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Houchang Nahavandi : "L'ancien régime avait des points faibles, celui-ci n'a que des points faibles !"

Texte par Yann BUXEDA

Dernière modification : 09/02/2011

Ministre sous le régime du Shah, Houchang Nahavandi a vécu la révolution islamique en 1979, puis fui le pays pour se réfugier en France. Il revient sur une période charnière de l'histoire moderne de son pays.

FRANCE 24 : De par les postes que vous avez successivement occupés sous le règne du Shah, vous avez été un observateur privilégié de l’avènement de la République islamique en 1979. A l’époque, avez-vous senti que cette insurrection allait aboutir au renversement du régime en place ?

Houchang Nahavandi : A partir de septembre 1978, cette hypothèse s'est posée de plus en plus sérieusement. La vague de mécontentement montait dans le pays, il y avait une certaine atonie des gouvernements face à cette montée et quelques événements graves se sont produits et ont très fortement agité l'opinion, notamment l'incendie du cinéma Rex d'Abadan. Aujourd’hui, il est avéré que les intégristes – et M. Khomeiny - étaient à l'origine du drame. A la même période, on s'est aperçu que cette vague de mécontentement était organisée, de l'extérieur, par les puissances occidentales. Elles ont grandement contribué au déclenchement de la Révolution islamique pour satisfaire leurs intérêts géostratégiques et pétroliers. Des sommes considérables ont été dépensées pour promouvoir Khomeiny et, à travers lui, cette révolution. On a organisé la mise en orbite de Khomeiny, dont la réputation internationale était quasiment nulle et la réputation intérieure assez limitée, et on en a fait, en quelques mois, un grand ayatollah, puis le chef de la Révolution, puis un imam. Ceux qui ont programmé tout cela ont, peut-être, estimé que Khomeiny étant d'un niveau intellectuel très limité, comme ses écrits le montrent, il était la personnalité la plus malléable. Mais il s'est finalement avéré incontrôlable.



F24 : Il a beaucoup été écrit que le lien entre le Shah et son peuple s’était brisé au fil des années 1970. Durant cette période, vous étiez recteur de l’Université de Téhéran. Avez-vous constaté ce désamour progressif au sein du microcosme estudiantin ?

H. N. : Absolument. Un groupe d'étude, dont le Shah avait soutenu la création, le mettait régulièrement en garde. Nous lui écrivions des rapports très circonstanciers sur la dégradation de la situation. Mais lui avait, de plus en plus,  les yeux rivés sur d'autres horizons. Il s'occupait surtout de problèmes internationaux : de la distribution, du partage des richesses au niveau mondial, du problème du pétrole, du développement des pays arriérés, et laissait de plus en plus l'intendance au gouvernement. C'est cette intendance qui n'a pas bien fonctionné et, au final, c'était tout de même à lui de l'assumer. Dans le système iranien de l'époque, le Shah était responsable de l'ensemble de la politique du pays. De fait, à partir de 1973-74, il y a eu une sorte de divorce entre ce qui se faisait au niveau de l'Etat et l'opinion.

F24 : Trente ans après votre fuite, vous avez énormément étudié l’Iran post-révolutionnaire. Quel regard portez-vous sur la société et le système politique iraniens ? Selon vous, le mécontentement d’une partie de la population tel qu’on l’observe depuis la réélection d’Ahmadinejad présage-t-il d’un changement majeur, à l’image de ce qui s’est produit il y a trois décennies ?

H. N. : Je dirais que l'ancien régime avait des points faibles. Mais le régime actuel n'a que des points faibles. En Iran, la situation est extrêmement tendue depuis la réélection de M. Ahmadinejad en juin dernier. Les mouvements de contestation contre le scrutin truqué se sont transformés en une fronde dirigée contre le régime. Une grande partie de l'opinion, et notamment les jeunes - 60 % de la population iranienne a moins de 25 ans - souhaite un changement radical de régime. Le slogan favori de la jeunesse qui manifestait ces derniers jours, "Ni Gaza, ni Liban, nous sommes prêts à mourir pour l'Iran", veut tout dire : c'est un mouvement profondément nationaliste qui prône le renouveau de la société iranienne.

Il est cependant difficile, pour le moment, d'établir un parallèle entre ce mouvement de protestation et celui de 1979. La contestation, aujourd’hui, ne bénéficie pas d'appui international. En raison de la problématique nucléaire, les puissances occidentales ménagent Téhéran. On invite plutôt les manifestants à la modération. En revanche, il ne fait aucun doute que nous assistons au commencement d'un processus qui peut durer longtemps. Et dans ce cadre, un soutien de l'intelligentsia occidentale aura incontestablement des effets bénéfiques.

Première publication : 10/02/2010

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