AFP - Tête de liste d'Europe Ecologie aux régionales en Alsace, où un sondage l'a donné vainqueur, Jacques Fernique veut rompre avec la "figure locale de l'omniprésident" et instaurer une gouvernance verte et plus "collégiale" dans ce bastion historique de la droite.
"Un jour, les écologistes dirigeront cette région": la phrase est de Marcel Rudloff, ancien maire de Strasbourg et ex président du conseil régional, et le candidat Vert la rappelle volontiers, avec gourmandise.
Depuis les européennes de juin où Europe Ecologie a nettement devancé le PS et plus encore après le sondage Ifop de fin janvier qui a donné leur liste en tête des élections de mars, tous les espoirs semblent permis aux écologistes en Alsace où le scrutin s'est ouvert encore davantage après la mort en août du charismatique président de région, l'UMP Adrien Zeller.
Pourtant, face aux "ténors" Jacques Bigot (tête de liste PS, maire d'Illkirch et président de la communauté urbaine) et Philippe Richert (tête de liste UMP-NC, sénateur et ex président du conseil général du Bas-Rhin), le candidat Vert fait figure de poids plume avec ses deux mandats de conseiller municipal d'opposition de Geispolsheim (Bas-Rhin) et de conseiller régional.
Une situation qui ne gêne pas l'élu et dont il entend même tirer profit: "les gens veulent du renouvellement, du rafraîchissement", affirme cet homme de 48 ans, professeur de lettres et d'histoire dans un lycée professionnel strasbourgeois, très impliqué dans le Réseau Education Sans Frontières.
"Il faut rompre au niveau local avec la figure de l'omniprésident bardé d'expériences", martèle ce père de quatre enfants adoptifs, issu d'une fratrie de huit. Le candidat, qui se définit comme un "hussard pédagogue de la République", milite depuis une trentaine d'années dans diverses associations et partis.
Un temps attiré par l'extrême gauche, ce fils d'un universitaire strasbourgeois et d'une mère au foyer s'engage dans les années 1980 dans les mouvements d'éducation populaire, ferraille contre le "projet Devaquet" de réforme de l'Université en 1986-87, avant d'adhérer en 1989 aux Verts.
En 1992, lors de son premier combat électoral, il parvient au second tour d'une cantonale à Strasbourg: "à l'époque, le PS considérait qu'il n'y avait pas à prendre en compte la donne écologiste. Mais on a tenu, on n'a pas été vassalisé", se souvient-il.
En 1997, il échoue au premier tour des législatives, essuie un nouveau revers l'année suivante lors d'une cantonale avant de finalement décrocher en 2001 un siège au conseil municipal de Geispolsheim. Ce mandat marque son "apprentissage du métier d'élu", apprentissage qu'il peaufine depuis 2004 à la Région où il préside le groupe Verts (4 élus).
Alors que l'Alsace entretient l'image d'une région écolo, M. Fernique est plus sceptique sur le bilan de la majorité sortante et plaide pour une "gouvernance" plus collégiale. "Impossible de se satisfaire d'une écologie des petits pas" qui ne fait "pas assez bouger les lignes", notamment "sur les questions agricoles, l'étalement urbain, l'énergie et l'emploi".
Récemment, son groupe n'a pas voté la subvention de 360.000 euros destinée à l'organisation en 2010 de l'étape alsacienne du Championnat du monde des rallyes, au bilan carbone douteux, mais où est attendu "l'enfant du pays", le sextuple champion du monde de rallye Sébastien Loeb.
"Des pratiques d'un autre âge", grommelle-t-il. "L'époque a changé, il y a des choses qu'on ne peut plus faire", comme dépenser de l'argent public par crainte de perdre des voix.







