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AFP - Dépoussiérés pour le grand écran, le petit Père des peuples Joseph Staline et l'ingénieux détective Sherlock Holmes sont à l'affiche des salles de cinéma cette semaine, où sort aussi un remarquable film israélien, lauréat du Lion d'or à la dernière Mostra de Venise, "Lebanon".
- "Lebanon" de Samuel Maoz (Israël, 1H34, Avertissement aux publics sensibles) avec Yoav Donat, Michael Moshonov, Itai Tiran, Oshri Cohen, Michael Moshonov. Ecrit "avec ses tripes" par l'Israélien Samuel Maoz, ce film intense qui montre les horreurs de la guerre à travers le viseur d'un tank, a remporté le Lion d'or à la dernière Mostra de Venise. Traumatisé par des combats où il fut tireur dans un blindé, ce natif de Tel-Aviv a mis vingt-cinq ans à en tirer ce puissant premier film autobiographique, à rebours de tout héroïsme. Nourri de ces douloureux souvenirs, "Lebanon" fait vivre intensément le début de la première guerre du Liban en 1982, à travers la meurtrière avancée d'un tank israélien. Enfermés à l'intérieur, quatre jeunes soldats israéliens ne voient du Liban que les massacres qu'ils y perpètrent : femme au bord de la démence après la mort de son enfant, vieillard au regard figé par la haine, assis dans la rue face à son ami foudroyé en pleine partie d'échecs, âne éventré agonisant... L'horreur de ces scènes, ajoutées au confinement et à la cruelle absurdité des ordres reçus, fait monter la tension entre les hommes. L'image, ramenée à celle du viseur du tank, transforme le réel tantôt en cibles potentielles, tantôt en source de menaces, instillant une grande tension dans le film, tout comme la bande-son, particulièrement soignée. A l'instar de "Valse avec Bachir" le superbe film d'animation présenté au Festival de Cannes 2008 par un autre cinéaste israélien Ari Folman, lui aussi un premier long métrage cathartique, "Lebanon" approche la guerre avec une radicale nouveauté.
- "Une exécution ordinaire" de Marc Dugain (France, 1H45) avec André Dussolier, Marina Hands, Edouard Baer. André Dussolier campe un Joseph Staline inédit, féroce dictateur sur le déclin et vieil homme souffrant dans le premier long métrage du romancier Marc Dugain, qui relate les derniers jours du petit Père des peuples. A l'automne 1952, quelques mois avant sa mort, Staline malade entend parler des dons de magnétiseur d'une jeune médecin urologue moscovite. A partir du jour où il l'envoie quérir par les hommes de sa police secrète, Staline s'octroie un pouvoir absolu sur la vie de la jeune femme : appelée à toute heure du jour et de la nuit, elle risque en effet la déportation et la mort à la moindre indiscrétion. Transformé mais aussi parfois un peu figé par le maquillage, André Dussolier campe avec brio un homme qui, sous des airs volontiers débonnaires, cache une volonté de fer et une quête de puissance absolue frôlant la démence. Complexe et ambigü, il apparaît en terrifiant secrétaire général du Parti communiste d'Union soviétique, qui a fait disparaître un à un ses ennemis politiques et déporté ses concitoyens en Sibérie par millions. Hélas, malgré l'intérêt du propos, la caméra souvent lointaine et trop statique de Marc Dugain, l'absence de rythme de la réalisation et le manque de tension dans les scènes font qu'une sorte de neurasthénie rampante gagne bientôt le film.
- "Disgrâce" de Steve Jacobs, Anna Maria Monticelli (1H59) avec John Malkovich, Jessica Haines, Eriq Ebouaney. Professeur de littérature à l'université du Cap en Afrique du sud, divorcé de longue date, David Lurie est un Don Juan attiré par les très jeunes filles. Lorsque sa liaison avec l'une de ses étudiantes déclenche le scandale, il décide de s'installer chez sa fille Lucy. Alors que David commence à s'habituer à la vie rude que celle-ci mène dans une ferme isolée, des hommes font irruption, pillent la maison et violent Lucy. Choqué, David ouvre les yeux sur le monde qui l'entoure. Il prend conscience des relations minées entre les Noirs, longtemps victimes de l'apartheid, et les Blancs, à peine tolérés sur les terres qu'ils possédaient autrefois, mais aussi de sa propre conduite prédatrice envers les femmes. Comme le beau roman homonyme de l'écrivain sud-africain John Maxwell Coetzee, prix Nobel de littérature 2003, dont il est l'adaptation fidèle, ce long métrage met en parallèle le destin tragique de deux individus et celui d'un pays. Mais la portée symbolique des situations -- et notamment le viol comme métaphore d'une situation politique -- que l'écriture évoquait avec subtilité, se révèle par moments un peu trop schématique à l'écran.
- "Sherlock Holmes" de Guy Ritchie (Etats-Unis, 2H07) avec Robert Downey Jr, Jude Law. Réalisé par Guy Ritchie, ce "Sherlock Holmes" réunit Robert Downey Jr et Jude Law dans un film d'action bien mené, qui fera découvrir aux plus jeunes le célèbre détective britannique créé par sir Arthur Conan Doyle. Ce long métrage réinvente le héros né en 1887 en lui donnant un air plus moderne, dynamique et bohême qui, selon ses créateurs, n'en est que plus fidèle à l'original littéraire. Excentrique et dévoré par ses démons intérieurs, le Sherlock Holmes incarné par Robert Downey Jr -- qui prêta ses traits à Charlie Chaplin --, est aussi doué pour les arts martiaux et la boxe que pour le raisonnement intellectuel et les déductions. Le célèbre tandem combat Lord Blackwood, un triste sire auteur d'assassinats rituels qui revient d'entre les morts, détenteur des forces du mal, afin de tenter d'asservir le monde. Dans cette opération de toilettage, certains admirateurs des aventures du détective pourraient regretter de voir disparaître la casquette en daim du héros ou la célèbre réplique "Elémentaire, mon cher Watson" popularisée par les innombrables adaptations cinématographiques et télévisées.
- "Brothers" de Jim Sheridan (Etats-Unis, 1H41) avec Natalie Portman, Tobey Maguire, Jake Gyllenhaal. Une famille d'Américains ordinaires, patriotes, au train de vie modeste : Sam, militaire de carrière et sa jeune épouse Grace ont deux petites filles. Ils vivent une vie paisible jusqu'au jour où arrive l'ordre de mission qui expédie Sam en Afghanistan. Lorsque, quelques semaines plus tard, celui-ci est porté disparu et présumé mort, son jeune frère Tommy vient épauler Grace. Antithèse de son frère, plus sensible mais aussi plus perdu, celui-ci ne s'est jamais conformé au modèle paternel, autoritaire voire violent et pétri du sens du devoir. Lorsque Sam revient du front, il supporte mal la nouvelle complicité née entre sa femme et son frère cadet. Remake du film éponyme réalisé en 2006 par la Danoise Susanne Bier, "Brothers" est porté par l'intensité du jeu de ses trois jeunes acteurs et s'intéresse aux traumatismes vécus par les soldats américains envoyés en Afghanistan.
- "Les travailleu(r)ses du Sexe", documentaire de Jean-Michel Carré (France, Belgique, 1H25). Documentariste, auteur notamment de "J'ai (très) mal au travail" en 2007, Jean-Michel Carré a voulu donner la parole aux prostitué(e)s fier(e)s de l'être, affirmant vouloir prendre le contre-pied des discours de victimisation dont ils et elles font le plus souvent l'objet. Principalement basé sur des entretiens avec une poignée de femmes auxquelles il donne longuement la parole, son long métrage suscite un certain malaise par sa partialité. Car Jean-Michel Carré veut avant tout étayer une thèse qu'il sait provocante : la prostitution est un "travail" comme les autres et seule pose véritablement problème la pénalisation de celle-ci par la loi de 2003 sur le racolage passif. Hypocrite, la société tolère la marchandisation du sexe dans bien des domaines mais se refuse à légaliser la prostitution. Malgré l'intérêt de certains témoignages -- notamment celui d'un homme handicapé qui parle sans fard d'une vie entière d'inassouvissement sexuel --, le discours manichéen du réalisateur, et certaines longueurs ou redites pourront rebuter.
- "Anvil", documentaire de Sacha Gervasi (Etats-Unis 1H30, "Story of Anvil"). L'histoire du groupe canadien de heavy metal Anvil, qui influencera nombre de groupes tels que Metallica, Slayer et Anthrax. A l'âge de quatorze ans, Steve "Lips" Kudlow et son meilleur ami Robb Reiner s'étaient juré de faire de la musique ensemble tout au long de leur vie. Mais leur triomphe sera éphémère.
- "La corne d'abondance" de Juan Carlos Tabio (Cuba, 1H57) Jorge Perrugorria, Paula Ali, Laura de la Uz. Dans un village cubain, la nouvelle se répand en un éclair : tous les Castiñeiras recevront un héritage confié par des religieuses à une banque britannique au XVIIIe siècle. Tous les Castiñeiras commencent à se faire connaître, mais le chemin vers la richesse sera semé d'embûches.
- "Laban et Labolina", film d'animation de Lasse Persson, Perhlin, Alicja Jaworski, Karin Nilsson. Laban le petit fantôme vit au château Froussard avec ses parents et sa petite soeur Labolina. Il s'estime suffisamment grand pour faire du baby-sitting, du camping ou même aider son père à hanter le château. Sauf qu'à la tombée de la nuit, le petit Laban a une peur bleue... de tout ce qui bouge ! Six histoires amusantes, au graphisme doux, pour les plus petits.
- "Planète 51", film d'animation de Jorge Blanco et Javier Abad (Etats-Unis, 1H30). Sur la Planète 51, le ciel est bleu, les habitants sont vert pomme et les Cadillacs volent. Lorsque Chuck y déboule avec sa fusée, les habitants s'enfuient, craignant une invasion extraterrestre. Poursuivi par l'armée, Chuck reçoit l'aide de Lem, un gamin aussi vert que brave.
- "Protéger et servir" d'Eric Lavaine (France, 1H30) avec Carole Bouquet, Clovis Cornillac, Kad Merad. Une comédie policière dont l'intrigue manque de finesse et d'originalité, prétexte à accumuler pitreries et gags potaches et régressifs. Flic catho et père de sept enfants, Boudriau défend les valeurs de pardon, de partage et de compassion, héritées de son enfance. Loin d'être un champion du maniement des armes, il se révèle extrêmement maladroit. Houang est le fils adoptif de restaurateurs vietnamiens. Naïfs et incompétents, ils sont chargés de déjouer une vague d'attentats.
- "Yona, la légende de l'oiseau sans aile", film d'animation de Rintaro (Japon, 1H20, titre original "Yona Yona penguin"). Chaque nuit, Coco, une fillette, quitte la maison, enfile le costume de pingouin que lui avait offert son père. Elle est convaincue qu'un jour elle pourra voler.







