AFP - La découverte en fin de semaine de plusieurs centaines de kilos d'explosifs dans une base présumée de l'ETA représente un coup dur pour l'organisation armée qui, traquée en France, avait commencé à s'installer au Portugal, autre pays voisin de l'Espagne.
C'est une véritable poudrière qui a été mise au jour dans une maison de Casal da Avarela, près d'Obidos (centre du Portugal), même si dimanche soir des divergences persistaient entre Madrid et Lisbonne sur la quantité exacte de matériel trouvée.
Alors que le ministère espagnol de l'Intérieur avait annoncé la veille la saisie d'une tonne et demi d'explosifs, dont 1.330 kgs de nitrate d'ammonium, les autorités portugaises ont assuré de leur côté avoir trouvé, en tout, 800 kg de matériel, dont 500 kg de nitrate d'ammonium et 300 kg d'engins explosifs ainsi que "du matériel divers, susceptible d'être utilisé dans la construction d'engins explosifs".
La mise au point des autorités portugaises, sous la forme d'un communiqué conjoint des ministres de l'intérieur et de la justice, a provoqué une certaine perplexité, d'autant que le gouvernement portugais avait jusqu'alors conservé un mutisme absolu.
A contrario, le ministère espagnol de l'Intérieur avait fourni dès samedi une liste détaillée du matériel découvert selon lui au Portugal, ainsi que les identités de deux etarras en fuite, soupçonnés d'être les occupants de la villa.
Quelle que soit la quantité de matériel retrouvé, 800 kg ou 1,5 tonne, il s'agit de la prise la plus importante depuis la saisie en août dernier de 800 kg d'explosifs dans 12 caches attribuées à l'ETA dans le sud de la France.
Il est probable que l'ETA ait choisi de "transférer son appareil logistique, son atelier de fabrication de bombes" au Portugal, a affirmé dimanche à la presse le ministre espagnol de l'Intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba.
Selon la presse portugaise, dans une des salles de bains, les enquêteurs ont découvert un laboratoire, confirmant la thèse que la maison servait bien d'atelier de fabrication d'explosifs et n'était pas seulement une "cache".
Pour Florencio Dominguez, spécialiste des questions basques et rédacteur en chef de l'agence de presse Vasco Press, l'ETA a choisi le Portugal "en partie parce qu'il devient difficile d'opérer en France" mais aussi par "stratégie de surprise car "on ne les (y) attend pas".
L'hypothèse d'un repli de l'ETA vers le Portugal, avancée à plusieurs reprises ces derniers mois par les autorités espagnoles, avait à chaque fois été démentie côté portugais.
La saisie de vendredi a eu lieu moins d'un mois après l'arrestation, le 10 janvier dans le nord du Portugal, de deux membres présumés de l'ETA qui avaient dans un premier temps échappé à un contrôle de police, et sont actuellement incarcérés à Lisbonne.
A l'époque, le ministre portugais de l'Intérieur Rui Pereira avait affirmé n'avoir "aucun indice de l'existence d'une base de l'ETA au Portugal".
Sans jamais citer nommément l'ETA, les autorités portugaises ont souligné dimanche soir que la saisie d'Obidos avait permis d'"éviter de possibles futurs attentats terroristes", et assuré que le Portugal continuerait à "agir pour réprimer les activités de cette nature, en étroite coopération avec les autorités espagnoles".







