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Afrique

Sarkozy se rend à Kigali pour tenter de tourner la page

Vidéo par Arnaud ZAJTMAN

Texte par Julien PEYRON

Dernière modification : 25/02/2010

Le président français est attendu jeudi au Rwanda. Il devrait y rencontrer le président rwandais Paul Kagame (photo). Hautement symbolique, cette visite est la première que fait d’un président français au Rwanda depuis le génocide de 1994.

Nicolas Sarkozy n’a pas prévu de s’attarder au Rwanda lors de sa prochaine tournée en Afrique, qui débute mercredi 24 février par une visite au Gabon. Le président français ne devrait en effet pas passer plus de trois heures à Kigali, mais cette visite éclair revêt une importance hautement symbolique, tant les relations entre les deux pays sont délicates.

Seize ans après le génocide rwandais, Paris et Kigali sont toujours à la recherche d’une liaison apaisée. Les relations diplomatiques entre les deux pays avaient été rompues en 2006 par le président rwandais Paul Kagame, accusé par un juge français d’avoir fomenté l’attentat contre l’ancien président Habyarimana, point de départ du génocide.

En 2008, c’était au tour de Kigali de mettre en cause la France pour son rôle supposé dans le génocide. Un rapport rwandais accusait de nombreux responsables politiques et militaires français d’avoir participé aux exécutions.

La visite de Nicolas Sarkozy doit donc marquer le commencement d’une nouvelle ère dans les relations entre les deux pays. Un processus de normalisation amorcé fin 2008 par un déplacement du secrétaire général de l'Élysée Claude Guéant, suivi en janvier d’une visite du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner.

Les actes et les paroles du président français vont être suivis de près à Paris et à Kigali, même s’il ne devrait pas prononcer de discours. En plus d’un entretien privé avec Paul Kagame, le moment fort de la visite devrait être le dépôt d’une gerbe devant le mémorial dédié aux 800 000 victimes du génocide.

Le 54e pays membre du Commonwealth

Voulu par Paris, l’apaisement entre les deux pays intervient quelques mois après l’annonce en octobre 2008 de l’entrée du Rwanda au sein du Commonwealth. Un volte-face pour ce pays de tradition francophone, désormais passé dans le giron britannique. Le rapprochement avec le Royaume-Uni a été voulu par le président Kagame, qui montre l’exemple en s’exprimant en anglais lors de ses allocutions officielles.

Une équipe de FRANCE 24, qui effectuait un reportage dans le pays en janvier 2010, a pu constater les premiers changements survenus dans le pays. Du jour au lendemain, l’enseignement a été dispensé en anglais dans les écoles du pays. Le cricket, qui passe pour une pratique obscure dans la majorité des pays francophones, est en passe de s’imposer comme l’un des sports favoris des Rwandais. Il serait même question que les automobilistes roulent désormais à gauche pour s’aligner sur le système britannique.

Une "allégeance" à la couronne britannique défendue en haut lieu. Interrogée par l’équipe de FRANCE 24, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Rosemary Museminali, est convaincue que le pays "a tout à y gagner". "Nous allons partager nos expériences, bénéficier d’échanges commerciaux et ainsi améliorer les conditions de vie de notre peuple dans tous les domaines", assure-t-elle.

Côté britannique, on se félicite du rapprochement avec Kigali. "Beaucoup de problèmes de ce pays ont émergé du fait de son isolement international, donc toute ouverture vers l’extérieur est positive pour le Rwanda", résume Nicholas Cannon, l’ambassadeur britannique au Rwanda.

Sous influence française ou britannique, le pays va devoir faire face aux nombreux défis qu’il lui reste à relever. L’ONU estime que près de 60% de sa population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Première publication : 23/02/2010

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