AFP - Debout dans un couloir de la prison, sous l'oeil méfiant de ses geôliers, Florence Cassez, la Française emprisonnée depuis 4 ans au Mexique pour des enlèvements auxquels elle nie avoir participé, a raconté depuis un téléphone mural pendant des mois son histoire, publiée jeudi.
Condamnée à 60 ans de prison par la justice mexicaine, la jeune Française crie son innocence dans "A l'ombre de ma vie" (Michel Lafon) et raconte son arrestation, retransmise en direct à la télévision, ses procès et son incarcération à la prison de Tepepan à Mexico.
"Ce sont ses mots, c'est son témoignage, relu et corrigé par elle", explique Eric Dussart qui a recueilli le récit de Florence Cassez et a mis en forme le livre, paru en français et qui devrait être traduit en espagnol.
"Ce n'est pas facile d'écrire un livre avec quelqu'un qui est en prison, même si au Mexique les détenus, en théorie et contrairement à ce qui se passe en France, ne sont pas privés de liberté d'expression", ajoute-t-il.
"C'était douloureux, parfois elle en avait marre, mais elle avait besoin de raconter ce qui lui est arrivé", poursuit-il.
Le projet de ce livre naît en décembre 2008. La Française est contactée par l'éditeur.
"Ce livre est un formidable outil de défense pour expliquer pourquoi elle est innocente", dit son avocat, Me Franck Berton. "Elle a mesuré les risques d'une telle parution et les assume. Si ses conditions de détention sont durcies, comme cela a déjà été le cas après une interview à un média mexicain, ce sera un nouveau scandale", s'insurge-t-il.
La jeune détenue accuse directement dans le livre de "montage médiatique, politique et juridique" le puissant ministre de la Sécurité publique Genaro Garcia Luna, ancien responsable de la lutte contre les enlèvements. Elle dénonce un simulacre de procès, les témoignages inventés, les pistes oubliées...
"Nous avons tout fait par téléphone. Jour après jour, pendant une demi-heure, une heure, parfois deux, elle me racontait tout en détails, debout, depuis le téléphone mural de la prison", confie Eric Dussart, grand reporter à la Voix du Nord. Florence Cassez est née à Béthune (Pas-de-Calais).
En février 2009, son témoignage prend tournure. Les notes s'accumulent. Mais, quand sa condamnation à 60 ans de prison tombe, en juin, elle s'écrit: "Pour moi, c'est la mort!".
Elle n'a plus alors la force de parler. "En septembre, cependant, nous avons remis ça", se souvient le journaliste.
Il y a des choses qui ne peuvent pas passer à distance. C'est pourquoi pendant huit jours, fin octobre-début novembre, "je l'ai rencontrée chaque jour dans sa cellule. La direction de la prison ne soupçonnait pas notre projet", relève-t-il. "Pas question d'enregistrer, je prenais note sur note".
Ces notes, et celles prises depuis la France, remises en forme, lui ont été passées en prison, petit à petit, en discrets paquets de quelques feuillets. Personne au Mexique ne sait encore que ce livre existe.
Le président mexicain Felipe Calderon a refusé que la Française de 35 ans purge sa peine en France, malgré la forte implication du président Nicolas Sarkozy que Florence Cassez remercie à la fin de l'ouvrage.
"Nous allons déposer un recours devant la Cour suprême du Mexique. C'est la seule chance qu'elle a de s'en sortir. Soit la Cour casse le jugement et l'acquitte, soit un nouveau procès sera organisé", explique son avocat.
Le président français Nicolas Sarkozy a assuré jeudi soir au téléphone à Florence Cassez qu'il continuerait à "suivre la situation" de la Française, a annoncé la présidence.







