AFP - Une grève pour dénoncer des atteintes au service public paralysait toujours jeudi soir les liaisons Corse-continent de la SNCM et la CMN pour le troisième jour consécutif, alors qu'une réunion se poursuivait entre directions et syndicats des deux compagnies.
"La réunion est toujours en cours" à Marseille, a-t-on appris en soirée auprès de la Société nationale Corse Méditerranée (SNCM) et de la Compagnie méridionale de navigation (CMN), titulaires d'une délégation de service public pour les lignes Marseille-Corse.
Cinq des six ports de Corse demeuraient bloqués tandis que les navires de la compagnie privée Corsica Ferries battant pavillon italien étaient dirigés sur Calvi. Corsica Ferries a accusé des grévistes d'avoir vandalisé mercredi son agence commerciale à Ajaccio.
Vendredi à 14H00, le tribunal administratif de Bastia doit se prononcer sur un référé de la Chambre de commerce de Haute-Corse pour demander l'expulsion des grévistes bloquant le port.
Mobilisés à l'appel de la CGT (majoritaire) et du Syndicat autonome des marins, les grévistes accusent la SNCM et la CMN, privatisées en 2006, de vouloir, en accord avec la Collectivité territoriale de Corse (CTC), démanteler le contrat et les missions de service public qui leur sont attribués.
La CTC a réduit fin 2009 de 10% le budget de la desserte de service public entre Marseille et la Corse, entraînant la suppression de 108 traversées sur environ 400 par an.
Les grévistes dénoncent aussi l'attribution d'une aide dite sociale de la CTC de 15 millions d'euros à Corsica Ferries qui dessert Nice, Toulon et des ports italiens sans avoir les mêmes obligations ni les mêmes charges sociales. Ils s'insurgent contre l'octroi d'une telle aide à la compagnie privée italienne Moby Lines qui prévoit l'ouverture en avril d'une liaison Toulon-Bastia.
Mercredi, ils ont obtenu l'assurance que la CTC ne signerait pas de convention d'aide sociale avec Moby Lines avant le renouvellement de l'assemblée régionale le 21 mars, a indiqué à l'AFP le secrétaire de la CGT à la SNCM, Frédéric Alpozzo, à son entrée en réunion à Marseille.
"Je me suis engagé à ne pas signer la convention avec Moby Lines avant le 21 mars, nous pouvons attendre la fin des élections", a confirmé en Corse Antoine Sindali, président de l'Office des transports de la CTC, soulignant qu'une convention est signée avec une compagnie si elle respecte ses obligations de service public.
Une mission a été confiée au sénateur UMP Charles Revet pour analyser les conditions de concurrence sur la desserte de la Corse. Ses conclusions seront remises avant fin avril.
"Après les garanties obtenues tant du gouvernement que de l'exécutif de la CTC, la balle est dans le camp de la direction" de la SNCM et de la CMN, a ajouté M. Alpozzo, réclamant "des garanties sur le renouvellement des deux flottes pour garantir l'avenir du service public et sur les effectifs".
Excédés par ce conflit, les transporteurs routiers bloquent le fret venant du continent et d'Italie en signe de protestation, paralysant le trafic de marchandises dans les ports corses, sans que des signes de pénurie ne soient cependant signalés à ce stade.
"Aujourd'hui (jeudi), nous avions encore de quoi satisfaire le client. Demain ça peut devenir critique notamment pour les produits frais tels que la viande, le poisson, les fruits et légumes", a dit à l'AFP le chef du département alimentaire du supermarché Géant Casino d'Ajaccio, Baptiste Marchi, relevant que pour l'instant le magasin n'a pas enregistré de hausse de la consommation des clients.






