AFP - L'ancien ministre de la Défense Charles Millon, ex-président de la région Rhône-Alpes, a dénoncé sa comparution vendredi devant le tribunal de grande instance de Lyon pour "prise illégale d'intérêt" comme "une affaire politique" lancée en raison de son alliance d'alors avec le FN.
"C'est une affaire politique", a déclaré M. Millon, dans une allusion au soutien que les élus du Front national lui avaient apporté pour sa réélection en 1998 à la présidence de Rhône-Alpes. Il avait dû, à la suite de cette polémique, renoncer à son mandat.
Sa défense a plaidé la nullité de la procédure, mettant en cause la partie civile, Etienne Tête, conseiller régional écologiste, estimant qu'il n'était pas qualifié pour représenter le Conseil régional, ce dernier ne s'étant pas porté partie civile.
Le 19 juin 2009, M. Millon avait été renvoyé devant le tribunal correctionnel par une décision de la chambre d'instruction de la cour d'appel de Lyon pour avoir embauché du personnel de maison dans son logement de fonctions alors qu'il était président de la région, de 1989 à 1998.
D'entrée de jeu, les défenseurs de M. Millon, 64 ans, ont provoqué une interruption de séance en faisant citer deux nouveaux témoins, anciens hauts fonctionnaires du Conseil régional, qui ont expliqué que l'attribution d'un logement de fonction au président de l'exécutif et l'emploi d'une femme de ménage leurs paraissaient normales.
"Je m'occupais du Rwanda, de la guerre en Bosnie, des essais nucléaires. Pour le logement, vous demanderez à mon chef de cabinet", l'un des deux témoins convoqués par la défense, a déclaré à l'audience M. Millon, visiblement tendu, rappelant sèchement au président du tribunal qu'à l'époque des faits incriminés, il était ministre de la Défense.
En 2005, le tribunal administratif de Lyon avait validé l'obligation faite à l'ancien président de rembourser plus de 326.000 euros payés par la région Rhône-Alpes pour le logement de fonction et du personnel de maison.
Toutefois, les poursuites ne pouvaient s'exercer que pour une période s'étalant sur mars, avril et mai 1998, la période antérieure étant couverte par la prescription. Les parties civiles ont demandé le remboursement par M. Millon d'une somme de 10.481,04 euros et l'avocat général une amende de "10.000 euros, pouvant être doublée".
"Tout ça... pour ça", a ironisé Philippe Petit, l'un des avocats de l'ancien ministre, estimant qu'il s'agissait d'une "'affaire étrange qui débute par un non-lieu (prononcé en janvier 2009) après huit années d'instruction" et rappelant que son client avait payé intégralement toutes les sommes qui lui avaient été réclamées.
"Charles Millon va être le seul homme politique à payer pour avoir exercé un mandat électoral", a-t-il lancé avant de demander la relaxe.
L'autre avocat de la défense, Levent Saban, a estimé que "l'intention" de commettre un délit n'était pas établie, avant de mettre en cause la compétence du tribunal de grande instance de Lyon pour statuer sur une telle affaire, et de réclamer à son tour la relaxe.
Le tribunal a mis son jugement en délibéré au 9 avril.






