de la politique étrangère. Quand Rio reçoit coup sur coup l'organisation de la Coupe du monde de football et les JO...
Marc OWEN.- On l'a vu pendant la CAN avec tout ce qui s'est passé dans la province du Cabinda, par exemple.
Rama YADE.- Quand on voit ce qui se passe avec la CAN dans la province du Cabinda, c'est de la politique étrangère. Il y en a qui savent se saisir du sport pour faire de la politique. Le sport, c'est quand même une réalité qui dépasse la pratique sportive. Tous les enjeux de la société se retrouvent dans le sport. La violence, l'argent, le dopage pour ce qui est négatif. Pour ce qui est positif, la diversité, la question des femmes, la question de la politique de la ville, la question de l'emploi dans le sport. Il y a 2 millions de bénévoles. C'est tout ça, le sport, et je voudrais que ce soit considéré de temps en temps comme un sujet politique et pas uniquement stricto sensu.
Roselyne FEBVRE.- Ne vous inquiétez pas, ça va venir. Nicolas Sarkozy était l'invité de TF1 lundi pendant plus de deux heures et demie. Il avait besoin de faire une opération reconquête. Avez-vous le sentiment aujourd'hui que le navire - le navire présidentiel, le navire majorité en tout cas - prend l'eau ?
Rama YADE.- Absolument pas. Nicolas Sarkozy est président de la République en période de crise et, dans le navire, je dirais même en tête du navire, il y a un capitaine qui tient la barre et qui la tient droite. Pourquoi ? Parce que c'est pas évident. Nicolas Sarkozy avait un programme qu'il s'est engagé à appliquer. Arrive la crise, il tient quand même ce programme, il affronte la crise, il fait un plan de relance. Il suscite au niveau des organisations internationales la tenue d'un G20 exceptionnel à Londres et ailleurs. Il prend des mesures contre le capitalisme financier. Il sauve l'automobile française à travers un plan d'investissement.
Roselyne FEBVRE.- C'est le sauveur de la planète, en gros ?
Rama YADE.- Il met en place un dispositif de maintien de l'emploi. Bref. D'ailleurs, le chômage a baissé, selon les chiffres qui nous ont été annoncés hier. Ce n'était pas évident et pourtant il le fait et, pendant ce temps, les réformes se poursuivent. La réforme des universités, tout le monde en a parlé, personne ne l'avait faite. La réforme de l'audiovisuel public, la réforme des retraites, le rapprochement ANPE-Unedic, la réforme de la justice.
Roselyne FEBVRE.- On ne va pas faire la liste.
Rama YADE.- Non mais on peut dérouler très longtemps. Parce que quand on dit : "Mais où sont passées les réformes ?" La liste est longue.
Roselyne FEBVRE.- Donc vous l'avez trouvé bon ?
Rama YADE.- L'objet de cette émission face aux Français, c'était quoi ? C'était pas de parler pour parler. On reproche souvent à Nicolas Sarkozy dans les commentaires de trop s'exprimer. Là, on lui a reproché de ne pas faire d'annonce. Mais ce n'était pas l'objectif de cette émission. L'objectif, c'était quoi ? C'était de se poser trois minutes, de regarder les Français dans les yeux, de leur faire de la pédagogie sur les réformes et de leur préparer la sortie de crise. Et il a fait ce travail avec beaucoup d'empathie vis-à-vis des Français, de compréhension vis-à-vis des problèmes. Parce que c'est une France qui souffre qu'il avait en face de lui. Il a montré de l'empathie et aussi de la détermination à trouver des réponses à leur problème.
Roselyne FEBVRE.- C'est bien. Vous avez un bon point, Rama, de la part de l'Elysée !
Rama YADE.- Non mais je vous explique quand même parce que ce n'est pas évident. On est président de la République et on doit affronter une crise historique comme on n'en a pas vue depuis cinquante ans. Ce n'est pas évident.
Roselyne FEBVRE.- A un moment, il a dit qu'il était choqué par le salaire de certains footballeurs ou certains sportifs de haut niveau. Là, nous allons reparler de sport. Etes-vous choquée, vous aussi, par certains salaires ?
Rama YADE.- Ne résumez pas le propos du Président sur les hauts salaires à cela. Ça a duré deux secondes. Il intervenait sur l'affaire Proglio face à quelqu'un qui l'interpellait sur le salaire de Henri Proglio pour dire qu'il y a des gens qui sont de grands patrons d'industrie, qui sont donc payés sur le marché tel ou tel salaire.
Roselyne FEBVRE.- Les footballeurs sont-ils trop payés ?
Rama YADE.- Les footballeurs, c'est international. Ce n'est pas le problème de la France en particulier. Je vous le dis.
Marc OWEN.- Certains footballeurs.
Rama YADE.- Ça dépend de qui. Vous réduisez le football à David Beckam et à Thierry Henri mais le football, c'est 2,6 millions de licenciés. C'est des amateurs qui ne gagnent rien. Des gens qui sont policiers, qui sont postiers, qui sont demandeurs d'emploi évoluent d'ailleurs en ce moment en Coupe de France des clubs amateurs comme Aubervilliers. C'est quand même ça, le football. Il y a donc une élite qui gagne énormément d'argent. Pourquoi ? Parce qu'ils sont recrutés par des clubs, notamment britanniques, d'ailleurs, qui sont dans une espèce de surenchère. Les Espagnols, les Italiens. La France n'est pas le pays qui paie le mieux ses footballeurs.
Marc OWEN.- Vous avez parlé de ce recrutement qui arrive et vous avez aussi dit des choses à propos du recrutement des jeunes Africains, une espèce de trafic des jeunes.
Rama YADE.- Oui, tout à fait.
Marc OWEN.- Vous êtes tout à fait contre. Mais que pouvez-vous faire pour combattre ce problème ? Parce que ce sont les gros salaires qui font rêver les jeunes et les familles là-bas qui ont besoin de moyens.
Rama YADE.- Tout à fait. Il y a dans le sport de plus en plus d'argent. C'est ce qu'on appelle le sport business.
Roselyne FEBVRE.- Oui mais des clubs qui sont de plus en plus en déficit aussi.
Rama YADE.- Il y a donc des dérives. Il y a effectivement des clubs européens - pas français. Pardonnez-moi. Je ne vais pas citer nos voisins.
Marc OWEN.- Allez-y.
Rama YADE.- Nous, dans notre pays, nous avons ce qu'on appelle la Direction nationale du contrôle de gestion, qui est un organisme de contrôle qui empêche nos clubs français de dépenser plus que ce qu'ils ont en caisse. On ne peut pas se permettre. Donc, jusqu'à très récemment, nos finances étaient saines grâce à ce contrôle. En même temps, ça nous empêchait de recruter certains joueurs de très grande classe ou de retenir nos joueurs les plus réputés. Parce que les Britanniques, les Espagnols, les Italiens...
Marc OWEN.- Si on essaie d'embaucher un David Beckam, par exemple, il faut payer cher.
Rama YADE.- Il faut payer cher. Au Royaume-Uni, en Espagne ou dans d'autres pays, ils n'ont pas ce système de contrôle. En revanche, ils ont des propriétaires de clubs qui sont très, très riches, des milliardaires qui peuvent acheter des joueurs sans limitation. C'est comme ça qu'on se retrouve dans une surenchère. Ça fait rêver effectivement des jeunes Africains ou autres. Peu importe, d'ailleurs. Des jeunes Français, des jeunes Britanniques.
Marc OWEN.- A propos de ces jeunes en Afrique, par exemple, de ce trafic, j'ai croisé dans le passé des agents sans scrupules qui amenaient les jeunes en France et les laissaient tomber quand ça ne marchait pas. C'est affreux.
Rama YADE.- Tout à fait. C'est affreux parce qu'ils viennent faire miroiter à des jeunes qui sont un peu désœuvrés des carrières de professionnels. Ces jeunes pensent à Drogba, à Henri, à Beckam et se disent qu'ils vont s'en sortir grâce au football. Ils se laissent emmener en Europe par des agents - pas tous - peu scrupuleux et on se rend compte qu'ils ne sont pas capables d'avoir une carrière professionnelle ou ils se blessent, ils n'arrivent pas à entrer en centre de formation. Résultat, ils se retrouvent à la rue, sans papiers, voire SDF. Et ça, c'est terrible. Donc, face à ça, ce qu'il faut faire, c'est deux choses. La première, c'est interdire - vraiment interdire, pas seulement le dire, comme c'est inscrit dans la Convention des droits de l'enfant mais interdire - le transfert des mineurs de moins de seize ans.
Ensuite, moi, j'ai créé un fonds sportif pour la protection internationale de l'enfance, qui est un fonds public et privé, qui a pour objet d'intervenir dans ces pays-là pour faire de la prévention et de la formation vis-à-vis de ces jeunes. Déjà certains Français comme Bernard Lama ou Thierry Henri ou d'autres ont développé des structures au Sénégal et bientôt en Afrique du Sud où j'étais.
Marc OWEN.- Qui marchent bien.
Roselyne FEBVRE.- Merci. Il faut qu'on avance. On a plein de choses à dire. On va parler du cas Raymond Domenech, l'entraîneur français, personnage contesté, contesté pour son caractère, pour sa communication. Il est l'éternel partant dans l'opinion mais l'éternel restant parce que la Fédération française de football visiblement le protège, en tout cas ne veut pas de son départ.
Rama YADE.- Pas tout de suite.
Roselyne FEBVRE.- Pas tout de suite. Faut-il qu'il parte avant la Coupe du monde ?
Rama YADE.- Avant la Coupe du monde en Afrique du Sud ? Ecoutez, il y avait une occasion pour la Fédération française de football de mettre fin au contrat de Raymond Domenech. C'était après le fiasco de l'Euro 2008. Ça n'a pas été le cas. La Fédération a assumé cette décision. Aujourd'hui, Raymond Domenech est le seul sélectionneur de l'histoire à avoir qualifié la France à trois phases finales : l'Euro 2008, la Coupe du monde 2006 et la Coupe du monde en Afrique du Sud en 2010. Tel est son palmarès.
Marc OWEN.- Il est tellement critiqué !
Roselyne FEBVRE.- Il est donc mauvais ?
Rama YADE.- Non, il a été bon puisqu'il a réussi cette qualification. Là où il est contesté et critiqué, c'est sur son mode de communication, ses rapports avec la presse dont il se protège énormément. Résultat, effectivement, il subit une campagne comme Aimé Jacquet en avait subi une à l'époque, avant 1998.
Roselyne FEBVRE.- Est-il plus antipathique qu'il en a l'air ?
Rama YADE.- Non. C'est ça qui est étonnant. La perception qu'on en a extérieurement, c'est effectivement celle d'un type qui ne répond pas aux questions, qui fait de la litote, qui dit choisir ses joueurs par ordre alphabétique. Dans la réalité, quand vous êtes en face du sélectionneur français, il est sympathique, attachant, intelligent.
Marc OWEN.- Exactement. Pendant ses conférences de presse, il est rigolo. Et ça, en tant qu'Anglais, je regarde ça, c'est bien. Mais, en tant que supporter français, je crois que...
Rama YADE.- Ça fait de la frustration.
Roselyne FEBVRE.- Il doit donc partir. Il va partir.
Rama YADE.- Il doit partir après la Coupe du monde. Moi, ce que je dis, c'est que, puisqu'il est prévu qu'il parte après la Coupe du monde, pourquoi taper maintenant ? Pourquoi le harceler ?
Roselyne FEBVRE.- Ça met une mauvaise ambiance.
Rama YADE.- Oui. Laissons se créer une espèce de sérénité autour de l'équipe de France parce que ce qui touche Raymond Domenech impacte l'équipe, impacte ceux qui vont jouer sur le terrain, impacte ceux qu'on va suivre.
Marc OWEN.- Est-ce une bêtise de la Fédération d'annoncer avant la Coupe du monde qu'il va partir ? Parce que ça va forcément limiter son influence sur les joueurs.
Rama YADE.- J'ai compris les raisons. Ils m'ont expliqué les raisons pour lesquelles M. Escalette, président de la Fédération de football, a fait cette annonce. En m'expliquant dans le même temps que ça ne perturbait ni Raymond Domenech ni les joueurs parce qu'ils savent qu'il doit partir. Soit. Mais moi, je pense qu'aujourd'hui la question du sélectionneur n'est pas posée, elle est réglée puisque Raymond Domenech doit partir après la Coupe du monde.
Roselyne FEBVRE.- Qui sera le remplaçant ?
Marc OWEN.- Nicolas Sarkozy ?
Rama YADE.- Je n'en sais rien.
Marc OWEN.- Quelqu'un qui est très dynamique, très direct.
Rama YADE.- Je pense que le sélectionneur ne doit pas être trop jeune.
Marc OWEN.- Laurent Blanc ?
Rama YADE.- Il fait partie des jeunes. Parce que Laurent Blanc évoluait quand même dans cette équipe avec Thierry Henry.
Marc OWEN.- Exactement.
Rama YADE.- Il y a quand même des questions à se poser mais on verra. Ce n'est pas le moment.
Marc OWEN.- Puisqu'on parle de Thierry Henry, une petite question. A votre avis, fallait-il rejouer le match contre l'Irlande après la main ?
Rama YADE.- Non.
Marc OWEN.- Non ?
Rama YADE.- C'est à la Fédération, c'est aux autorités du football de le dire. Ils ont dit non.
Marc OWEN.- Oui mais, humainement, qu'en pensez-vous ?
Rama YADE.- Moi, je pense que non.
Marc OWEN.- Ok. C'est clair.
Roselyne FEBVRE.- Mais c'est une victoire à la Pyrrhus quand même.
Rama YADE.- Evidemment, les Français sont frustrés de cette victoire parce qu'ils se disent qu'elle est injuste, ils se disent qu'il y a triche.
Marc OWEN.- Mais la manière de jouer aussi.
Rama YADE.- La manière de jouer, c'est aussi ça.
Marc OWEN.- Ce n'est pas très français comme manière.
Rama YADE.- Il y a l'affaire du sélectionneur. Tous les barrages. Les matchs n'ont pas été bons. Quoique. Sur certains matchs. Notamment en Irlande, ils ont fait un très gros match.
Marc OWEN.- Oui, c'était un très beau match.
Rama YADE.- En Serbie aussi.
Marc OWEN.- Oui, il faut le dire.
Rama YADE.- Ils se retrouvent au bout de dix minutes à jouer à dix après que leur gardien a été expulsé. Ce n'était pas simple. Donc ils ont fait de beaux matchs mais l'ambiance générale n'est pas bonne et donc cela a fait que la main était une circonstance aggravante. Mais Thierry Henri n'est pas connu pour être un tricheur. C'est le plus beau palmarès du football français.
Roselyne FEBVRE.- Rama Yade, il nous reste deux minutes. Vous rencontrez ce jeudi les associations de supporters au Stade de France pour lutter contre la violence dans les stades. Quel va être l'objectif ? Vous estimez que le hooliganisme n'a finalement pas été terrassé ?
Rama YADE.- Evidemment non, et c'est dommage. Ça fait des années que ça dure, différents plans se sont succédés et ça n'a pas changé grand-chose. Je ne suis pas là pour présenter un énième plan - ce n'est pas mon objectif - mais pour tenter quelque chose d'inédit. A côté de l'arsenal répressif que j'assume, que j'ai mis en place avec Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, nous tentons aussi parallèlement un dialogue avec les supporters. Non pas les hooligans, avec qui on ne dialogue pas et avec qui seul l'outil de la répression est possible, mais avec les vrais supporters, les vrais amateurs de foot. C'est une main tendue, donc on va dialoguer aujourd'hui au Stade de France avec les ligues, les clubs.
Marc OWEN.- Pourquoi trouve-t-on des hooligans dans le foot et pas dans le rugby ? A votre avis ?
Rama YADE.- Pourquoi ? Parce que le football est le phénomène sportif et même au-delà le plus populaire au monde.
Marc OWEN.- C'est une question de nombre de gens. C'est ça ?
Rama YADE.- Il y en a qui considèrent le stade comme un défouloir et qui viennent pour avoir une tribune pour se faire voir.
Roselyne FEBVRE.- Le rugby, c'est plus noble ? C'est un sport plus noble ?
Rama YADE.- Ils savent qu'ils ont l'assurance qu'ils seront entendus et vus. Le rugby apporte des valeurs, mais le football aussi. Il ne faut pas que le rugby dévoie ses valeurs mais vous allez voir. Le rugby va monter en puissance. Le business est en train de rentrer dans le rugby.
Marc OWEN.- Ça change. Les agents...
Rama YADE.- Ça change. Les agents arrivent. Les joueurs font des pubs. Ça commence. Donc c'est là que le monde du rugby doit être vigilant pour préserver ces valeurs qui font le charme du rugby.
Roselyne FEBVRE.- Merci Rama Yade. Merci Mark Owen. On se retrouve dans quelques instants. On va parler cette fois un peu politique. Merci Mark, vraiment, de ce coup de main sur le football.
Mark OWEN.- De rien.
2ème partie
Roselyne FEBVRE.- Retour sur le plateau de "Politiques", toujours avec Rama Yade, secrétaire d'Etat aux Sports. Nous en avons parlé dans cette première partie au sens strict du mot. Maintenant on va parler politique avec vous parce que vous restez néanmoins une femme politique. D'ailleurs, vous êtes un peu la médaille d'or des sondages, pour rester dans la métaphore sportive. Vous avez 59 % d'opinions favorables par les Français. Vous êtes toujours la chouchoute du gouvernement. Mais, ces derniers temps, vous avez été détrônée par Jacques Chirac ou Dominique Strauss-Kahn. Mon Dieu, que se passe-t-il ?
Rama YADE.- Oui, quel drame !
Roselyne FEBVRE.- C'est un drame !
Rama YADE.- Oui. Comme il semblerait que je les avais détrônés le mois précédent, cette fois ils me détrônent. Est-ce que c'est si grave ?
Roselyne FEBVRE.- Oui, ça ne va pas vous empêcher de dormir.
Rama YADE.- Non !
Roselyne FEBVRE.- Ce qui est paradoxal, c'est que vous avez adopté, enfin, je ne sais pas si ça a été fait exprès, si ça a été l'impulsivité, vous avez cette image de femme rebelle et, objectivement, vous n'en avez fait qu'à votre tête avec Nicolas Sarkozy. Non mais c'est vrai. Quand on compare avec Rachida Dati qui a eu le petit doigt sur la couture du pantalon, qui est allée bien sagement au Parlement de Bruxelles. Vous, vous avez refusé. Vous avez refusé d'aller dans le Val d'Oise, vous vouliez aller dans les Hauts-de-Seine. Vous avez fait ce que vous voulez.
Rama YADE.- Attendez, attendez. Non, pas du tout. Je n'ai pas refusé d'aller dans le Val d'Oise. Je suis élue dans les Hauts-de-Seine.
Roselyne FEBVRE.- Ça vous paraissait logique, c'est ça ?
Rama YADE.- Je suis élue conseillère municipale dans les Hauts-de-Seine. Je ne sais pas, vous restez dans le département où vous êtes élu. Par respect des électeurs et des militants. Ou, tout d'un coup, vous partiriez dans un autre département où vous n'avez aucune attache, vous ne connaissez personne, où les gens sont bien installés, ont leur petit vie, vous débarquez, vous leur dites : "Ecoutez, on m'a demandé de venir ici." C'est bizarre. C'est pas la politique, ça. Est-ce que Nathalie Koscuisko-Morizet, on lui a demandé de quitter l'Essonne pour aller en Seine-Saint-Denis ? Est-ce que Valérie Pécresse, on lui a demandé de quitter les Yvelines pour aller dans le Val-de-Marne ? Bon. Voilà. C'est juste par souci de cohérence et c'est ce qu'a défendu la tête de liste aux régionales, Valérie Pécresse. Mais Nicolas Sarkozy ne me l'a jamais proposé, donc je n'ai dit non à rien du tout. Nicolas Sarkozy ne m'avait jamais proposé cela. Jamais de la vie. Jamais. Donc je ne sais pas pourquoi on dit que je lui ai dit non. Non, pas du tout puisqu'il ne me l'a jamais demandé.
Roselyne FEBVRE.- Enfin, vous l'avez énervé plusieurs fois. Vous l'avez énervé sur l'affaire Kadhafi.
Rama YADE.- Ce n'est pas très politique ce que vous dites là, je trouve.
Roselyne FEBVRE.- Pas très politique ?
Rama YADE.- "Enervé", ça veut dire quoi ?
Roselyne FEBVRE.- Il ne vous a pas convoquée à un moment ?
Rama YADE.- Après l'affaire Kadhafi, oui. Mais enfin j'étais secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme, on était le 10 décembre, journée internationale des Droits de l'homme, je recevais tous les opprimés de la planète aux Droits de l'homme pour leur remettre le prix de la République française pour leur courage face aux régimes qui les oppressaient. J'étais secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme. J'ai juste rappelé les principes...
Roselyne FEBVRE.- Ça ne servait à rien, ce ministère, objectivement. A quoi vous avez servi ?
Rama YADE.- J'ai rappelé juste ce jour-là les principes fondamentaux des droits de l'homme et j'en étais très, très fière. Et tous les observateurs s'accordent à dire que j'ai un bon bilan au ministère des Droits de l'homme. C'était pas facile parce que c'était la première fois que ce poste existait, parce que je débutais en politique.
Roselyne FEBVRE.- Mais c'est un poste qui ne sert à rien. On est d'accord ?
Rama YADE.- Je débutais en politique et donc j'ai fait beaucoup de choses là-bas. On peut passer du temps dessus si vous voulez pour que je parle du bilan mais c'est pas bien de dire que ça ne sert à rien, les droits de l'homme. Ceux qui l'ont dit l'ont payé. Donc je pense que, quand il s'agit d'être auprès des souffrances du monde, regardez Haïti aujourd'hui, c'est les droits de l'homme, excusez-moi. Quand il s'agit d'être aux côtés du peuple tibétain, vous ne pouvez pas dire que ça ne sert à rien.
Roselyne FEBVRE.- C'est le ministère de l'indignation.
Rama YADE.- C'est faux. Des Interventions humanitaires aussi.
Roselyne FEBVRE.- Alors qu'avez-vous fait qui a changé...
Rama YADE.- Ecoutez, ça fait quand même sept mois que je suis passée sur un autre ministère mais, enfin, si vous êtes une bonne journaliste, vous avez dû suivre et je pense que beaucoup de vos collègues ont suivi. Sur la Birmanie, l'adoption de résolutions aux Nations unies, au Conseil des droits de l'homme. Sur le Congo, l'adoption de résolutions aux Nations unies. J'ai mis beaucoup de monde autour de la table. Les grandes nations, les grandes puissances mondiales autour de la table. Je me suis beaucoup battue pour un plan sur l'adoption. Sur la question de l'homophobie, j'ai lancé le premier congrès international contre l'homophobie et amené des Etats à se rallier à une charte contre l'homophobie aux Nations unies. C'était la première fois dans l'histoire.
Roselyne FEBVRE.- Non mais vous êtes sensibilisée sur les droits de l'homme.
Rama YADE.- Non mais vous ne pouvez pas dire un truc et puis espérer tourner la page comme ça. Je vais vous répondre. Puisque vous posez des questions sur : "A quoi ça sert ?", je vais aller jusqu'au bout. On peut continuer comme ça.
Roselyne FEBVRE.- Oui mais on ne va pas faire le catalogue. On a compris.
Rama YADE.- Oui mais, puisque vous êtes mal informée, je vais vous expliquer.
Roselyne FEBVRE.- Je ne suis pas mal informée. Je vous demande ce que vous en avez retiré. Il me semble qu'à un moment, lors d'un entretien privé que nous avions eu, vous m'aviez dit que parfois vous vous sentiez fatiguée et désespérée de ne pas pouvoir lutter contre la misère, cette misère-là, et que vous disiez que vous aviez l'impression de ne pas aller plus loin, de ne pas pouvoir aller plus loin.
Rama YADE.- Oui mais ça, c'est normal. Vous avez vu ce qui se passe dans le monde ?
Roselyne FEBVRE.- C'est ça que je vous demande.
Rama YADE.- Vous avez vu le nombre de conflits ? Vous avez vu le nombre de personnes qui meurent de faim tous les jours ?
Roselyne FEBVRE.- C'est abyssal. On est d'accord.
Rama YADE.- Vous avez vu les séismes ? Vous avez vu les régimes oppressants dans le monde ? Oui, on n'en fait jamais assez. Et même en tant que Français, en tant qu'Européens, on n'en fait pas assez. Oui, il y a de l'indignation à avoir parce que l'indignation, c'est pas quelque chose d'évident.
Roselyne FEBVRE.- Alors est-ce que vous êtes indignée par les Kurdes ?
Rama YADE.- Attendez, je termine.
Roselyne FEBVRE.- Ah non, non, non !
Rama YADE.- Oui, les malheurs du monde sont inépuisables et je ne me satisferai jamais. Et, en tant qu'ex-secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme sans successeur, comme vous l'avez dit, donc ça veut dire éternelle secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme, mes indignations sont continues, mes frustrations sont continues. Parce que c'est ça qui me donne envie de vivre et d'agir. Et c'est ça qui motive les ONG, les avocats, les journalistes qui travaillent pour aller chercher l'information.
Roselyne FEBVRE.- On a compris.
Rama YADE.- Les associations humanitaires, oui, elles sont indignées, oui, elles sont frustrées et oui, elles sont déterminées. Et c'est ça, les Droits de l'homme. C'est un combat permanent. C'est pour ça que je vous ai dit ça et je le confirme.
Roselyne FEBVRE.- Donc ma question sur ces 123 Kurdes...
Rama YADE.- Et je continue à faire des droits de l'homme aux Sports à travers le fonds sportif pour la protection de l'enfance dont je vous ai parlé.
Roselyne FEBVRE.- Revenons à ces Kurdes qui ont été libérés par les juges. Une affaire qui a quand même été mal gérée puisqu'ils n'ont pas été en garde à vue avant le centre de rétention. Nicolas Sarkozy a dit qu'il fallait raccompagner ceux qui n'auraient pas le droit d'asile. Que faut-il faire de ces 123 Kurdes ?
Rama YADE.- Ecoutez, moi, sur ce sujet, je ne peux m'exprimer qu'avec beaucoup de précaution parce que je ne suis pas ministre de l'Immigration et je n'ai pas les détails des conditions dans lesquelles ils sont arrivés et dans lesquelles leurs dossiers sont traités. Du fait que je ne suis pas au ministère de l'Immigration. Donc je suis assez prudente dans ce que je peux dire et qui relève des principes fondamentaux. La première chose, c'est que c'est vrai qu'il y a une politique d'immigration en France, qui est fondée sur un principe de fermeté, lié en particulier à cette crise économique que nous vivons, qui fait que le gouvernement a choisi d'appliquer une politique de fermeté et de dire : "Nous sommes en période de crise, nous avons un chômage élevé, une crise immobilière..."
Roselyne FEBVRE.- Donc vous dites comme Michel Rocard : "On ne peut pas accueillir toute la misère du monde" ?
Rama YADE.- Donc les frontières ne sont pas ouvertes à 100 %. Ça, c'est vrai. De l'autre côté, le droit d'asile est un principe sacré en France, révolutionnaire, qui date de l'époque de la Révolution française. Les Français y tiennent. C'est-à-dire que quand vous êtes opprimé dans votre pays pour des raisons non pas économiques mais des raisons purement politiques, parce que vous risquez votre vie dans votre pays, effectivement la France, pays des droits de l'homme, vous ouvre les bras. Ça, c'est un principe important. Moi, lorsque j'étais aux Affaires étrangères, j'appliquais systématiquement ce principe. Si Taslima Nasreen vit aujourd'hui...
Roselyne FEBVRE.- Donc ils ont droit...
Rama YADE.- Si Taslima Nasreen vit aujourd'hui à Paris, c'est parce que j'ai lutté pour qu'elle vive à Paris, pour lui trouver un logement, pour lui trouver ce droit d'asile. Et je l'ai fait pour beaucoup d'autres gens, pas forcément en médiatisant les choses. D'autre part, s'agissant des Kurdes en question, le droit va s'appliquer, bien évidemment. Et le droit, il doit s'appliquer dans toute sa rigueur, c'est vrai, mais également dans toute son humanité. Et l'humanité du droit français repose sur l'application que nous avons comme devoir de faire des principes du HCR, c'est-à-dire des principes humanitaires. Donc ça veut dire qu'il faut vérifier l'identité des Kurdes en question.
Roselyne FEBVRE.- D'où ils viennent ?
Rama YADE.- Est-ce qu'ils sont Kurdes ? D'où est-ce qu'ils viennent ?
Roselyne FEBVRE.- De Syrie et d'ailleurs.
Rama YADE.- Quel âge ils ont ? Parce que les mineurs ne sont pas traités de la même manière que les majeurs. Tous ces éléments ne sont pas faciles à déterminer. C'est pour ça que les associations, le HCR sont impliqués dans ce processus d'identification pour qu'après le droit puisse s'appliquer.
Roselyne FEBVRE.- Il faut accorder le droit d'asile s'ils répondent aux critères ?
Rama YADE.- Quand quelqu'un risque sa vie, en général, le droit d'asile s'applique. Comme je ne connais pas l'état civil des personnes en question, je ne peux pas vous dire s'ils relèvent du droit d'asile ou pas. En tout cas, le droit d'asile s'applique lorsque les personnes renvoyées risquent leur vie.
Roselyne FEBVRE.- Nous allons parler de la burqa et du niqab, enfin, du voile intégral. Parce que la burqa, soyons honnêtes, il n'y en a pas beaucoup sur le territoire français. On va dire plutôt le niqab ou le voile intégral. Donc la remise du rapport de la mission parlementaire a finalement donné lieu à ce que des députés s'écharpent devant les journalistes - c'était ahurissant - cette semaine. Votre position là-dessus ? Certains demandent une loi totale d'interdiction du voile intégral. Quelle est - je vais faire un mauvais jeu de mots - votre religion là-dessus ?
Rama YADE.- La question du voile intégral est un sujet difficile. Difficile parce que se pose la question de l'égalité hommes/femmes pour moi d'abord. Ensuite important parce que se pose la question de la laïcité. A ces deux titres, je trouve que la burqa ne respecte, par son caractère obligatoire, ni le principe d'égalité hommes/femmes ni les principes fondamentaux de la laïcité.
Roselyne FEBVRE.- Tout le monde est d'accord là-dessus. Est-ce qu'on interdit ou pas ?
Rama YADE.- Donc je considère que la burqa n'a pas sa place. En fait, elle n'a sa place nulle part au regard de ce double principe. Est-ce qu'il faut l'interdire ? Moi, je pense que la solution qui consiste à adopter d'abord une résolution et puis ensuite de passer à une disposition législative est intéressante. Parce que la résolution permet au Parlement d'affirmer les principes républicains qui fondent la position de la commission qui a enquêté sur la burqa. Une résolution permet d'arracher l'unanimité sur les bancs de gauche comme de droite. Et, sur des principes aussi fondamentaux que l'égalité hommes/femmes et la laïcité, je crois qu'il n'est pas inintéressant que la classe politique se présente dans son ensemble devant les Français pour rappeler ces principes fondamentaux. C'est pour ça que la résolution est quelque chose...
Roselyne FEBVRE.- D'abord une résolution. La loi, c'est trop...
Rama YADE.- Après, la loi, pourquoi pas ? Mais moi, je pense qu'il est important de veiller à l'application de la loi. C'est-à-dire, on ne fait pas une loi pour se faire plaisir. On fait une loi parce qu'elle est applicable. Donc moi, ce que je pense, c'est que...
Roselyne FEBVRE.- Elle est difficilement applicable ?
Rama YADE.- On pourrait appliquer la loi sur le voile qui existe déjà. Le voile à l'école. On pourrait l'appliquer pour la burqa dans les services publics. Dans les administrations, par exemple.
Roselyne FEBVRE.- Ce qui pose problème, c'est la rue ? Est-ce qu'on peut interdire dans la rue ?
Rama YADE.- Ce qui pose problème, c'est la rue. Et là, je vous avoue que je ne me suis pas encore fait une religion, comme vous dites, parce que c'est compliqué. Est-ce qu'il faut faire une amende ? Est-ce qu'un policier doit aller interpeller une pauvre femme avec sa burqa devant tout le monde en lui disant : "Madame, vous enlevez votre truc, vous enlevez votre burqa." Enfin, vous voyez. Et puis c'est gênant. Devant tout le monde. Et cette femme, même si vous êtes contre le principe qu'elle mette une burqa, vous ne pouvez pas être insensible au choc qu'elle peut ressentir. Donc ça, ça mérite peut-être une petite réflexion, je pense, pour bien calibrer les choses, pour ne pas humilier ces femmes. Parce qu'elles n'en demeurent pas moins des femmes. Certes enfermées dans ce voile qui les empêche d'avoir un visage mais qui sait pourquoi elles sont dans ce voile ? Elles n'en demeurent pas moins des femmes et des êtres humains et ça, je pense que ça nécessite donc un accompagnement pédagogique, associatif, d'y intégrer les associations de femmes, les associations peut-être religieuses aussi, donc ce processus d'éducation civique qui fait qu'on explique pourquoi. Ce qui permettrait aux femmes qui vont résister ou qui vont finalement se sentir agresser de comprendre pourquoi la République est dans cette démarche.
Roselyne FEBVRE.- De la pédagogie, on a compris.
Rama YADE.- Et je trouve que, quand Jean-François Copé fait cette proposition, il le fait non sans courage. C'est vrai.
Roselyne FEBVRE.- Mais il va trop vite ? Est-ce qu'il ne brûle pas des étapes ?
Rama YADE.- Non, je ne juge pas.
Roselyne FEBVRE.- Vous le soutenez ?
Rama YADE.- Je ne juge pas le rythme. Je pense qu'il faut respecter le Parlement en tant que député.
Roselyne FEBVRE.- Donc il ne le respecte pas puisque ça fait déjà deux mois qu'il parle d'une loi.
Rama YADE.- Il a le droit quand même à sa liberté d'expression. Ce n'est pas moi qui vais vous dire l'inverse. Maintenant, les députés doivent s'entendre. C'est une affaire du Parlement. Le gouvernement a donné sa position par la voix du président de la République. Maintenant, les parlementaires, en tant qu'entité indépendante, doivent s'arranger entre eux. Le président du groupe, le président de l'Assemblée nationale et la commission qui a enquêté sur la burqa.
Roselyne FEBVRE.- Objectivement, une résolution, est-ce que ça va être suffisant sachant que c'est une branche islamiste, les salafistes en particulier, qui font porter la burqa aux femmes ?
Rama YADE.- C'est plus compliqué que ça.
Roselyne FEBVRE.- Oui, c'est plus compliqué, bien sûr. Je prends un raccourci mais, dans ces cas-là, la loi de Dieu est supérieure aux lois de la République. Est-ce que, en quelque sorte, ils ne vont pas s'asseoir dessus ?
Rama YADE.- Ecoutez, moi, je vous ai dit la position du gouvernement. C'est celle, d'abord, d'une résolution si possible. Et puis, ensuite, une disposition législative. Voilà. Elle est claire, la position du gouvernement.
Roselyne FEBVRE.- Elle est claire. Ok.
Rama YADE.- Elle permet d'affirmer un principe à travers une résolution. Après, une disposition législative pour faire plus concret.
Roselyne FEBVRE.- Vous êtes donc élue à Colombes. Vous allez mener cette campagne des régionales. Est-ce que vous croisez des voiles intégraux ?
Rama YADE.- Je ne mène pas la campagne. La campagne Ile-de-France est menée par Valérie Pécresse et, dans les Hauts-de-Seine, par André Santini.
Roselyne FEBVRE.- Bien sûr. Non mais à Colombes.
Rama YADE.- Je suis numéro deux dans cette liste des Hauts-de-Seine, derrière André Santini qui est maire d'Issy-les-Moulineaux. A Colombes il m'est arrivé - pas souvent, deux ou trois fois - de rencontrer, de croiser des femmes avec une burqa, oui.
Roselyne FEBVRE.- Votre réaction ?
Rama YADE.- La première fois que c'est arrivé, c'était l'année dernière. C'était la première fois que je le voyais en vrai, en France, à Colombes précisément. Ma réaction, ça a été la surprise. Parce que ça se voit, vous savez, dans le paysage. Enfin, ça se voit et je crois que c'est un choc d'abord visuel. Ensuite, l'interrogation, c'est d'abord de se mettre à la place de cette femme et d'essayer de comprendre pourquoi. Et puis les enfants autour qui ne voient pas leur mère quand leurs camarades voient les leurs. On se demande... Enfin, on est dans une position d'empathie d'abord. Et puis après on a envie de se dire qu'on est loin des principes de la République et de l'égalité hommes/femmes. Ça, c'est vrai.
Roselyne FEBVRE.- Vous êtes à Colombes, lieu quand même assez populaire - beaucoup d'immigration. Comment a été ressenti le débat sur l'identité nationale ? Est-ce qu'il a été malsain comme le dit la gauche ?
Rama YADE.- On ne m'en a pas parlé, honnêtement. A Colombes, on est dans la boucle nord des Hauts-de-Seine. On présente souvent les Hauts-de-Seine comme un département très riche, on parle de coffre fort etc. Eh bien je peux vous assurer que, dans la boucle nord, on n'est pas dans cette situation, on a des difficultés de logement, d'emploi et c'est ça qui préoccupe les gens. Mais l'identité nationale est un sujet...
Roselyne FEBVRE.- Ça a été un bon débat, selon vous ?
Rama YADE.- Est-ce que ça a été un bon débat ? C'est un débat qui, moi, sur le principe, ne m'a pas choquée. Je veux dire, si les gens débattent de ce sujet, ça ne me choque pas.
Roselyne FEBVRE.- Vous n'avez pas l'air emballée, en revanche.
Rama YADE.- Non, c'est pas ça. C'est que j'ai trouvé regrettable que, lorsque ce débat a été lancé, une partie de la classe politique républicaine le boycotte, notamment à gauche. Parce que, en boycottant, ils ont laissé la voie du débat à l'extrême droite ou aux dérapages qui, du coup, ont été super médiatisés.
Roselyne FEBVRE.- Comme celui de Nadine Morano ? C'était un dérapage ?
Rama YADE.- Ils ont donné le sentiment...
Roselyne FEBVRE.- C'était un dérapage, Nadine Morano ?
Rama YADE.- Qu'est-ce qu'elle avait dit ? Que les jeunes musulmans...
Roselyne FEBVRE.- Casquette à l'envers...
Rama YADE.- Elle a raison de dire que, quand on se présente devant un employeur, on n'arrive pas avec une casquette à l'envers et on ne parle pas en verlan. C'est vrai. Parce que moi, si je vois un jeune arriver devant moi en me parlant à l'envers, avec une casquette à l'envers, en me disant : "Je veux travailler dans votre cabinet", bon, je vais y réfléchir à deux fois. Par contre, ce qui effectivement a choqué, c'est le fait qu'elle ait identifié à travers ce jeune homme-là un jeune musulman. C'est vrai qu'il n'y a pas que le jeune musulman qui s'habille comme ça ou qui parle comme ça et tous ceux qui parlent comme ça et s'habillent comme ça ne sont pas tous musulmans, donc il faut faire attention aux amalgames. Mais nous devons, en tant que républicains, prendre part au débat pour justement donner une vision généreuse, ouverte de l'identité nationale, qui doit effectivement changer puisque les gens comme moi en font désormais partie.
Roselyne FEBVRE.- Merci beaucoup, Rama Yade, d'avoir été l'invitée de "Politiques".
Rama YADE.- Merci.
Roselyne FEBVRE.- On se retrouve plus tard sur France 24. Tout de suite les infos. Merci.


























Commentaires (1)
professionnalisme
Elle parle bien mais on sent ses limites, un certain manque enrobée dans le verbe. Elle vante ses hauts faits aux droits de l'homme. Au Congo, la guerre continue, des femmes sont violées. A quoi sert-elle, à quoi a-t-elle servie?
Merci Rama Yade
Tu nous ébloui toujours avec tes francs parler et tu t'adaptes facilement au milieu dans lequel on te met; c'est pour cela qu'on t'aime
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